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Où sont passés Simon et Étienne ?

Ceux qui ont fait l’école primaire entre 1982 et 2005 ont connu sans doute les trois livrets de français de la 5ème année qui retracent l’aventure de Simon et Étienne. Que sont devenus les jeunes garçons qui ont incarné ces personnages?

Alors que nous étions en 3ème année primaire, moi et mes amis jouions avec les livres de nos aînés qui étaient en 5ème et 6ème année. Le jeu consistait à fermer les yeux et ouvrir le livre et celui qui tombait sur une page sur laquelle il y avait un grand nombre de personnes sur les photos ou les dessins, gagnait. Tout d’un coup, un des camarades tombait sur une page avec des inscriptions en Kirundi que l’on pouvait lire aisément : « Ku Mugere ni harya ». Nous avons demandé des explications par la suite(le Mugere c’est quoi ? C’est où ?). En fin de compte pas de réponse satisfaisante. Nous sommes restés sur notre soif. Il aura fallu attendre deux ans pour avoir des réponses lors de nos leçons de la 5ème année à travers la saga « Simon et Étienne ».

Comme la plupart des enfants qui ont appris le français à travers l’aventure de Simon et Étienne, j’ai longtemps considéré l’histoire comme totalement fictive avant de rencontrer l’homme qui a incarné Simon il y a près de 30 ans. Il nous replonge dans l’histoire qui a fait qu’il se retrouve dans un livre scolaire pendant des années.

Un voyage fabuleux

Année scolaire 1979-1980, Simon est élève en 5ème année à l’école primaire de Kabondo. Le Ministère de l’éducation veut changer les programmes d’enseignement du Français et tient à ce que le contenu soit inspiré des lieux et des personnages réels reflétant les réalités du Burundi. C’est ainsi que le Bureau d’Éducation Rurale(BER) avec l’appui de la Coopération Française décide d’organiser le tour du Burundi. Le duo « Simon et Étienne » vient de naître.

Pour avoir l’histoire telle que racontée dans ces bouquins, le projet dure en tout six mois en raison d’une descente par mois. « Le voyage n’était pas continu comme c’est dans les livres », indique Simon.

« La proximité de l’école primaire de Kabondo avec le BER a sans doute influencé le choix de l’école qui devrait fournir les élèves à enrôler dans ce projet », raconte l’homme qui soufflera ses cinquante bougies prochainement.  « Ils ont choisi trois élèves en 5ème année dont moi-même alors qu’Étienne était le seul choisi en 6ème  année. Moi et Étienne étions les principaux personnages mais il y avait d’autres personnages récurrents comme Salomé, Jérémie, Béatrice, etc. » ajoute-t-il.

« L’école nous a donnés des lettres de demande d’autorisation à amener pour nos parents. Ces derniers ont accepté sans hésitation. L’année suivante, nous étions devenus de véritables stars», confie Simon, sourire aux lèvres.

Eh oui ! C’est assez normal car une petite fiction sera construite autour de leur voyage. Et les personnages incarnés par les deux jeunes élèves se retrouveront en train de nourrir la curiosité des enfants de la 5ème année dans tout le pays. Voici le pitch de l’histoire: tout commence à Kayanza au moment où l’UNICEF annonce  « VOICI MON PAYS », un concours de dissertation, dessin, photographie,… pour montrer son pays. Simon écrit à sa grande sœur, Béatrice qui est professeur à Bujumbura pour lui demander de l’aide et de convaincre leur cousin Étienne de l’accompagner dans un voyage à la recherche d’images pour la compétition. Tout se passera comme prévu, les deux jeunes prennent le départ depuis Bujumbura en direction de Rumonge à moto équipés d’un appareil photo et d’une bonne dose de courage.

Les deux jeunes vont visiter la pierre Livingstone-Stanley, la centrale hydro-électrique de Mugere (chantier à l’époque), les ports de pêche le long du Lac Tanganyika, la laiterie de Kiryama, la pyramide de Rutovu, les chutes de Mwishanga, la mine de Nickel à Musongati, le musée de Gitega, le Boma, la Cathédrale de Mushasha, etc.

Et aujourd’hui…

De son vrai nom, Elias Mahwikizi, Simon est actuellement âgé de 53 ans, marié et père de 3 enfants et sans emploi fixe. Quant à son camarade, Etienne, il est décédé il y a quelques mois laissant une femme et des enfants.                         

Faudrait-il penser à un remake ? Pourquoi pas.  Si les jeunes burundais ont pu découvrir les sites touristiques du Burundi, l’aventure de Simon et Etienne y est pour quelque chose. Raison pour laquelle un remake à la sauce de la modernité ne serait pas de trop. De plus, le Ministère de l’éducation, la Coopération Française et les autres partenaires qui avaient contribué à la conception dudit programme devraient reconnaître Simon (de son vivant) pour le travail accompli. Il serait malheureux d’assister à une répétition de l’histoire d’Antime Baransakaje.

 


A relire : Éducation: « Que faire avec une génération qui ne sait même pas lire? »

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Les commentaires récents (6)

  1. N’y a t-il pas d’erreur sur l’âge de Simon? C’est vrai c’est un détail dans cette histoire. Mais j’aimerais quand même en avoir un esprit net.
    Reprenons:

    Simon est élève en cinquième année au cours de l’année scolaire 1979-1980. Donc de septembre 1979 (rentrée scolaire) à Septembre 2018 ( dans 3 mois), il y aura 39 ans. Si mon compte est bon.

    Sans me risquer dans des supputations au sujet de l’âge de Simon quand il est entré en cinquième année du primaire en septembre 1979, je peux du moins conclure que de toute évidence Elias Mahwikizi a plus de 39 ans aujourd’hui.

    Merci à l’équipe Yaga Burundi pour ses formidables papiers. Courage.

  2. Je suis le Benjamin qui a pu étudier dans ces livres en 2005, je pensais que ces personnes seraient légendaire. Vraiment, coup de chapeau à Simon et Etienne. En discutant après classe, chacun voulait qu’il soit l’un d’eux puisque les livres étaient impressionnants, je me souviens de la lettre à Alice une enseignante, je me souvient d’une moto de Simon et Etienne, la Pierre Livingstone et Stanley, ku mugere ni harya………………………………..

    1. L’histoire ci-haut vient de me rappeler comment nous avons eu des conflits avec une camarade du nom d’Assoumpta Nahayo car à notre école lq phrase  » ku Mugere ni harya  » se traduisqit à  » KU MUGERENI » et dans notre jargon umugereni était utilisé pour désigner le sexe féminin.

  3. Il faut les garder comme des monuments, car ils sont nos références en français. ça me rappelle les années 1988- 1989. Brovo le duo Simon et Etienne

  4. Wow je ne sait pas s’il ya quelqu’un qui aurait aimé ces leçons que moi. Chaque fois que j’allais à l’école j’avais hâte de voir ma maitresse de français entrer pour commencer à étudier le cours.
    Selon moi, il fallait rester avec ces textes dans ce nouveau système pour inciter l’esprit d’exploit aux jeune d’aujourd’hui.

    1. Les leçons que Simon et Etienne nous ont partagées étaient très intéressantes à telle enseigne qu’on ne peut pas les oublier. Ce me rappelle les années d’enfance à l’école primaire de 1985-1986, chaque élève cherchait à voir de ses propres yeux les deux SIMON et ETIENNE qui ont agrémenté l’histoire dans le temps où nous étions à l’école primaire.

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