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Référendum : Nkurunziza, ad vitam aeternam ?

Le chef de l’Etat vient de lancer « la campagne des activités relatives au prochain référendum ». Un des objectifs : se débarrasser de certains acquis des Accords d’Arusha, jugés par certains comme pierre angulaire dans le maintien de la paix et la sécurité. « Un autre pas de plus vers un ‘‘déraillement’’ qui a commencé en 2015, ou, en réalité, quelques années avant », selon  le journaliste Armel Gilbert Bukeyeneza.

La machine est lancée. Bientôt le  « peuple » sera appelé  au « référendum » pour valider la nouvelle Constitution. Remarquez les guillemets encombrants,  parce que l’option « invalider » est difficilement envisageable dans un pays qui prône la pensée commune, et que le doute s’impose sur la qualité du nouveau texte fondamental à refléter la volonté des Burundais. On est donc en droit de se demander si ce qui se prépare est vraiment un référendum.   

En effet, l’un des grands enjeux, si ce n’est le seul, est d’avoir carte blanche pour Pierre Nkurunziza de se représenter autant qu’il voudra, un peu à la Poutine. La bataille a commencé avec la conquête du troisième mandat.  La mouture de la nouvelle Constitution vient l’étendre à  2034.  

Une bataille de très longue date

Si les cartes tombent progressivement, la tactique du jeu semble avoir été arrêtée depuis longtemps. En 2012, Willy Nyamitwe,  conseiller à la présidence, aurait déclaré (il le nie), que « son parti a une ruse pour permettre le maintien au pouvoir de Pierre Nkurunziza ». Propos rapportés dans Heineken in Africa, un livre d’enquête du journaliste néerlandais Olivier Van Beemen,  publié en novembre 2015.

C’est ainsi qu’en 2014 fût organisé le vote sur la révision constitutionnelle à l’Assemblée Nationale, qui devrait « légaliser le troisième mandat » en mettant la croix sur les Accords d’Arusha. Le rendez-vous fût un cauchemar pour le régime. Les Burundais gardent de cet épisode la sinistre leçon mathématique du député Karenga Ramadhan qui suggérait, en vain, d’arrondir par excès le score de 79,6% obtenu pour avoir les 80% exigés. La Constitution est restée la même. Mais Nkurunziza s’est présenté quand-même. Contre vents et marées !  

2016, hormis la crise engendrée par cette soif de se maintenir aux affaires, fût marquée par le fameux « dialogue interne ». Une initiative perçue comme venue pour défier, saboter et contrecarrer « Arusha II » qui avait pourtant besoin de sa chance pour tenter une sortie de crise dans un « dialogue inclusif ». Lors de ces messes à la parole parfaitement maitrisée, la conclusion ne fût pas autre : « Il faut faire sauter cette histoire de mandats présidentiels », «  Arusha est une escroquerie », «  Il faut changer la Constitution ». Vox populi vox dei, vous avez dit ? Aujourd’hui on parle alors de référendum. Un bon film avec un scenario bien monté. Et les Burundais héritent du rôle de figurant. Car, vaille que vaille, le référendum sera voté. Le « oui » gagnera. Avec ou sans le peuple. Même Hollywood ne peut pas faire mieux.

Voilà donc un parti, ou quelqu’un, décidé à « régner sur le Burundi jusqu’au retour de Jésus-Christ », peu importe le prix.

Il est prêt à tout. Même rendre obligatoire la contribution aux élections. La participation politique n’est plus un droit, elle est devenue un devoir !

Que faire ?

Faut-il continuer à espérer dans le dialogue, visiblement devenu un joli concept, dont les Burundais gardent seulement la nostalgie ? Arusha vient de mal finir. Le médiateur, les participants sont rentrés déçus. Mais l’échec n’a pas surpris grand monde. Le rendez-vous a omis les key players, dit-on. Le régime s’est fait représenter par des personnalités de second rang, comme pour dire : « Arusha ne nous concerne pas. Ce n’est pas sur notre agenda ».  Mais quoi de plus normal ! En réalité, que doit-on aller négocier ? Surtout pourquoi ?  Puisqu’il n’y a pas de guerre au Burundi… même s’il n’y a pas de paix non plus. La Realpolitik force à reconnaitre que Bujumbura n’a aucune urgence à faire des compromis.

Ma question ici, est plutôt portée ailleurs : faut-il vraiment dire que le Cndd-Fdd ne veut vraiment pas entendre parler d’Arusha, de dialogue avec l’opposition ? Ou s’agit-il d’une obstination portée par des individus ? Par exemple depuis près de cinq ans, j’écoute avec attention les discours du chef de l’Etat. Il ne fait mention de ses adversaires politiques que rarement. Et quand il évoque le sujet, les qualificatifs sont forts : Mujeri (chien errant), Intumva (têtus),… J’ai peur que la paix, la sécurité, le développement, la démocratie, l’avenir du Burundi, soient hypothéqués par une poignée de personnes assoiffées du pouvoir, qui ne supportent pas la contradiction, allergiques aux voix discordantes pourtant indispensables pour toute démocratie.

Faut-il « pleurnicher » devant la communauté internationale ? Surtout pas ! La situation de no war no peace au Burundi l’arrange. C’est un parfait prétexte qui justifie sa tergiversation. Et puis, elle est assez surchargée : Jérusalem, Syrie, Corée du Nord, Yémen, Lybie, RDC,… sont suffisants pour absorber toute l’attention internationale, malgré « notre sous-sol très très riche », du moins selon la rhétorique de Bujumbura, quoiqu’elle ne parvienne toujours pas à financer une élection, préférant « rançonner » une population déjà en dessous du seuil de pauvreté.  

Ou alors prendre les armes ? Ce n’est pas évident. La guerre est toujours la pire des options avec ce qu’elle engage comme coût. Les Burundais peuvent en témoigner. De surcroît, le background maquisard du régime rend la voie de plus en plus périlleuse. Les récents cas de trahison, de défection et d’exécution au sein des rebellions « post 2015 »  en disent long. Ce qui ne rend pas toutefois l’option impossible. «  Quand injustice devient loi, rébellion devient un devoir », disait Thomas Jefferson. Le Cndd-Fdd le sait mieux que tous. Aujourd’hui on parle déjà des FPB, du Red Tabara,… Ils ne sont certes pas assez visibles mais « cette crise est un marathon », me soufflait récemment un de mes aînés.   La persistance du conflit ne sera pour ces mouvements qu’une épreuve du temps pour s’affermir.

Le mieux est effectivement de ne pas en arriver là. Mais en attendant, le régime a préféré lancer « les activités relatives au référendum » ce 12 décembre à Bugendana, en province Gitega. Un lieu, une date, chargés de symboles. Le 12 décembre 2015, près d’une centaine de jeunes étaient massacrés par les forces de sécurité dans les quartiers dits contestataires après la fameuse attaque sur les camps militaires. A Bugendana, en 1996, des centaines de déplacés tutsi ont été tués par le Cndd-Fdd, à l’époque mouvement rebelle. En 1996 comme en 2015, ce fût l’expression de la haine des Burundais envers les Burundais, que les Accords d’Arusha, dont le requiem vient d’être célébré à Gitega,  avaient tenté de contenir.

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