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Les réfugiés burundais : entre retour et exil !

Tous les 20 juin, le monde célèbre la journée dédiée aux réfugiés. Plus de 427 959 réfugiés burundais vivent dans les pays voisins, selon le HCR. Depuis 2015, ils fuient la crise politico-sécuritaire qui secoue notre pays. En mars dernier, un accord tripartite de rapatriement volontaire a été conclu entre le Burundi, la Tanzanie (254 000 réfugiés) et le HCR. Elle permettra un rapatriement chaque semaine d’au moins 2000 réfugiés burundais, à partir du 5 avril jusqu’au 31 décembre. Qu’en est-il réellement ?

Vendredi 8 juin. Au chef-lieu de la commune Giteranyi, un convoi de deux bus Otraco débarque. À bord, 125 réfugiés viennent de rentrer. La fatigue se lit sur leurs visages. Ils faisaient partie des 608 réfugiés burundais arrivés le jeudi 31 mai 2018, en provenance de la Tanzanie. Sur place, la population avoisinante et l’administration sont venues les accueillir. Une aide d’urgence et une séance de moralisation leur sont dispensées. « Les nouvelles de ceux qui sont rentrés avant nous sont réconfortantes, le pays est relativement stable », confiera un d’eux. Un retour volontaire comme le témoignera la plupart des ces « fuyards » lors de la séance de moralisation. S’il y a bien des réfugiés qui rentrent volontairement, certains ne le voulaient pas. « J’ai été forcée par les conditions de vie précaires dans les camps, déplore Anastasie Miburo, la quarantaine, qui vient de Nduta.  Un réfugié reçoit 7,5 Kilo de farine de maïs pour une période de 28 jours, alors qu’il recevait 5 kg pour 14 jours. Un régime qui ne peut même pas couvrir deux semaines.»

Rentrer, hors de question !

Alors que 200 000 réfugiés ont été rapatriés au cours des deux dernières années, en provenance de la Tanzanie, d’autres rejettent toute idée de retour au pays natal. C’est le cas de la plupart des réfugiés qui sont au Rwanda (89 000 réfugiés). Même les 1604 réfugiés qui sont rentrés ont été renvoyés par le pays hôte pour des raisons religieuses. Emery Manirabaruta, activiste de la société civile avec qui on faisait l’université ensemble avant 2015, m’a confié : «Comme la quasi-totalité de mes amis, je ne compte pas rentrer tant que la paix n’est pas définitive au pays. Comment rentrer alors que dernièrement, ceux qui ont enseigné le non au référendum sont en train de regagner l’exil et que l’accord d’Arusha a été enterré ? »

Qu’en dit le HCR ?

Catherine Wiesner est coordinatrice régionale du HCR pour les réfugiés au Burundi. Pour elle, ce retour n’est pas motivé par la stabilité du pays que prêchent les autorités burundaises. Et d’ailleurs, entre septembre 2017 et février 2018, 500 nouveaux départs de réfugiés burundais par mois ont été enregistrés dans le camp de Mulongwe en RDC. Selon le HCR, 50 000 nouveaux réfugiés franchiront les frontières en 2018.

En février dernier, le HCR avait lancé un appel de fonds de 391 millions de dollars pour venir en aide à 430 000 réfugiés burundais en 2018. Seulement 21 % des fonds requis ont été obtenus jusqu’à présent. Pour cette organisation, les réfugiés burundais constituent la situation de réfugiés « la plus sous-financée au monde ». 

 


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