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L’enseignement au Burundi : comment sortir de la médiocrité?

Le gouvernement burundais ne cesse de multiplier les initiatives, décriées ou pas, pour améliorer le secteur de l’enseignement. Pourtant, en parallèle, le budget consacré à l’éducation a été minoré de 64% en 2017. Un premier paradoxe parmi la pléthore de contradictions que relève notre contributeur Al Nzambo. Ce dernier propose alors quelques pistes de solutions.

«Si vous pensez que la formation coûte cher, essayez donc l’ignorance », disait Abraham Lincoln. On sait que les temps actuels sont durs car le contexte économique n’est pas très favorable. Mais c’est justement dans les moments difficiles qu’il faudrait augmenter le budget de l’éducation. Et ce dernier est un indicateur de l’importance qu’un pays accorde à l’enseignement de son peuple et à son développement. En effet un peuple formé est capable de déplacer des montagnes. Qu’en est-il de notre pays ? Quelle place accorde-t-on à l’enseignement au Burundi ?  Le développement du capital humain est l’un des quatre piliers de la stratégie de croissance et de lutte contre la pauvreté (CSLP). Le gouvernement a alors élaboré un plan sectoriel pour le développement de l’éducation et de la formation, PSDEF, et dans ce cadre, on prône l’adaptation qualitative de l’offre de formation au nouveau contexte et le renforcement de la qualité et de la pertinence des formations. Une bonne chose en soi, mais qui se heurte à des paradoxes.

Renforcement de la qualité ?

Le gouvernement prône la qualité, mais ajoute des points aux élèves qui n’ont pas réussi pour les faire passer à l’enseignement supérieur, la fameuse « cooptation » !!! Toujours au secondaire, les critères de délibération sont tellement lâches (élastiques) que les élèves qui ont huit échecs peuvent avancer de classe. Avancer de classe dans ces conditions, est-ce réussir ? Oserait-on parler de qualité ? Et ces responsables de l’éducation qui veulent en découdre avec « ces enseignants qui ne veulent pas faire réussir les élèves » ! Cela justifie suffisamment « le désert intellectuel qui caractérise le Burundi ces dernières années » dont parlait un journaliste dans une chronique.

Il y a un autre  paradoxe: on orientait en général dans les lycées pédagogiques les élèves qui avaient réussi les derniers, avec moins de 55 %. Allez alors chercher la qualité, même si ce paradoxe a été un jour justifié par un haut responsable de l’éducation : celui qui a réussi à 80 % et un autre qui a réussi à 50 % ont tous deux réussi, c’est donc la même chose !? Mais on ne peut donner que ce qu’on a, et si on a peu …

Une petite blague mais authentique: un jour quelqu’un signalait à un ami «  qu’il est dans les parages ». Il a été repris violemment par un enseignant qui affirmait qu’on dit « dans les alpages ». Ce dernier venait de passer 14 ans à (dé)former des élèves.

Comment arriver à la qualité ?

La formation fondamentale doit apprendre aux élèves les bases de l’enseignement : le calcul, la lecture, la communication dans les langues de formation ou d’enseignement, l’éducation civique et morale aussi pour ne pas chercher à tout prix à avancer sans avoir réussi. Une évaluation systématique, régulière, objective et formative doit être pratiquée par des responsables de l’enseignement eux-mêmes bien formés. Cette évaluation va voir sans complaisance si les normes minimales exigées par l’Etat sont atteintes. Il est indispensable d’exiger une formation de qualité élevée pour le développement du pays et de nos affaires : un bon programme centré sur des matières essentielles, les savoirs élémentaires desquels dépendra le reste de la vie, de bons enseignants et de bons administrateurs de l’éducation(il y aura moins d’échecs, donc moins d’abandons et moins de délinquants),.

En définitive, faire avancer de classe un élève qui a échoué à l’évaluation, c’est le condamner à rester incompétent pour le reste de sa vie. Il traînera toujours cette lacune comme un boulet à sa cheville. Imaginez un médecin qui exercerait sans avoir réussi ses examens : lui confieriez-vous votre vie ? Ou un comptable qui a échoué, fût-il votre fils, vous le nommeriez à la tête de votre entreprise ? Et vous paieriez l’évaluateur pour qu’il atteste qu’il a réussi et que vous l’employiez ? Ne faites donc pas aux autres ce que vous ne feriez pas pour vous-même.

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