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Burundi: « Je refuse qu’on fasse taire ma mère au nom de la culture »

Dans la société burundaise, après le décès du chef de la famille, son épouse n’a pas le droit de s’exprimer en public au nom de son foyer,  mais doit se faire représenter par une parenté masculine de la famille de son époux. Une injustice institutionnalisée d’après le témoignage de la blogueuse Annick Ndihokubwayo (pseudo).

Nta nkokokazi ibika isake ihari, en d’autres termes, une femme n’a pas droit à la parole quand l’homme est là! C’est ce que nos oreilles ont toujours entendu dans ce pays du « tambour sacré »! Et  c’est tellement ancré en nous,  que jamais  l’on se ne questionne jamais sur cette discrimination. Oui je l’appelle discrimination! « L’homme est la tête de la famille, la femme est le cœur », j’entends souvent! Je ne sais pas si on nous a serinés ça pour nous calmer, nous chouchouter, mais le fait est que ce genre de phrase nous relègue toujours au second plan.

Oui, mon père je l’aimais, je le respectais, paix à son âme, il n’est plus là. Il ne reste que ma mère, cette fière femme qui nous a portés sur ses épaules frêles, sans jamais se plaindre. Elle nous a élevés jusqu’à notre majorité, et maintenant qu’on a  nos licences, master en poche et qu’on se marie, il est temps qu’on lui rende hommage et qu’elle soit la reine de toutes ces célébrations.

Hélas

Qu’est-ce que j’aurais voulu que ma mère prenne la parole le jour de ma dot, et à mon mariage. Que ce soit elle qui dise, avec fierté : « Nous sommes de telle famille, et je suis ravie de vous donner ma fille, comme belle- fille et comme future jeune épouse. »  Mais, en aucun cas, elle n’élèvera sa voix. Un autre coq chantera à sa place! Un autre homme, qui n’a jamais su comment on a un jour crevé la dalle, qui n’a jamais vu ma mère se débattre pour nous payer le minerval. Et il donnera son plus beau sourire, comme si c’est lui qui m’avait engendrée.

Bizarre! Les fois où les femmes prennent le microphone, c’est quand elles deviennent ministres, députés, présidentes des associations, avocates d’autrui, mais jamais des siens car tout bascule quand elles sont chez elles : elles reprennent leur place, au coin du feu. Il y a de ces habitudes qui ont la peau dure, car encouragées par l’ensemble de la société, et défendues même pas celles qu’elles oppriment. Hélas. Mais parmi toutes ces tares, celle qui fait le plus mal est de voir un autre recevoir les honneurs pour un fardeau qu’on a été seul(e) à porter.

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