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« J’ai construit un stade de football où je ne mettrais jamais les pieds »

Au cours des travaux de développement communautaire, la population est souvent appelée à participer dans des chantiers publics, par exemple la construction des stades de football. Malheureusement, le petit peuple semble ne pas goûter aux fruits de ses efforts. Voici le témoignage d’un paysan de Muyinga à travers la plume du blogueur Martial Hariyongabo.

Le stade Umuco de Muyinga. Avec ses couleurs  et sa belle pelouse synthétique, ce monument de football est une fierté pour nous autres natifs de la province. C’est le fruit  de nos efforts.  Nous nous sommes donné corps et âmes pour qu’il puisse être debout  aujourd’hui. Mais ce petit paradis semble ne pas pouvoir nous accueillir tous, surtout lorsqu’il s’agit d’un match important.

Je m’appelle Janvier. Je suis natif de la commune Muyinga.  Je suis marié et  j’ai trois filles. Ma femme et moi sommes cultivateurs. Nous vivons dans une petite propriété non loin de la ville de Muyinga. Nous  travaillons sans relâche  afin de pouvoir subvenir aux besoins de notre famille. 

Lorsque j’ai appris qu’il y avait le projet de construire un stade de football dans notre province, j’étais aux anges. On nous a dit que nous devions tous nous y mettre, que  tout allait dépendre de nous car « ce sera notre stade ». Donc j’ai été au rendez-vous chaque samedi pour les travaux communautaires jusqu’à la pose de la dernière tôle.

Une grande déception

Tout récemment il y a eu un grand match à l’affiche. L’équipe locale Olympic Star croisait le fer avec Vital’o de Bujumbura. Je ne voulais pas rater ça. Oh Mon Dieu, j’ai toujours rêvé de voir jouer cette  équipe que j’entendais à la radio depuis que je suis tout petit. À l’entrée du stade, plusieurs policiers poussaient vers l’arrière la foule qui voulait des tickets car le match avait déjà commencé. «C’est 1000 francs pour les adultes et 500 francs pour les enfants. Nous avons aussi des tickets VIP», disait un des gars qui en vendaient. Tiens, mais c’est quoi ça ? Mais non! Je voulais mais je ne pouvais pas. Dans le stade, les cris de la foule et leurs vuvuzelas semblaient tous appeler mon nom. J’avais l’impression d’avoir manqué des dizaines de buts depuis mon arrivée car à chaque minute ce n’étaient que des clameurs. Mais il n’était pas question de prendre le seul billet de 1000 francs, durement gagné, pour payer un match de foot, avec mes trois filles m’attendant à la maison. Elles espéraient  du pain à mon retour. Elles avaient besoin d’un cahier et d’un stylo pour l’école. 1000Francs bu, ça équivaut parfois à deux journées de travail. J’aime le foot, mais mon niveau de vie l’a relégué au second plan.

J’ai fini par disparaître. Je suis rentré chez moi le cœur lourd, ruminant la rancœur d’avoir été chassé d’un endroit qui était censé m’appartenir et pour lequel j’avais sacrifié mon temps et mon énergie.

 


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Les commentaires récents (1)

  1. Mutama, nuko nyene udasoma ivyandikwa muri ubu buhinga mugabo ntuzobura uwabisomye ngo akwongorere. Igiti kigukora mujisho rimwe. Amatora niyagera uribuka uwaguhenze ntumuhe ijwi ryawe.

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