De l’ethnisme au clanisme, progrès ou régression ?

Depuis peu, Abahanza World Association, une organisation qui rassemble plusieurs militants du Cndd-Fdd, crée des remous. Le groupement,  de nature clanique et dont le président de la République est aussi membre, rouvre le débat autour de la place des clans dans la politique burundaise, dans un pays où une simple dualité ethnique a plus que divisé. « Revenir sur les clans serait-il bénéfique pour le Burundi ? » s’interroge notre contributeur Honoré Mahoro.

Le débat est devenu intéressant, lorsque lors d’un discours de moralisation de la société, le président de la République Pierre Nkurunziza a défendu la thèse clanique. Pour lui, les ethnies sont une invention des colons au moment où  la vie sociale d’antan fonctionnait autour des clans.

Abahanza World Association viendrait alors rassembler les fils et filles du pays, victimes de l’abnégation de l’histoire. Sur son site (abahanza.com), l’association reprend des bribes d’écrits, insistant sur la suprématie des Bahanza dans la vie politique. De Ntare Rushatsi,  jusqu’au dernier monarque, l’organisation suggère que le pouvoir a toujours appartenu aux bahanza, en réalité des Bahutu, même si le colon a toujours cru que la royauté était l’apanage des Tutsi. Le même clan aurait conservé le pouvoir à côté des clans des Bahima (tutsi) qui ont à maintes reprises tenté de conquérir le pouvoir sans succès avant de renverser la monarchie en 1966.

Place au clientélisme et à l’exclusion  

Si un Muhanza est à la tête du pays, se rassembler autour de son clan n’est-il pas une brèche pour les lèche-bottes en quête de postes sous la bannière «Bahanza»? D’autres clans ne peuvent pas se prévaloir du dynamisme clanique et se faire reconnaître en s’approchant du clan des Bahanza, pour se créer des amitiés ?

En prônant le retour au clanisme, je me demande ici le sort des Bahirwa,  un clan pépinière des personnes à sacrifier à chaque fête des semailles, dite Umuganuro, ou les clans des Bahima supposés par la monarchie comme source de malédiction. Dans cette liste de parias, on pourrait y inclure d’autres clans des Tutsi et des Hutu. Dans cette nouvelle ère politico-clanique, les Batwa au bas de l’échelle ne graviraient aucune marche car les oubliettes sont la place qui leur convient de par  l’histoire.

Un pouvoir qui se réinvente de nouveaux repères d’alliance

Le parti Cndd-Fdd s’est prévalu salvateur des Hutu après quarante ans de règne des Tutsi. Mais le concept n’a pas toujours convaincu les plus farouches opposants au régime qui se comptent  autant dans les milieux hutus que dans les milieux tutsis.

La fronde de 2015 au sein du Cndd-Fdd  a prouvé qu’aucun régime ne pouvait fédérer la totalité des personnes de même ethnie. La leçon n’est pas nouvelle. Dans le temps, des Tutsi s’opposaient au régime tutsi. Le sentiment d’exclusion et l’envie du pouvoir sont deux variables qui sont toujours derrière la volonté du changement ou la conquête du pouvoir. L’actuel régime ferait-il exception ? Le doute est permis.

Des régimes démocratiques forts transcendent les clivages de toute nature pour se construire autour des lois fortes dont leur application et leurs limites sont connues d’avance et ne laisse planer aucun doute. Le clan ne sera jamais une alternative au défi ethnique, il en viendra creuser davantage le fossé.

 


A relire : Je suis Umutwakazi, pauvre et stigmatisée

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Recent Comments ( 6 )

  1. Quand on n’a pas une vision pour le developpement socio- economique, on invente des sotises pour distraire un peuple. Aujourd’hui la mondialisation ne permet plus ce genre e reflexion si basse

    1. Avant que toi même tu ne dises des sottises tu devrais chercher les membres de AWA pour savoir leur objectifs. Qui sont à ma connaissance pour le développement socio-économique et avec des projets bien élaboré. L’article de YAga est plein de mensonges le président n’ est pas MUHANZA et ne peut pas être membre de cette association . Et comment il ont fait pour savoir la appartenance politiques des membres d’ une association dont ils ne savent même pas les objectif ????

  2. Je peux parier sans risque de me tromper que cela va plutôt renforcer les fissures et les divisions plutôt que la cohésion et l’unité sociale.
    Les divisions sur base ethnique suffisait, même si cela a été toujours et reste l’ombre de ceux qui cherchent leurs intérêts. Les guerres entre BEZI-BATARE , les coups d’états entre tutsi himas, les guerres entre FNL et CNDD FDD, les frondeurs au seins même du CNDD FDD ne seraient pas arrivés si c’est le cas de défendre l’ethnie.
    Les divisions silencieuses plutôt, plus vécues que jamais et qui ont caractérisé malheureusement tous les pouvoirs, c’est la division sur base régionale. Vous pouvez donner ou trouver tous les exemples frappant.
    De l’ethnisme au clanisme, progrès ou régression ?
    C’est une régression. La recherche d’identification (=) la recherche d’intérêt. On veut replonger les gens dans la crise d’identification, il s’en suivra la crise de la recherche d’intérêt et de la place de chacun dans la société, la dispersion puis les guerres tribales.
    On oublie que le pain offert par notre cher patrie est devenu trop petit, et le convoiter sur base clanique serait plus dangereux que jamais vécu.
    Si c’est dans le cadre de grouper les gens pour la promotion de l’auto développement, cela devrait plutôt se faire sans distinctions, en intégrant tout le monde, toutes les couches sociales, car personne ne dois pas rester en arrière dans le développement.
    Recoudre le tissu social, ne devrait pas définir les critères que celui d’être humain seulement

  3. Je suis pour la reconnaissance de son clan. Notre famille a été épargnée par les conflits ethniques qui ont déchiré la sous-région grâce à la reconnaissance de notre clan. En 1972, quand éclata les massacres, notre grand-papa a prévenu ses enfants et leur démontré que la notion d’ethnies Hutu-tutsi dans la région était un pur mensonge. Il disait qu’il n’y avait que des clans qui ne sont que des familles élargies et qui pouvaient même se retrouver dans différents territoires suite à l’émigration.

    Pour lui la notion hutu-tutsi n’était qu’une stratégie de « diviser pour régner ». Au Rwanda, ils ont massacré et chassé le clan Nyiginya (tutsie) l’accusant d’avoir violé les droits de Hutu. Au Congo, la rébellion « Simba » soutenue par les réfugiés banyiginya a été également matée. Au Burundi, inversa la donne. Il faut tout faire pour chasser la monarchie et la remplacer par le clan Hima. Rappelons que le clan Nyiginya appartient au clan Hima. Plus tard c’était le tour de l’Ouganda, où une rébellion soutenue par Nyerere mais aussi par le hima-burundais fut placé à la tête du pays. Cela ne fut pas la fin, le duo hima burundo-ougandais cherchèrent à le troisième pays de la région et soutiendront une rébellion initiée par un hima d’où l’idée d’installer l’empire Hima dans toute la région. Mais les choses ne sera pas facile car à côté d’un hima, il y avait un autre clan rival qui jouera tous les cartes et cela n’arriva pas. Il convient de noter que malgré les rivalités claniques, la stratégie hutu-tutsi jouait un rôle très important dans la mobilisation des soutiens. Au Congo, les banyiginya se sont coalisés avec les bafuleru (tribu proche des tutsis) dans la rébellion simba communément appelé bamulele envue d’obtenir du soutien pour revenir attaquer le régime hutu de M. Kayibanda. Paradoxalement, pour le Burundi ceux qui ont attaqué le sud du pays, ils vont utiliser la notion hutu-tutsi pour tuer les tutsis ou pour anéantir les hutus oubliant que le but poursuivi était de chasser la monarchie du pouvoir pour y installer un Hima.

    Pour moi, le retour des clans n’est pas un problème. Quand bien même, il y a aussi des rivalités et des spéculations leur portée n’est pas grande et ne représente pas des dangers majeurs.

    Reconnaitre son clan c’est reconnaître son identité.

    1. Dans tous les cas, aujourd’hui la recherche et la multiplication des identités ne vient pas arranger les choses.
      l’ethnisme, le régionalisme ( nordistes, sudistes, centristes,ouest, est, centre maintenant s’ajoute les provinces, au seins de la province les communes, de la commune à la zone, de la zone à la colline de la colline à la sous colline) et vous voulez ajouter le clanisme?
      Celui qui ignore son identité clanique ou ethnique n’ignore pas qu’il est burundais.
      je ne vois pas l’intérêt d’en faire une campagne en cette période où il y a de nombreux dédits à relever au Burundi.
      La carte d’ethnie devient de plus en plus moins importante, et peut être ceux qui cherchent leurs intérêts personnels veulent embarquer dans leur bus les gens pour arriver sur leurs objectifs.

      Le mieux serait de s’attaquer aux vrais problèmes (la pauvreté, la stabilité, la paix, la cohésion sociale,….) qui hantent les burundais que multiplier leur différence.

      Je ne suis pas convaincu que l’identification des gens par tribu va apporter une solidarité au sein d’un peuple, mais va plutôt dégénérer une division et une dispersion. S’il y a quelqu’un qui peut me rassurer et me donner une garantie ou tout au moins me prouver le contraire, qu’il n’y aura pas de recherche d’intérêt ou de place par identification clanique, qu’il me donne sa version.
      Les conséquences seront nombreuses , tu as cité le Congo, je pense qu’ i l y a plus de guerres tribales qu’ethniques et qui sont plus animales.

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