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Pourquoi les intellectuels burundais semblent-ils invisibles ?

Sous d’autres cieux, on les voit sur les plateaux télé, on les entend sur les ondes de radios, on consulte leurs articles et ouvrages ou on les lit dans les colonnes des journaux. Mais chez nous, l’intellectuel semble presque invisible. Pourquoi ? Le blogueur Patrick Nimpagariste a rencontré Pascal Niyonzigiye, intellectuel burundais et docteur en Relations Internationales.

Le mot « intellectuel »  prête souvent confusion lorsqu’on l’utilise au Burundi. D’après le sociologue Désiré Manirakiza,  de façon courante, « les intellectuels désignent l’ensemble des personnes, généralement minoritaires dans une société, dotées de capacités de discernement très élevées qui les placent au-dessus de la masse et leur permettent, dans des situations particulièrement troubles et incertaines, de se situer au-dessus des caprices sociaux pour proposer un raisonnement clair et impartial ».

Malheureusement au Burundi, on ne  les voit pas souvent sortir du lot, jouer le rôle qu’ils sont censés jouer : celui d’éclairer la société tant par les idées qu’ils produisent que par les positions qu’ils prennent  pour reprendre les propos de  Désiré Manirakiza. Pourtant, ce n’est pas faute d’en avoir. Au pays de Mwambutsa, ils sont assez nombreux, sortis des prestigieuses universités des quatre coins du monde. Ainsi, d’aucuns pourraient se demander alors pourquoi ils semblent absents ou ne s’expriment pas souvent sur la situation politique, économique, … de leur pays. Certains vont jusqu’à parler d’intellectuels du comptoir. Ont-ils raison pour autant ?

Nuance

Ce procès fait aux intellectuels burundais, Pascal Niyonizigiye, intellectuel burundais et docteur en Relations Internationales, ne le conteste pas mais  relativise : « Comparer les intellectuels burundais à ceux d’ailleurs c’est se tromper autant les réalités politiques, économiques et culture ne sont pas les mêmes ». Selon lui, un intellectuel occidental peut s’exprimer d’une façon aisée sur un sujet quelconque, ce qui ne l’est pas nécessairement pour ceux des pays du tiers monde comme le Burundi.

Qui plus est, insiste-t-il, il ne faut pas s’attendre à ce que les intellectuels burundais et occidentaux  par exemple produisent un même discours. Car, leurs préoccupations ne sont pas les mêmes. Au moment où ceux de l’Occident peuvent philosopher, critiquer, etc., l’intellectuel burundais ne peut pas se permettre le luxe de tout critiquer au regard de l’environnement politique, social,… dans lequel il évolue.  Pour lui, recourir au mimétisme occidental n’est donc pas à envisager. Au contraire, la tendance est plutôt d’accompagner le développement économique de son pays pour in fine permettre qu’il y ait un environnement qui pourrait favoriser la libération de la parole de l’intellectuel.  

Enfin, pour nuancer encore, cet intellectuel souligne que le tableau n’est pas que sombre. En témoignent les conférences organisées au sein des universités, des travaux  de recherche, des articles publiés par ici par-là par les intellectuels burundais. Toutefois, glisse l’expert,  leur travail est tributaire du confort de leurs sociétés. Et de paraphraser Karl Max : notre mode de vie détermine notre conscience.

 


A relire : Pourquoi le Burundi perd-il ses valeurs d’antan ?

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Les commentaires récents (1)

  1. Merci pour votre article si interessant. Nous avons toujours ce mal de ne pas pouvoir être libre de s’exprimer dans les pays du tiers monde, ceci est un des obstacles qui devraient être eliminés.