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Burundi : « Rien de mieux que d’être dans un convoi présidentiel »

Quand des personnalités politiques se déplacent, les routes sont souvent bloquées, quelques fois pour de longues heures. Que se racontent alors  toutes ces personnes obligées de se mettre sur le bas-côté  en attendant le passage du « chef »? Le blogueur Tanguy Irangabiye, coincé une fois dans ces « files d’attente », nous donne son témoignage.

Il est 14h45. Une fine pluie languit sur les vitres du bus, qui slalome à toute vitesse dans les tournants de la RN1. Je suis à peu près coincé sur la banquette arrière du véhicule de la compagnie Volcano. Nous faisons le trajet Bujumbura- Ngozi, la route est encore longue, les passagers s’ennuient.  Je dois être au chef-lieu de la province Ngozi à 16h, pour envoyer un colis au Rwanda.

Arrivé à Gatara, une commune située à l’entrée de la ville de Kayanza, un policier muni d’un sifflet, apparaît à quelques centaines de mètres devant le bus, en plein milieu de la route. Il ordonne avec véhémence au conducteur de se ranger au bord de la route. Tous les passagers s’agitent et se lancent dans de longues analyses.

«Mince ! C’est le président qui va passer. On devra compter deux heures pour reprendre la route», se lamente un homme assis devant moi.

« Mais non ! Mzee a changé de tactique, maintenant, quand il passe, il ne dépasse pas une demi-heure d’obstruction des routes», intervient un autre d’un air plus renseigné.

Sur l’autre bord, il y a une file de véhicules qui attendent sagement le passage du convoi présidentiel. Les passagers de notre bus qui somnolaient dix minutes plus tôt, bourdonnent, chacun voulant épater son voisin par ses propos.

Je me tourne pour écouter une dame assise sur le siège à côté. « Vous savez ce qui me rend quelques fois furieuse ? C’est lorsque les candidats aux postes politiques viennent dans nos communes, nos collines, nos quartiers pendant les campagnes électorales pour nous bercer et nous amadouer dans le seul but d’amasser nos voix. J’ai finalement compris que leur vœu le plus cher est d’être dans un convoi présidentiel. Lorsqu’ils gagnent les élections, à leur passage, on nous dit de fermer les vitres, de ne pas daigner les regarder et même de nous retourner! Qui ne se sentirait pas déifié dans ces circonstances ? »

Après les propos de cette dame, les discussions prennent une autre forme : la mise en garde. Le chauffeur avertit certains passagers sortis pour prendre l’air : « plus le convoi approche, plus les policiers deviennent hargneux et peuvent donner des raclées ». Les moins courageux remontent directement dans le bus.  Les autres veulent défier les policiers et restent dehors.

Cloitré dans mon coin, air d’un gamin, une question me traverse l’esprit : « Quel sentiment a M. le Président quand il roule tout seul (avec sa garde) dans toutes les rues du pays ? Est-il rassuré qu’il n’y aura pas de bouchons et qu’il ne sera pas en retard au bureau ? Ou bien c’est pour décourager (ou intimider) d’éventuels trouble-fêtes ? » Je ne saurai dire.

Le bus est resté à l’arrêt jusqu’à ce que le convoi atteigne les collines lointaines. Après le passage de celui-ci, les policiers sont redevenus gentils et dociles comme par magie. « La sécurité n’a pas de prix », fait remarquer l’homme assis devant moi, l’air mi-figue mi-raisin.

L’attente aura duré 45 minutes. Quant à moi, mon colis trône toujours sur le chevet de mon lit.

C’est ça aussi la vie.

 


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Les commentaires récents (2)

  1. Nihabe haja imodoka imbere nk-ibirometero bitatu ihagarike imiduga aho kureka abantu ngo barindire umwanya nkuyo. Ntawoharura ibitabwa mu butunzi bijanywe niryo rindiriza.

  2. Tous vos articles sont tendieux et a caractere de critique. La securite d’un chef d’etat es’t primordiale et doit etre tres sure sans equivoque. Ne parles plus du n’importe quoi

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