Bus en commun - Passager - Discussion
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Ces Burundaises devenues championnes du monde de l’hypocrisie

Que se passe-t-il dans un bus de  transport en commun quand deux copines croisent une ancienne amie qui vient juste de décrocher un travail ? La blogueuse Élodie Muco raconte.

« Sista, uragenda ?»(Ma sœur, pars-tu?). La phrase que j’entends presque chaque fois que je vais prendre le bus. Ce jour donc j’entre dans le brinquebalant véhicule, les écouteurs vissés aux oreilles et je prends place derrière deux jeunes femmes en train de converser ensemble. Plongée dans ma musique, j’essaie de contenir l’impatience qui me gagne à chaque fois que le bus s’arrête pour chercher d’autres passagers. Il faut dire que ces attentes sont parfois très longues, surtout pendant les heures de service ; les clients ne sont pas pléthores à ce moment de la journée.

À un moment donné, une autre jeune femme très apprêtée monte dans le bus et s’assoit sur le siège devant les deux autres. Visiblement, toutes les trois se connaissent et malgré mes écouteurs, j’entends à peu près tout ce qu’elles se disent : « Ego sha ni sawa, ubu akazi karabonetse ndashima. (Oui je vais bien, j’ai trouvé du travail, enfin tout va bien), dit la nouvelle arrivée. Et les compliments de pleuvoir sur sa tenue, sur son nouveau boulot, sa coiffure, etc. Mais elles ne la quittent pas des yeux et font des messes basses dans son dos. Elles sont visiblement en train de parler de leur amie, sans que celle-ci s’en rende compte. Le bus continue son itinéraire et à un moment donné, la jeune femme paie et descend. Elle est arrivée à destination. Un sourire, un signe de la main à ses amies et la voilà partie.

Chut ! Les murs ont des oreilles…

À peine sortie, je vois les deux jeunes femmes éclater de rire en se tapant dans la main. Commence alors une vraie conversation autour de leur amie. De plus en plus intriguée, j’éteins carrément ma musique et tend l’oreille: « Hewe wabonye ukuntu asigaye asa ? Amafyeri ari mu kumwica sha ! Ahubwo sinzi igituma akigenda na bus…Mbega umu type wiwe uramuzi ? Ni mubiiii… Harya rero nawe araja harya ngo ari n’umugabo ! Uhora uraba  instagram yiwe? » (Dis donc, tu as vu comment elle est maintenant ? Elle fait trop la fière, je ne sais même pas pourquoi elle prend encore le bus. Tu connais son mec ? Il est vraiment trop moche. Et elle ose se dire qu’elle a un mec ! Tu as vu son Instagram ?). Ainsi continue leur conversation sur la même personne durant tout le reste du trajet.

Arrivés en ville, je descends du bus, choquée. Comment peut-on être à ce point hypocrite? L’hypocrisie. Elle est tellement ancrée en nous que nous ne nous rendons pas compte du mal que l’on peut faire. De plus, pour certaines personnes, c’est devenu tellement banal de critiquer gratuitement que c’est comme si Dieu lui-même leur avait octroyé ce droit. Ce qui est encore plus grave, c’est que l’on se permet de le faire n’importe où sans se soucier de l’endroit où on se trouve ni de qui peut nous entendre. Ces deux jeunes femmes ne savaient pas que je connaissais leur amie. Une question ne cesse de me trotter dans la tête jusqu’à maintenant: des trois jeunes femmes, qui était la plus malheureuse finalement?

 


 

A relire : Pourquoi est-il si compliqué de sortir avec une fille plus nantie que soi à Bujumbura?

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Les commentaires récents (2)

  1. Merci pour cet article mais je trouve que vous generalisez trop. Si j’etais un etranger lisant ca, je penserais que tous les Burundais sont hypocrites, ce qui n’est pas le cas et ce qui cree une mauvaise image du pays. Les gens vont dire: »Les Burundais, ces hypocrites! » Et en tant que Burundaise, je refuse ce faux cliche et cette image denigrante. Alors, raconte ton seul cas singulier que vous avez vecu dans ce bus et en restez la. Ne generalisez pas sur tous les Burundaises. Je pense que vous n’avez rencontre toutes les Burundaises pour faire un tel jugement!
    (P.S pardon pour le manque des accents)

  2. C’est évidemment un comportement qui n’est pas bon.Mais, comment le bannir pour justement ne plus le revoir;Difficile puisque ça rentre dans le registre culturel de notre société.

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