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#Boost : peut-on soigner son addiction ?

L’addiction au boost a de graves conséquences sur la santé de ses consommateurs. Ces derniers le savent aussi, mais se jugent impuissants face à leur situation. Comment prendre soin d’eux alors ? Le blogueur Yves Irakoze a approché des spécialistes.

Depuis deux ans, le docteur Egide Haragirimana accompagne des consommateurs de drogues à travers un centre de dépistage volontaire. Des junkies, il en a vu de toutes sortes. Il déplore déjà le décès de six de ses patients pour overdose. Et pour lui, il n’y a pas l’ombre d’un doute : « Si des services adaptés avaient été disponibles, ces personnes auraient pu être sauvées ». Toutefois, c’est un homme plein d’optimisme : « plus de 90 % des personnes souffrant d’addiction qui recourent à leurs services sont parfaitement « récupérables » sur le plan purement psycho-socio-médical ». Ensuite, malgré une augmentation récente (quoique pas encore chiffrée), la part des consommateurs du « boost » reste petite comparée au nombre total des usagers des autres sortes de drogues. Il faut dire que le prix d’une dose n’est pas à la portée du commun des junkies.  Enfin- fait essentiel qui mérite d’être souligné- ces consommateurs manifestent un réel désir de rebondir.

Les consommateurs de « boost » que reçoit le docteur Haragirimana dans son centre sont sujets à risques pour plusieurs maladies. Des risques qu’ils partagent pour la plupart avec d’autres consommateurs de drogues injectables. Il s’agit en premier lieu du VIH/SIDA. Ceci est surtout lié aux échanges répétés de seringues au sein de cette population. Une attitude à laquelle s’ajoute le commerce du sexe pour les filles, obligées de vendre leurs corps pour se payer la drogue. Une étude menée en 2017 à ce propos à Bujumbura  a démontré que la prévalence du virus VIH chez les personnes qui consomment les drogues injectables s’élève à 10,2 %, soit dix fois plus que la population générale (1,4 %). Une fois l’individu contaminé au VIH, la voie est ouverte aux maladies opportunistes au premier rang desquelles se trouve la tuberculose.

Ce n’est pas tout. Les échanges répétés de seringues constituent également une attitude à risque pour contracter l’hépatite C dont le traitement par ailleurs coûte très cher. Des éruptions cutanées sont fréquentes et doivent aussi être traitées. De même que la constipation.

Un traitement possible

Le « boost » est une drogue hautement addictive et requiert une prise en charge holistique. Celle-ci s’étend du dépistage et prise en charge médicale au service d’accompagnement psycho-social en passant par l’accès à l’information. Hélas, depuis quelque temps, les fonds pour offrir des médicaments contre les éruptions cutanées par exemple font défaut. L’hygiène des patients ainsi que leur alimentation laissent à désirer vu que certains n’ont même pas de domicile fixe. Résultat : certains patients sont perdus de vue avant la fin du processus de prise en charge.

Une question d’ordre éthique se pose également. Certains intervenants dans ce domaine comme le BAPUD (Burundian Association of People who Used Drugs) déplorent le manque de deux services avancés comme importants dans la réduction des méfaits de l’usage des drogues . Il s’agit du programme de fourniture de seringues stériles aux usagers et le traitement de substitution. Ce dernier consiste à substituer la drogue par la prise d’un médicament- la méthadone de manière générale- qui garde le caractère euphorique  mais remplace à terme les opiacés illicites, réduit la dépendance et limite les dommages liés à la drogue consommée.

Comme réponse au plaidoyer de BAPUD, le ministère de la santé publique et de lutte contre le SIDA a répondu que ces démarches sont plutôt contre-productives, puisqu’elles iraient dans le sens de la promotion de la drogue. Par contre la Tanzanie, qui recenserait 60 % des consommateurs d’héroïne de la sous-région, a dû se rendre à l’évidence  que sans la méthadone, le combat contre l’héroïne et ses dérivés est perdu d’avance. Comme réponse, une clinique où on soigne les junkies à la méthadone a  récemment ouvert ses portes.

Le docteur Haragirimana, quant à lui, joue les équilibristes. S’il reconnaît l’intérêt du programme de fourniture de seringues stériles, il considère que la situation de la plupart des usagers de drogues injectables au Burundi ne requiert pas nécessairement un traitement de substitution. Il recommande toutefois une étude fouillée pour approfondir la question. Ne serait-elle pas celle qui existe déjà ? Peu en ont entendu parler malheureusement.

 


Pour lire notre dossier en intégralité, cliquez sur https://www.yaga-burundi.com/categorie/boost/

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