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Trois ans après le début des manifs au Burundi : que pensent ceux qui ont protesté ?

Le 26 avril 2018 marque le troisième anniversaire du début de la contestation du pouvoir incarné par le Cndd-Fdd. En 2015, des milliers de jeunes avaient investi les rues de Bujumbura pour quelques mois. Que pensent-ils aujourd’hui de l’évolution de la situation? Le blogueur Egide Nikiza a recueilli des témoignages.  

Joël (pseudo) a participé activement dans les manifestations de 2015. Quelques semaines après le coup d’État manqué, il a pris le large : «L’échec de l’intervention des militaires sonnait le glas de la contestation».      

Joël vit en exil dans la capitale rwandaise depuis juillet de la même année. Loin de la famille et des amis, Joël reste attaché à son pays. Il traque toutes les informations sur le Burundi : «C’est ma patrie,  elle me tient toujours à cœur».   

Ce natif de la zone Ngagara en mairie de Bujumbura ne regrette pas d’avoir manifesté : «Je n’ai pas été entraîné, j’ai posé mes actes en mon âme et conscience.  J’assume toutes les conséquences auxquelles je fais face».

Cependant, il ne décolère pas contre l’opposition politique : «Visiblement elle chancelle face à un pouvoir qui se consolide de jour en jour. Elle peine à parler d’une même voix».  Tenez par exemple, explique-t-il, « certains des opposants, notamment le Cnared, appellent au boycott du prochain référendum. D’autres dont le Frodebu, membre du même Cnared, s’apprêtent à battre campagne ». «C’est pathétique», juge Joël.  Néanmoins, il ne désespère pas : «Peu importe la longueur de la nuit, le jour finit par apparaître. Nous rentrerons un jour».   

Rubin (pseudo), aujourd’hui réfugié au camp de Nakivale en Ouganda, rappelle qu’ils ont marché pour une cause : «Le respect de l’Accord d’Arusha qui unit les Burundais. Ils ont tous profité de sa signature. Pour ce, je ne peux pas regretter d’avoir manifesté». D’après lui, même ceux qui n’ont pas rejoint le mouvement soutenaient la cause.

Ce jeune opposant estime que son comportement serait autre s’il savait que l’objectif n’allait pas être  concrétisé. «Trois ans après, nous n’avons pas  encore atteint ce qui est à l’origine de notre mouvement». Nonobstant, Rubin tient à préciser : «A la base du revers, ce sont des luttes égocentriques de notre minable leadership. Je refuse, ce n’est pas parce que nous n’en sommes pas capables».   

Un mouvement fédérateur

Un autre jeune, ancien manifestant habitant aujourd’hui le quartier Nyakabiga de la commune Mukaza en mairie de Bujumbura, fustige aussi sous anonymat l’opposition : «Elle n’a pas encore complètement démérité il est vrai. Mais ce qui est certain, elle n’inspire pas confiance».

Ce jeune juriste ne désapprouve pas sa participation aux manifs : «Ce n’est pas parce que les suites sont regrettables que je dois regretter ma conduite. Ce qui importe, c’est que nous nous sommes mobilisés pour une cause».

Quant à Carine (nom d’emprunt), elle aussi ancienne manifestante du quartier Kanyosha au sud de la capitale, aujourd’hui basée en Europe, un Burundais qui regretterait d’être descendu dans la rue ne serait pas digne de ce nom : «L’Accord d’Arusha rassemble les Hutu, les Tutsi, etc. Un mouvement pour le respect de cet accord était aussi rassembleur». Elle se dit fière d’avoir risqué sa vie pour son pays.   

 


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