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Lettre à l’ambassadrice Nina Christine Niyonsavye

Ce 17 mai, un débat houleux a opposé l’ambassadrice du Burundi en France Nina Christine Niyonsavye à l’activiste Teddy Mazina  sur le plateau de la télévision France 24. Des critiques visant certains propos de l’ambassadrice ont fusé. Le blogueur Hugues Safari n’est pas en reste et a décidé d’adresser une missive à la diplomate.

Madame, j’ai bien suivi votre débat sur la chaîne internationale France 24. Mais non, je ne l’ai pas suivi en direct, mais les échos étaient si forts que j’ai dû chercher la vidéo illico pour voir de moi-même. Je  vous écris pour continuer le débat, mais je ne pourrais le faire de bouche à oreille comme vous semblez le préférer, je vais par contre utiliser un canal plus sûr car voyez-vous, nous aurons seulement les deux mains pour accoucher nos idées sur nos claviers et pas tout le corps. Simplement parce que le corps risque (encore) de nous trahir devant des milliers de gens.

Madame l’Ambassadeur, je vais oser, pendant quelque deux minutes max, le temps qu’il vous faut pour me lire, faire un pied-de-nez à la sagesse burundaise qui dit qu’on ne parle pas quand les grands s’expriment. Et je vous assure, ici vous êtes « grand » au sens propre qu’au sens figuré.

Pour commencer, permettez-moi de vous appeler Docteur, car vous l’êtes. Le sujet des réfugiés m’a beaucoup intéressé car il était abordé par un médecin. Je vais me borner à celui-là,  pour ne pas dépasser les deux minutes que j’ai empruntées à votre emploi du temps que j’imagine chargé.

Souffrance

Vous entendre parler de réfugiés m’a donné envie de comparer un émigré à un malade. Ils ont presque en commun  les mêmes traits. Un réfugié est reconnu mondialement comme une personne qui doit être assistée et dans les plus brefs délais. Tout comme la maladie qui ne prévient pas, le choix de l’exil n’est pas un programme qu’on prend pour le week-end. Les patients que vous recevez dans votre cabinet, Madame la docteur, ont bien un souci imprévu que vous seule pouvez apaiser. En pensant à tout cela, je me suis senti mal, j’éprouve trop de peine de vous voir dénigrer une personne dépourvue moralement et bien même physiquement. Où serait donc parti au moins votre instinct médical ?

Ensuite, je ne doute pas que vous connaissez le sentiment de ne pas dormir sur ses deux oreilles ou les gymnastiques à entreprendre pour quitter un lieu vers un autre, à la quête d’une infime tranquillité. Vous êtes passée par là, je ne vous le souhaiterais pas encore.

On nous appelle à  respecter les positions de l’autre mais il faudrait être irresponsable pour tolérer votre « ivraie ». S’il vous plaît, ne  voyez pas en moi un opposant, un traître, un rebelle et je ne sais quoi encore. Je suis très jeune et naïf pour me lancer dans « ces stupidités ». J’approche tout doucement les 30 ans mais je n’aurais jamais imaginé revoir de mes propres yeux des gens qui fuient, ou qui ont « presque fui », car le refuge n’est pas que géographiquement prouvé. Les gens dont je vous parle ce sont des sœurs, des frères, des cousins. Ou des Burundais que vous connaissez sûrement, de votre famille. Des commerçants dont le business ne marchait plus et qui ont préféré s’exiler, sans avoir commis les délits dont vous les accusez.

Coming out

Vous parlez de chiffres fabriqués par le HCR, un organe pour lequel vous avez travaillé pendant un bon moment. S’il y a des gens que je respecte sur cette terre, ce sont bien ceux qui identifient un besoin et qui apportent des solutions. Mais s’il m’arrivait de condamner, je le ferais pour une personne malhonnête qui met en avant ses intérêts personnels quand ça l’arrange. Comment expliquer alors votre silence pendant toutes ces années où vous avez assisté aux « balourdises » de votre employeur (les N-U) sans broncher, jusqu’à votre coming out fracassant un soir du 17 mai au nom de l’indépendance et de la souveraineté.

Mais alléluia, comme vous semblez être une fervente croyante, permettez-moi de vous inviter lorsque vous serez de passage à Bujumbura, en vacances par exemple ou pour des fêtes de famille, à partager la prière de confession avec nous. Je vous rappelle, ici nous sommes de vrais croyants. Dieu en haut de nous, dieu « Emmanuel » dans les avenues de Buja, dans les rues en dessous des montagnes du pays des tambours, et dans les champs de nos plantations très fructueuses. Dieu est le seul juge et j’espère pour vous qu’il avait le dos tourné le soir de ce fameux débat.

 


A relire : Réfugiés burundais de 2015 : le retour impossible ?

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