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#Référendum2018 : ni vu ni connu

Au lendemain de la proclamation des résultats du scrutin référendaire du jeudi 17 mai 2018, que retenir de ce jour spécial ? Le blogueur Spageon Ngabo revient sur une attitude qui l’avait interpellé.

Il est 8 heures 30 minutes du matin, au Lycée Municipal de Gihosha. Je me pointe devant la porte du bureau de vote, avec à la main ma carte d’identité et ma carte d’électeur. Je fais la queue avec une vingtaine d’autres électeurs. Je dois patienter  plus d’un quart d’heure avant mon tour. Pour tuer le temps, j’observe. À un certain moment, un manège m’intrigue. 

Un à un, les électeurs entrent dans le bureau de vote, suivent toutes les formalités et enfin, plongent leurs index dans un flacon à encre indélébile. Après une vingtaine de minutes, quinze électeurs ont fini d’accomplir leur acte. Cependant, à leur sortie, au moins treize parmi eux se dirigent illico presto vers le robinet le plus proche, d’autres se résolvent à enfouir leur index dans le sol sableux, mouillé par la pluie qui est tombée la veille. Tout cela pour effacer l’encre qui se veut  indélébile.

Par souci de propreté ?

C’est paradoxal. Pourquoi tous ces électeurs, supposés venus voter en âme et conscience, décident de ne pas garder les traces de l’acte accompli ? Est-ce un souci de propreté ? Certaines femmes sont munies de tranches de citron cachées au fond de leurs sacs à main. Aussitôt le droit (ou devoir c’est selon) accompli, elles se hâtent de frotter le fruit contre leurs doigts.

Curieux, je demande à la fille qui est devant moi sur la file : « Selon toi, pourquoi ils se frottent les doigts au point de les casser, pour enlever une encre qui, à la base est indélébile ? » La fille éclate de rire, puis, rien. Je n’insiste pas. C’était avant que son tour de voter arrive. Elle aussi, à la sortie, direction le robinet. Je conclus qu’il ne me sera facile de cerner le phénomène.

En 2015, alors que les manifestations contre le troisième mandat du président Nkurunziza poursuivaient leur cours, cela n’a pourtant pas empêché les élections de se tenir. Dans ce cas, certains des électeurs, par crainte pour leur sécurité, ont dû aller voter, puis ont enlevé l’encre, dans le but d’avoir l’air de quelqu’un qui n’aurait pas participé au vote, tout en trimbalant une carte d’électeur marquée « a voté ». Est-ce le même scenario ?

 


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