Bujumbura, entre prudence et paranoïa

Voici comment en une seule soirée j’ai appris que pour bien vivre à Bujumbura, il vaut mieux ne pas être un·e hypertendu·e.

Ce soir-là, on se promène à quatre dans un des quartiers du centre-ville de Bujumbura.  Entre potes, on se raconte le bon vieux temps, nos souvenirs de l’école, nous rions aux éclats. Un peu plus loin, quatre autres jeunes viennent vers nous, papotant joyeusement entre eux. Au fur et à mesure qu’on se rapproche, le ton diminue, et puis, soudain, le  silence total. Ils se taisent en premier, et nous ensuite. Nous nous observons suspicieusement. Certains parmi mes amis retiennent leur souffle. Quand l’autre groupe arrive un peu plus loin, on se regarde dans les yeux et on soupire. Je me sens soulagée mais si on me demandait pourquoi, je ne saurais quoi répondre. Et je me dis que c’est le même cas pour les autres jeunes que nous venons de croiser.  Nous continuons notre chemin sans trop parler de ce qui vient de se passer. C’est un peu du déjà-vécu de toutes façons.

Ayant quitté mes amis, je marche vers le bus en réfléchissant. Je me perds dans mes pensées. Je  remarque à peine le jeune homme derrière moi, qui me hèle. Je ne reconnais pas sa voix quand il m’appelle par mon nom une fois, deux fois. Je choisis donc de continuer mon chemin. Mais la voix insiste, je finis par me retourner quand il m’appelle pour la quatrième fois, pour ne pas attirer l’attention sur moi. Ouf. Ce n’est qu’un ancien camarade qui veut me saluer. Mon cœur qui battait la chamade quelques instants plutôt, se calme petit à petit.

Une fois, dans le bus, personne ne parle à personne. Chacun regarde soit devant lui, soit dans son téléphone. Rien à voir avec le Burundi d’il y a quelques temps où dans les transports en communs vous pouviez discuter un peu de tout, d’économie, des faits sociaux et même de  politique, rigoler un peu, sans vous connaître toutefois.

Arrivée au niveau du pont, au checkpoint de la police, on nous intime de nous arrêter. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Je fouille fébrilement dans mon sac. Ouf. J’ai sur moi ma pièce d’identité, que je présente au policier un peu tremblante.

Arrivée chez moi, je trouve mon mari et un ami à lui en train de siroter une bière. Je taquine ce dernier en lui disant qu’il aurait pu me prendre avec lui s’il savait qu’il allait venir nous rendre visite.

Sa réponse est étonnante : « Tu as raison et ce serait uniquement parce qu’on se connaît. Qui donne encore des lifts à des inconnus? Au pire, moi je préfère déplacer les femmes, car elles n’oseraient pas m’attaquer. Ça ne veut pas dire que tous les hommes ont de mauvaises intentions, mais on n’est jamais trop prudent. »

En allant dormir ce soir, je me suis dit que la vie ne doit pas être facile pour les hyper-tendus qui vivent au Burundi.

 


A relire : Bujumbura : SOS pour nos hippopotames

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Recent Comments ( 1 )

  1. Tu as vraiment des talents pour écrire un roman. Tu as su mettre en scène une situation vécue si ce n’est pas de la fiction.

    Pour ce qui est de cette histoire et de la photo illustrative, je pense que ce ne serait pas pour démontrer que Bujumbura est totalement désert ! Sinon, il serait utile de préciser le jour et l’heure car même dans des grandes villes, il ya des jours, saisons et heures pendant lesquels même un oiseau ne vole. Ne visites pas certaines villes pendant le National holidays ou les week-ends.

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