À Bujumbura, conduire comme on va à la guerre

Ignorance du code de la route, convois officiels roulant à tombeau ouvert, chauffards, conducteurs éméchés, non-respect des feux de signalisation… emprunter les routes de Bujumbura  serait devenu un combat de survie dans une jungle impitoyable , comme le résume le blogueur Martial Hariyongabo.

De nos jours, on observe une augmentation de véhicules dans le pays surtout dans la ville de Bujumbura. Du coup savoir conduire est devenu une priorité chez la plupart des citadins. Et puis, qui sait d’ailleurs qu’après avoir eu son permis on ne pourrait pas décrocher un job de chauffeur vu qu’on ne fait plus la fine bouche question boulot. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à m’inscrire dans une auto-école. Mais durant mon apprentissage, j’ai remarqué que sur la route certains des conducteurs burundais peuvent te faire vivre un vrai cauchemar.

Ça ne vous est jamais arrivé- je ne vous le souhaite pas- de croiser sur votre chemin un de ces gars qui roulent chaque fois presque dans les 120km à l’heure ? Dire que c’est enrageant d’être dans l’obligation de ralentir voire de se garer  pour le laisser passer est un euphémisme. Vous aurez de la chance s’il ne vous ampute pas un de vos rétroviseurs, vous écrase un phare, ou même pire : vous rentre dedans. Le plus triste, ce sont ces pauvres piétons qui se font faucher. Parfois, je me demande si ces gars ont une simple idée de ce qu’est le code de la route (l’article 200 interdit à tout conducteur de dépasser 50km à l’heure en milieu urbain), ou si dans leur tête ils ne se prennent pas pour son Excellence Pierre Nkurunziza.

Et tous les autres…

Combien de chauffeurs burundais conduisent des véhicules qui sont dans un état déplorable. Franchement tu ne pourrais ne pas t’inquiéter si tu conduisais derrière un gros camion ou un bus qui roule penché à 70° du fait de son lourd chargement et qui laisse à son passage une fumée noire à te couper la vue.  On se demanderait même comment ils arrivent à pouvoir démarrer ces vieux machins, les faire avancer, ou même le plus important : freiner.

J’ai toujours cru que conduire était une chose qui demandait une attention totale et pourtant chez nous… Je prends l’exemple de cet ami avec qui je prenais un pot dernièrement et qui devait à la base me ramener chez moi. Il a quitté le comptoir rond comme une barrique, mais a insisté pour conduire. Lui expliquer que ce qu’il comptait faire mettait nos vies  en danger fut peine perdue. J’ai décidé de prendre un taxi et de le laisser rentrer seul. Comble d’absurdité, alors que lui était arrivé sans tracasseries malgré tous les checkpoints policiers sur son chemin de retour et sa flagrante ivresse, c’est moi qui ai failli passé la nuit en cellule pour avoir oublié ma pièce d’identité.

Des responsabilités partagées

Les chiffres font aussi froid dans le dos. À  l’hôpital de Ngozi au mois de juin 2017, 80% des patients hospitalisés en chirurgie étaient des victimes d’accident de route, selon les services internes de cet établissement. Et pour la police, les principaux facteurs qui expliquent cette tragédie sont en premier lieu l’excès de vitesse et l’ivresse au volant.

En toute honnêteté, je pense qu’il est grand temps qu’on se remette en cause. Et si on veut rétablir la sécurité sur tout le territoire national, commençons par sécuriser nos routes. Le reste suivra.

 


A relire: 

Articles récents

Say your opinion

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*