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La vague actuelle de mendiants dans la capitale est-elle la conséquence directe de l’exode rural ?

La mendicité à Bujumbura est devenue un fléau difficile à combattre. Mesure après mesure, rien ne change, les mendiants, surtout des enfants, ont pris en otage les rues de Bujumbura. Si nous savons tous pourquoi ils sont là, savons-nous la machine qui aurait créé ce phénomène ?

J’étais parti pour faire une enquête sur les causes de la mendicité des jeunes enfants et les solutions à proposer pour éradiquer ce fléau. En écoutant leurs parents, il ressortait que la pauvreté, le manque de capital et de moyens pour subvenir aux besoins des enfants, seraient à l’origine de la mendicité. Mais pour moi, ce  n’était que des causes apparentes ou plutôt des conséquences elles-mêmes issues d’une autre cause lointaine. J’ai décidé de dévier et changer de questionnaire. Au lieu de chercher à savoir l’origine du jeune mendiant de la rue, j’ai opté pour la recherche de l’origine de ses parents.

Josiane, 38 ans, a cinq enfants. Ils sont à la fois à l’école et dans la rue. Elle vit dans une chambre louée par un bienfaiteur dans le quartier Nkenga-Busoro de la zone Kanyosha. Si ses enfants ne vont pas dans la rue pour revenir avec un peu de sous ou dans le quartier Kinanira pour quémander les restes de la cuisine, toute la famille se couche le ventre vide . Elle n’a pas d’activité qui génère un revenu régulier pour la famille. Son business est tombé en faillite. Penser à retourner dans son village natal, veuve, avec une ribambelle de cinq enfants n’est pas une solution.

Quant à Marianne, 35 ans, c’est une mère de quatre enfants. Elle est originaire de Rutegama à Muramvya. En 1994, elle débarque à Bujumbura pour travailler comme « bonne».  Elle est plutôt bien traitée par rapport aux autres domestiques. Mais, un jour, un « boy » du voisinage la met enceinte et disparaît.

Elle est donc chassée et part vivre et élever son enfant à Kamenge, avant d’aller s’installer à Nkenga-Busoro. Les hommes continueront à lui faire des enfants, qui plus tard sont devenus son gagne-pain. Dans son cœur, elle maudit tous les jours l’amie qui lui avait dit dans le temps que la ville allait changer sa vie.

Les mirages de la capitale

La pauvreté, la quête d’une vie aisée, la surpopulation, les conflits familiaux et fonciers poussent les jeunes à quitter la campagne pour venir à Bujumbura à la recherche du travail. Immatures et parfois irresponsables, certain.e.s font face à des situations dégradantes. Pour les jeunes filles, une fois enceintes, elles sont chassées du travail et n’osent plus retourner chez elles. La solution pour survivre ? La prostitution. « À ce moment, on ne pense pas à se protéger, parfois par ignorance ou par appât du gain. Et les enfants tombent comme de la grêle », confie Diane, 23 ans, mère d’un jeune mendiant de 10 ans. Depuis qu’elle a embrassé le plus vieux métier du monde, elle n’a plus jamais remis les pieds chez elle.

Même cas pour Mariane, une « collègue » enceinte, qui craint que si elle retourne chez elle, elle serait lynchée par ses frères. Comme d’autres jeunes filles dans cette situation, au lieu de retourner dans leurs villages natals, elles préfèrent rester dans les quartiers moins chers de la capitale. Malheureusement, comme elles continuent à faire des enfants, elles se retrouvent dans l’incapacité de les nourrir, et elles finissent par les envoyer dans la rue, se débrouiller.

 


A relire : Non, on ne combat pas la mendicité avec une loi

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