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J’ai rencontré Adoti Umugwizatunga…

Tu es sur Facebook ? Tu es burundais ? Il y a de fortes probabilités que tu le connaisses.  Sa vantardise n’a pas d’égal. Selon lui, il serait riche comme Crésus. Ses amis ? Bill Gates, Mark Zuckerberg,  sans oublier un certain espagnol du nom de Punyeto qui lui aurait appris les secrets de la vie. Tu ne l’as pas encore deviné ? Si bien sûr. C’est lui ! C’est l’honorable, l’inégalable, le richissime Adoti, et j’ai eu l’honneur de le rencontrer.

C’est un samedi matin.  J’ai eu droit à une grasse matinée après une semaine de travail acharné. Je prends mon téléphone qui indique 10h20. Direction WhatsApp, un bonjour bien soutenu à ma fiancée, « le premier réflexe de la plupart de ceux qui ont trouvé leur autre moitié », avant de me diriger vers Facebook (je me demande toujours pourquoi tous mes matins ressemblent à ça).  Et hop, une autre publication du « magnat » burundais, l’inénarrable Adoti. Comme d’habitude, des centaines de like, et lui qui répond allègrement aux commentaires. Comme le disait un ami, il a des talents à faire pâlir d’envie les plus grands community manager du pays. Du coup, je suis tenté de le contacter. J’hésite. J’ai peur de retrouver un screenshot de notre conversation sur les réseaux sociaux comme ça a été le cas avec les supposées conversations qu’aurait eu notre Crésus avec Big Fizzo ou encore Sat B.

Après des moments d’hésitation, je me résous à le contacter via Messenger.  Avec une courtoisie très prononcée, j’envoie le premier message de salutation sans grande conviction d’avoir une réponse. C’est sans compter sur l’excellente communication du « milliardaire ». Moins de deux minutes et j’ai une réponse. Je suis étonné. Toujours avec les mêmes égards, je me présente et par la même occasion je demande s’il y a possibilité d’avoir une « audience » avec l’illustre personnage. Après plusieurs questions, il accepte de m’accorder quelques minutes dans son agenda « très chargé ».

La rencontre

Elle aura lieu le lendemain dans un endroit chic de Kigobe. Habituellement en retard, je ne peux pas me permettre le luxe d’arriver après Adoti. Donc j’arrive dix minutes avant l’heure. 30 minutes après, il n’est toujours pas là. Je conclus que les super-riches doivent avoir beaucoup de responsabilités et sont souvent en retard indépendamment de leur bonne volonté…comme moi.

Tout en sirotant mon Malti, j’attends. Comme je vois quelques personnes entrer et sortir, je guette l’arrivée du mugwizatunga. Je m’attends à voir la tête que tout le monde connaît. Et là, un jeune homme me salue. Je ne connais pas la personne mais je lui tends la main. « Je suis Adoti », fait-il simplement. Je ne feins pas ma surprise. « Je sais ! Tu es la deuxième personne à réagir de la sorte en me voyant», réagit-il dans un sourire.

En effet, jusque-là, rien ne me dit que ce soit le vrai Adoti.  Cheveux bien coiffés, jeans noir, T-shirt Lacoste de la même couleur, chaînette et chevalier en or,… Je suis même tenté de croire qu’il a la moitié de l’argent qu’il nous vante à longueur de journée. « Mais c’est qui le mec sur les photos ? », balbutié-je. Il me répond que c’est un ami qui a donné son accord pour l’utilisation de son image.

L’échange

J’ai plusieurs questions et je ne sais pas par où commencer. Heureusement, il me facilite la tâche et commence à me raconter pourquoi il fait ce qu’il fait : « Je suis né au Burundi et j’y ai grandi.  J’ai vu certaines crises qui ont secoué notre pays et plus récemment la crise de 2015. Beaucoup de personnes ont perdu des proches, d’autres ont perdu des biens et les mauvaises nouvelles tombent chaque jour. Alors j’ai décidé d’aider les gens à ma manière. Quand tu lis mes publications, il est fort probable que tu sois énervé mais à la fin tu vas sourire. »

Ayant lu plusieurs de ses publications, je lui demande si dénigrer les jeunes Burundais comme il le fait est ce qu’il appelle « aider les gens ». Il me répond dans une longue tirade profonde :  « Je ne m’attaque pas aux Burundais mais plutôt à une très mauvaise habitude qu’ils ont de toujours dire que rien ne va, de ne vanter que la pauvreté. À force de « confesser » quelque chose, on finit par y croire et ça finit par arriver. Je m’attaque à la négativité des Burundais. Vous verrez des gens s’énerver quand je dis que je porte une chemise de 300 dollars. Quel mal y a-t-il dans tout ça ? Et si c’était vrai ? Donc pour moi, si tu as quelque chose dont tu es fier, il n’y a aucun mal à l’exposer. »

Et de renchérir: « Quand j’écris mes publications, je m’inspire de la vie de tous les jours, des histoires que j’entends ici et là. Qui n’a jamais entendu des jeunes qui volent de l’argent chez eux pour aller consommer de la bière ou des stupéfiants ? Qui n’a jamais entendu des filles qui vont coucher avec des hommes qui ont l’âge de leurs pères pour de l’argent ? C’est la vie de tous les jours ici à Bujumbura. La grande partie des jeunes qui n’ont pas encore d’emploi vont passer des heures et des heures au ligala ou sur les réseaux sociaux. Et pourtant tu vas trouver que leurs pères ont des hectares de terres cultivables à l’intérieur du pays. Pourquoi ne pas aller cultiver ces champs, vendre la récolte et devenir financièrement indépendant ou carrément riche « comme moi » ? Donc mis à part le coté énervant, mes publications veulent conseiller le jeune Burundais à bosser dur. »  

La dernière question que je lui pose est de savoir s’il a l’argent qu’il nous vante sans relâche. « Le jour où j’en aurai, vous aurez des vidéos. Mais pour le moment je peux régler la facture », fait-il dans un sourire espiègle.

 


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Les commentaires récents (5)

  1. Merci de cette bref portrait d’Adoti.Il en dira aucun démenti.En estimant,il a combient de poids?Mais son dessein est bon « Moraliser la société ».

  2. It’s true that some of his facebook posts can raise a certain anger against some words he uses. But, he is a humorist who can turn people’s sorrows into moments of laughter. Saying that he is fighting back the negativity surrounding the daily lives of Burundians, he needs for sure to restructure what he posts so that each of his posts marks (gives a lesson to) his followers’ way of viewing life. Another important issue he can work on would be to avoid using names of commonly known people in the Burundian society. Maybe he can invent names or use names of people who could be worldly known. Otherwise, we need people who can entertain us and help us look at our daily hardships with another lens.

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