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#Burunditoo : réponse à une internaute

Chère Judicaëlle,

Nous avons pris acte de votre réaction après qu’un billet d’un de nos blogueurs sur les violences sexuelles faites aux femmes ait été publié sur Yaga. Chaque jour des gens critiquent, d’autres admirent notre travail, il y a même ceux qui nous insultent,  mais on ne répond pas à tous. Si on prend ce temps pour réagir, c’est pour deux raisons principales : un, Yaga vous considère comme une de ses contributrices ayant déjà été publiée sur notre site. Deux, vous avez été active dans la campagne de lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes, sous le hashtag #Burunditoo. Yaga vous en félicite, mais regrette le fait que cette même campagne soit source de la discorde.

Vous reprochez à Yaga de ne pas vous avoir approché pour faire un récit centré sur la femme. Comment faire «plus centré sur la femme » que quand on appelle la société à changer le regard qu’elle porte sur ELLE? Que quand on plaide pour que le système qui fabrique les prédateurs sexuels soit aboli?  Si cette condamnation venait d’une autre personne que celle qui se proclame «militante des droits de la femme », on serait tenté de croire qu’elle entend par femme « elle-même » et non ces milliers de Burundaises qui espèrent voir leur situation évoluer/changer grâce à une  plus grande exposition de leurs traumatismes.

Ce qui nous amène à cette accusation dont la portée significative nous échappe encore: vous reprochez aussi à Yaga d’avoir utilisé vos tweets et/ou de ne pas vous avoir cité. Pour  le premier grief, nous ne savions pas qu’un hashtag est une « marque déposée ». Nous ignorions  que vous êtes la propriétaire de #Burunditoo jusqu’à nous interdire de l’utiliser. Une première sur les réseaux sociaux qui, jusque-là, comme un internaute l’a bien dit un jour, étaient un espace où tout le monde prend la parole sans l’avoir demandé. On ne savait pas que c’est vous qui donniez la parole pour #Burunditoo.

Pour le second grief, dire qu’on ne vous a pas cité est absolument faux. Nos lecteurs auront eu le loisir de voir que non seulement plusieurs passages renvoient à certains de vos tweets, mais aussi à toutes ces personnes qui ont  fait de cette campagne la leur et qui veulent briser la loi du silence.

Voir le screenshot ci-dessous les passages en rouge.

Nous saluons encore une fois votre combat contre les violences sexuelles faites aux femmes, mais nous ne savions pas que vous en déteniez le monopole. Notre souci était uniquement de soutenir, de porter loin la voix de tous ceux et toutes celles qui se battent pour que les choses changent, les femmes retrouvent leur dignité. Bien avant #Burunditoo, #Metoo, la femme burundaise a toujours été au centre de nos préoccupations, des jeunes filles du Burundi (dont vous-même) ont fait part de leur vision du monde dans nos colonnes. Lire ici, ici, ici et ici. On ne peut qu’être étonné que quelqu’un puisse dire que leurs histoires sont  « stupid », « useless », « nonsense » « garbage » pour vous citer.

Pour vous, « ceci n’est que du business de la recherche des contenus ». Par respect  à toutes les femmes victimes des violences sexuelles, Yaga préfère ne pas répondre à ce qu’il considère comme une insulte. Au-delà des récits sinistres comme ceux sur les violences sexuelles, le Burundi est rempli d’histoires, des plus cocasses aux plus loufoques à raconter. Quiconque s’y intéresse ne peut jamais connaître une crise de contenus.

Enfin, vous semblez ne pas apprécier le fait que le texte ait été écrit par un homme. C’est une appréciation personnelle et personne ne peut vous condamner. Mais pour nous, s’il  y a des hommes qui se battent pour les droits de la femme et qui font avancer la cause, c’est que le monde va de mieux en mieux. Des hommes comme Yves Irakoze, blogueur de Yaga, sur qui vous crachez dessus maintenant et que vous réduisez au silence en le bloquant sur les réseaux sociaux et en refusant de l’écouter.

Toute cette histoire nous aura au moins permis de comprendre que notre mission, donner la parole à tout le monde, est plus que jamais essentielle dans le but de construire une société meilleure. On ne peut militer pour la libération de la parole en muselant celle des autres.

Équipe des éditions Yaga

 


A relire : #Burunditoo : à Bujumbura comme à Hollywood, rien ne va

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