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Manifs du samedi «contre des rapports»: pour quelles raisons ?

À chaque sortie d’un rapport critique d’une organisation internationale sur le Burundi, on observe une mobilisation massive dans les rues pour protester contre ce dernier. Parmi ces manifestants, plusieurs conducteurs de vélo-taxi et de moto-taxi. Y vont-ils par conviction politique ou  pour d’autres raisons? Le blogueur Banzuba (pseudo) a recueilli des témoignages.

Nous sommes dans l’après-midi d’un certain vendredi, le week-end se profile à l’horizon avec son lot d’imprévus. Vu qu’il est parfois difficile de faire des courses samedi matin à cause de rassemblements politiques protestataires, je préfère le vendredi pour rendre visite à mon  grand-frère à Carama, l’un des quartiers de la commune Ntahangwa, à l’autre bout de la capitale. Pour cela, je dois prendre trois moyens pour me déplacer vu que j’habite à Kanyosha dans la commune Muha, à l’extrême opposé. Ce fût un moment agréable pour dialoguer avec mes concitoyens sur le sujet des protestations contre les rapports  onusiens durant tout mon trajet.

Claude est un jeune taxi-cycliste de 26 ans. Son travail est de déplacer contre de l’argent des personnes de zone en zone. Son parking est sur l’une des avenues de la zone Kanyosha commune Muha, au sud de la capitale. Pendant qu’il me transporte vers le bus, il m’apprend qu’il n’a jamais milité dans un parti politique. Plutôt, sa passion est de passer son temps libre à l’église pentecôtiste de ces localités. Un après-midi de jeudi, un des membres du bureau de l’association des cyclistes est passé au parking pour laisser un communiqué. Ce dernier stipule que le samedi matin, ils doivent se rencontrer en ville pour protester contre un rapport onusien sorti au cours de la semaine. Tous les cyclistes sont au courant. « Depuis, c’est comme une obligation d’aller protester», murmure-t-il.

Doucement et timidement, il m’explique que leurs chefs d’association et celui du parking sont des militants du parti au pouvoir. C’est ce dernier qui organise souvent ces marches manifestations. Boycotter ces rendez-vous, est comme s’avouer opposant politique : « Dans ce cas, tu dois payer une amende dans l’association au risque d’être retiré de ses membres », me révèle-t-il.

On arrive au bus et je lui serre la main avant de monter dans le véhicule qui m’amène en ville. Je ne traîne pas au centre-ville. Je  continue ma route et prends un autre bus pour Carama.

Pour arriver chez mon frère, qui vit un peu loin de la route principale, je dois continuer mon chemin sur une motocyclette. J’en prends une parmi les centaines qui pullulent sur ces routes. Pendant le trajet, je discute avec le motard. Il m’apprend que très tôt le matin le rendez-vous est fixé en ville pour protester contre un rapport. Malheureusement, il ne sait  pas le contenu de ce rapport. « Pas encore », souligne-t-il.

Jour de fête

À Bujumbura, les vélos et les motocyclettes de transport n’ont pas accès au centre-ville, ils  restent coincés dans les quartiers. Le samedi est un jour parfois de fête pour certains.

Eric, ce motard de 32 ans qui me transporte chez mon grand-frère est   militant du parti au pouvoir. «Quand j’entends un appel de protestation en ville surtout sur nos motocyclettes, c’est un immense plaisir parce que j’ai enfin l’occasion de rouler dans le centre-ville. Des fois, je n’ai même pas besoin de savoir le contenu de ces rapports», avoue-t-il. Comme le point de rencontre est toujours fixé au centre-ville, c’est aussi un bon moment  pour se rencontrer entre congénères en provenance de différentes communes de la capitale.

Le revers de la médaille

Si pour certains ces samedi sont un jour de célébration, pour d’autres ils ont été au moins une fois un jour d’affliction.

Thérence, un taxi-cycliste de 34 ans, père de deux enfants, a vu son vélo   confisqué en pleine journée pour être resté sur le parking alors que les autres allaient protester. Pour sa décharge, ce dernier cherchait quoi à manger pour sa famille alors que sa femme était hospitalisée.

Vu les coups qu’il a reçu, la confiscation de son vélo ainsi que les injures, ses collègues du parking, solidaires, ont  boycotté le prochain rendez-vous de protestation. Deux jours après, on supprimait ce parking.

 


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