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Harcèlement de rue : nous ne sommes pas si innocentes…

Il y a quelques mois, une blogueuse dénonçait le harcèlement de rue à Bujumbura. Mais au-delà d’une société jugée machiste, n’y auraient-ils pas des attitudes qui favorisent ces dérapages ? Une réflexion de la blogueuse Élodie Muco.

«Ba mwambara izibakwiye», « wayambaye utayibonye?», «ehe iryo bara ! ». Qui n’a jamais entendu ce genre de phrases, lancées en pleine rue à une femme qui marche en lissant à chaque pas une jupe ou une robe trop courte? J’avoue qu’il m’est arrivée plus d’une fois de détourner le regard, gênée, et me félicitant de ne pas être à la place de cette jeune femme qui, dans les transports en commun se lève et nous laisse sous les yeux la vision d’un string qui dépasse d’un jean trop bas sur les hanches.  

Vous avez dit harcèlement ?

Ce genre de situations pousse à la réflexion. Il est vrai que les temps changent et les mentalités avec. Un string qui dépasse d’un pantalon ? Très banal en Amérique aujourd’hui. Notre tort à nous ? Oublier que nous ne vivons pas au pays de l’oncle Sam, justement. Chaque société a ses us, ses coutumes, son histoire et son évolution. Nous nous plaignons d’être harcelées, sifflées ou huées dans les rues. Mais sommes-nous si innocentes dans l’affaire, au fond ? Certaines d’entre nous se permettent de se rendre en ville, dans des fêtes ou au travail en mini-jupe, en robe courte ou transparente ou encore les fesses à l’air dans des jeans moulants tels une seconde peau, et l’on ose se plaindre d’être harcelées, sifflées ?

Oui, chacun devrait être libre de s’habiller comme il veut. Oui, ces hommes n’ont pas le droit de nous harceler car eux non plus ne sont pas clean, question habillement. Et plus important encore, le viol n’a aucune justification possible. Mais ce que je déplore, c’est notre hypocrisie : « Les hommes sont tous des barbares !», « Les hommes ne nous respectent pas !»« Ils nous prennent toutes pour des p** !» etc. Comme on assume de porter ce genre de choses, assumons donc les réactions que l’on suscite derrière!

L’effet mode : le piège

Pourquoi porte-t-on ces jeans ultra moulants? Ces robes courtes ? C’est bien pour mettre nos atouts féminins en valeur, n’est-ce pas? Pour être admirées et complimentées, plaire aux autres, « être à la mode ». Mais quelle mode, je vous le demande ? Qui vient d’où ? Instaurée par qui ? Pour quelles fins? Parce que oui, si c’était juste pour notre propre plaisir, chacune resterait bien tranquille chez elle, devant son miroir. Une action suscite toujours une réaction derrière. Nous sommes au Burundi, nous ne sommes pas en Amérique. Cette mode que nous voulons suivre est implantée dans un pays qui a une histoire à lui, différente de la nôtre. C’’est juste naïf et inconscient de vouloir importer ce qu’on voit ailleurs et espérer par magie que cela se passe sans encombre ici chez nous.  

 

 


A relire : Harcèlement de rue à Bujumbura: ces petits sifflements qui font mal

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Les commentaires récents (5)

  1. Bonjour Elodie!

    Ton point de vue, je l’ai trop souvent entendu. C’est aussi celui d’une bonne partie de Burundais qui se disent soucieux de préserver la culture. Malheureusement, c’est aussi l’excuse la plus récurrente des harceleurs de rue et des machistes. Mais il est caduc en cela que le harcèlement de rue existe même dans les pays où les femmes sont voilées de la tête au pied. Et dans les sociétés dites primitives où les femmes s’habillent seins et généreuses jambes à l’air, il n’est pas dit qu’on y trouve forcément un plus grand nombre harcèlement. Il suffit que la femme soit respectée. Dès lors, je refuse d’accepter que la société burundaise est une machine à fabriquer des machos !
    Oui, les femmes sont des victimes, et non, la faute n’est pas à notre culture, parce qu’avant tout notre culture est tolérante et non violente. Et puis, alors qu’on accuse certaines femmes d’être la première cause du harcèlement de rue, rappelons-nous que personne ne harcèle les hommes qui travaillent torse nu en plein cœur de la capitale. Personne ne dérange ou ne condamne non plus les hommes qui déambulent chez eux ou dans les ruelles de leurs quartiers « vêtu » d’une serviette de bain autour des hanches, torse à l’air. De toutes les façons, une culture injuste qui ne respecte pas la femme autant que l’homme, qui voit en la femme un être soumis à plus de règles que l’homme, un être sans défense, on ne s’y soumet pas, on la fait évoluer. La culture n’est pas une bible, un code écrit une fois et valable pour toujours. Elle change. Comme le dit Gaëtan Faucer, elle est «l’expression du vivant », et non de l’histoire. A la différence de la tradition, la culture est ce qui se vit aujourd’hui, ce qu’on veut vivre sans être prisonnière de réflexions d’un autre temps.

    Le harcèlement de rue n’est donc, à mes yeux, qu’un manque de respect à la femme. Imaginons un seul instant une première dame du Burundi (une première dame fictive, pas celle d’aujourd’hui ou une autre d’une époque passée), dans les transports en commun, vêtu d’une jupe courte pour ses propres raisons. Qui oserait lever sa voix et lui faire les désagréables remarques dont on a l’habitude? Qui oserait lever sa main sur elle dans la rue, sachant qui la protège?

    Je ne suis pas du tout partisan d’une culture burundaise qui serait une copie d’une quelconque culture étrangère. Mais bec et ongle, on devrait se battre pour une société où la femme et l’homme sont libres de choisir quelle vie ils veulent mener. Et crois-moi, ni les lois liberticides, ni les regards accusateurs de la société ne peuvent empêcher la culture d’évoluer. Elle évoluera contre vents et marrais et personne ne peut prédire dans quelle direction. Cela se fera peut-être discrètement, avec des individus forcés à vivre leur identité en cachette avant que la société ne constate d’elle-même un phénomène tellement grand, qu’il sera obligé non pas de comprendre ou d’approuver, mais d’accepter, de considérer, et puis c’est tout ! Et pour conclure, si la loi et la société condamnaient les yeux qui fixent, la bouche qui insulte ou insiste et la main qui pelote, si au lieu de dévisager une personne on pianotait sont téléphone, si au lieu d’ouvrir sa bouche pour faire des remarques désagréables on apprenait à économiser son énergie en la gardant bien fermée, on vivrait alors dans un monde un peu plus agréable, et cela ferait un peu plus d’heureux.

  2. Cher Ivan Corneille, Merci.Merci parce qu’un tel commentaire redonne espoir surtout quand c’est un homme qui a pris son temps pour le rédiger. Chère Elodie, vous avez peut être raison mais laisse moi vous dire que même dans les milieux ruraux, les filles sont agressées, vêtues en longue jupe, parfois en pagne et avec des culottes à l’intérieur. Et si j’ai bonne mémoire, n’est ce pas qu’autrefois, les Burundais ne mettaient qu’un petit cache sex et cela quand ils avaient l’age adulte? Un macho reste un macho, il n’a aucune raisons. L’homme doit se distinguer d’un animal.

    1. Pourquoi les burundais sont très résistant au changement culturels ?
      La culture de 1970 n’est pas la culture de 2018. En effet, il y a beaucoup de choses qui ont évolué.
      Je me souviens qu’en 1995 chez nous on condamnait une fille qui portait une culotte. Avaient-ils raison?
      Si une fille porte une jupe courte ça ne donne pas le droit à quelqu’un de la harceler.
      Allez voir les photo au musée de Gitega, les femmes s’habillaient torse nu mais maintenant on critique une fille qui porte des t-shirt montrant partiellement les seins. Soit disant que c’est la violation de la culture. Il faut préciser quelle culture car la culture n’est pas statique, elle est très dynamique.
      Et je me souviens qu’au séminaire, il y’a des prêtres qui nous disaient que les jeans sont pour les voyou, mais arrivé à Bujumbura j’ai trouvé des prêtres qui portaient des jeans!
      Respectons nous dans le choix d’habillement. Je n’ai jamais vue une fille qui porte une jupe qui montre son sexe et je ne sais pas si les cuisses sont devenues des sexes. Si je suis normal je ne serrait excité par les cuisses parce qu’elles ont la même couleur que les jambes ou l’avant bras.

  3. Mon Dieu! Mme Elodie permettez-moi de vous dire que votre point de vue est une légitimation de ce harcelement, une autre excuse de plus! Le harcelement de rue vient du manque de respect envers la femme rampant sur cette planete Terre! C’est un manque de valeurs de base de la part de nos hommes qui se croient tout permis car « hommes »! Demandez à nos soeurs qui ont étudiées ou ont vécu dans les pays maghrébins, vous m’en direz des nouvelles! Mais de grace , arretez de dire que les femmes elles-memes sont la cause de leur harcelement, c’est denier aux harceleurs la responsabilité de leurs actes!

  4. Merci de votre rédaction. Une chose fondamentale est de savoir que « tout change sauf le changement ». Partout dans le monde il existe une diversité de cultures, et ces différentes cultures se trouvent en compétition permenante; plus une culture est faible plus elle est dominée par une autre. Il importe de savoir si réellement les burundais dont tu parles sont conscients de leur culture ou que c’est par ignorence qu’ils franchissent les limites de leur culture. Bref, que vous soyez conservateur et résistant au changement, sachiez bien que le changement de culture ne laisse personne au bord du chemin. Mais à chaque changement il faut un minimum d’ajustement qui lui approprié.

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