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[Référendum] «La réforme constitutionnelle en cours ne vient pas enterrer les accords d’Arusha »

En réaction à plusieurs critiques en rapport avec la réforme constitutionnelle en cours (dont une parue sur Yaga), Lionel Nubwacu donne son point de vue sur la question en tenant à préciser qu’il ne réagit pas comme conseiller à la Présidence du Burundi.

*les réactions de nos lecteurs n’engagent pas Yaga

Depuis peu les détracteurs du gouvernement burundais, surtout les opposants radicaux qu’ils soient issus de la société civile ou des partis politiques sont en campagne pour s’opposer au référendum constitutionnel lancé par SE Pierre Nkurunziza, Président de la République du Burundi. Au-delà du caractère anti démocratique de cette démarche -on ne s’oppose pas à un référendum, on vote contre la réforme proposée- je vous propose cette réflexion sur le principal argument qu’ils avancent : « La réforme constitutionnelle proposée vient enterrer les Accord d’Arusha ».

En 1993 alors qu’il avait remporté haut la main les élections organisées par le Major Pierre Buyoya, Melchior Ndadaye premier président élu démocratiquement prit une décision qui devait s’inscrire dans l’histoire politique de notre pays : il nomma pour la première fois une femme Premier ministre du Burundi en la personne de Madame Sylvie Kinigi. Madame Kinigi, Tutsi par son ethnie était issue du parti Uprona qui avait perdu les deux scrutins organisés à ce moment à savoir la présidentielle et les législatives. Cette nomination souleva une grande controverse au sein des caciques du Frodebu qui ne comprenaient pas la nomination d’une opposante pour coordonner l’action gouvernementale. Cependant fort de son charisme, Melchior Ndadaye imposa Madame Kinigi à la tête du Gouvernement et les événements qui suivirent lui donnèrent raison à plus d’un titre. J’introduis ma réflexion sur Arusha avec cette parenthèse historique pour montrer et faire comprendre à ceux qui vont me lire ce qu’est l’Esprit d’Arusha et que par le passé, sans même devoir passer par des négociations interminables, un visionnaire avait amorcé ce mode de gestion de notre société basée sur le consensus et la participation de tous mais que malgré cela une guerre civile qui allait durer plus de dix ans et emporter des milliers de vies humaines allait s’en suivre.

L’accord d’Arusha qui reprend la philosophie politique introduite par le Président Melchior Ndadaye fut signé le 28/08/2000. Malgré sa ratification difficilement acquise et les réserves qui l’ont accompagné, le Burundi connut un regain de violence jamais égalé avec l’intensification des combats dans plusieurs régions du pays, certains experts allant jusqu’à se demander si c’étaient les vrais protagonistes qui avaient négocié et signé à Arusha en août/2000.

Ce n’est qu’avec les accords de cessez-le-feu signés le 16/10/2003 entre le Gouvernement de transition et le Conseil National pour la Défense de la Démocratie – Forces de Défenses de la Démocratie- (Cndd-Fdd) qu’une véritable paix fut recouvrée au Burundi. Depuis lors, un véritable processus démocratique s’est installé et le Burundi a déjà organisé avec succès trois cycles électoraux. La démocratie s’enracine de plus en plus.  La signature des accords d’Arusha bien que n’ayant pas apporté la sécurité et la paix immédiatement comme l’avait espéré la plupart des Burundais, vint renforcer la philosophie remise au goût du jour par le Héros de la démocratie Melchior Ndadaye, cette philosophie avait été celle du Héros de l’indépendance du Burundi qui est le Prince Louis Rwagasore, avant d’être enterrée par les régimes dictatoriaux qui se sont succédé durant les années 65-2003.

Une posture hypocrite

Avant d’entrer dans son troisième cycle électoral, certaines voix ont commencé à s’élever, semant la confusion dans l’opinion en liant l’éventualité de la candidature de Pierre Nkurunziza à une quelconque violation des accords d’Arusha. Inutile de revenir sur les tribulations qui ont suivi avec comme corollaire la tentative de coup d’Etat du 13/05/2015. Cependant tout observateur avisé voyait très bien qu’Arusha avait été pris comme prétexte pour habiller une prise de pouvoir par la force. Les explications que je qualifie de pseudo-juridiques qu’ils donnaient à cette époque ont été vite balayées par la Cour constitutionnelle dans son arrêt RCCB 303 du 04/05/2015. Les violentes manifestations qui se transformeront en insurrection après l’échec du coup d’Etat 13/05/2015 auront pour fonds de commerce propagandiste les Accords d’Arusha. Une posture purement hypocrite quand on sait que la plupart des leaders  du bien nommé « Mouvement Arusha » étaient ceux-là même qui avaient signé ces accords avec des réserves, les autres les ayant carrément rejetés.

Quid de la réforme constitutionnelle en cours

Le 13/12/2017 SE Pierre Nkurunziza a lancé la campagne d’explication des changements intervenus dans la nouvelle Constitution qui sera bientôt soumise au référendum. Dans son discours, il a expliqué le cheminement qui a abouti à cette réforme constitutionnelle en cours, donné les principales motivations derrière et rassurer quant au respect de l’esprit des accords d’Arusha.  Selon le Chef de l’Etat, la réforme constitutionnelle en cours ne va concerner que les articles dont la nécessité de changement se fait sentir, avec une désuétude avérée, ou qui doivent permettre des réformes afin de nous conformer aux exigences d’une adhésion complète à la Communauté Est-Africaine.

Les articles qui constituent des principes fondamentaux d’un Etat démocratique ou qui ont été intégrés afin de respecter et se conformer aux accords n’ont pas été modifiés. Il s’agit des articles qui constituent les fondamentaux d’un Etat démocratique, des articles sur la paix et la sécurité, la protection et les garanties des opposants, les droits et garanties des minorités, la séparation des pouvoirs et la garantie d’indépendance de certains organes étatiques et leur renforcement des pouvoirs constitutionnels.

Pour tout observateur avisé et n’étant pas sous influence d’une quelconque idéologie ou intérêt politique, il apparaît clairement que les réformes apportées préservent et renforcent l’esprit des accords d’Arusha.

Contrairement à ce que certains prétendent, la réforme constitutionnelle en cours ne vient en aucun cas enterrer les accords d’Arusha. Il s’agit d’une réforme guidée par la nécessité de renforcer la démocratie en dotant le pays d’institutions fortes, capables de conduire le pays vers plus de démocratie et de stabilité. Les institutions qui seront issues de cette Constitution seront à même de mettre le Burundi  à l’abri des crises cycliques de manière définitive. La réforme constitutionnelle en cours ne vient pas consacrer le pouvoir éternel d’un individu, au contraire elle est garante d’une stabilisation et donne les  moyens d’engager sur le long terme les réformes nécessaires pour un Burundi prospère. Comme ne cesse de le répéter le Président Pierre Nkurunziza : « Nous avons le devoir de léguer à nos enfants un pays définitivement débarrassé de tares qui nous ont si souvent endeuillés ».

 


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