Photo d'illustration: Pixabay
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Ntahangwa : le transport à dos d’homme fait des heureux

En amont, la rivière Ntahangwa menace plusieurs habitations, tandis qu’en aval, elle est le théâtre d’un business florissant : le transport à dos. Ils sont plus d’une dizaine d’hommes à gagner leur vie en faisant traverser la rivière à des « passagers ».

Rivière Ntahangwa, 7h du matin. Le cours d’eau, couleur terre, serpente entre deux ravins. De part et d’autre, une dizaine d’individus font la queue. Dans l’eau, cinq hommes robustes, pantalons retroussés jusqu’aux cuisses, font traverser sur leur dos des gens, pour la plupart des élèves. À cette heure, au gué séparant la zone Kigobe de celle de Nyakabiga, la clientèle commence à affluer. « Traverser la rivière est le moyen le plus rapide pour moi d’aller à l’école. Si je devais prendre la route, ce serait un détour d’une quinzaine de kilomètres », confie un jeune élève de Nyakabiga, étudiant dans un lycée à Kigobe.

Ce raccourci « maritime » est devenu une entreprise florissante, du moins pour la quinzaine d’hommes qui fait ce travail de « mules ». Dès l’aube jusqu’au soir, ils font traverser sur leur dos la dizaine de mètres de largeur de la rivière Ntahangwa.

« Heureusement que Ntahangwa n’est pas profonde, ni son courant très fort, sinon on serait au chômage », s’esclaffe un des « transporteurs ». Ce dernier, c’est Moïse Kagoma, le doyen, originaire de la commune Mugina. « Avant 2004, je travaillais dans une étable de vaches installée au bord de cette rivière. Mon  boulot consistait à chercher des herbes pour le pâturage. Mais, avec la décision du gouvernement  interdisant l’élevage dans la capitale, les  éleveurs ont migré  vers Mpanda, et nous, nous sommes restés ».    

Par le passé,  Moïse avait déjà fait traverser charitablement la rivière à des gens. Lui et ses amis gardiens de vache, c’est dans cette période de chômage, qu’ils ont commencé à faire rémunérer leurs services. Depuis ce jour, Moïse n’a plus quitté les berges de Ntahangwa.

Ce gué fait vivre les familles

« Au tout début, on faisait payer 50 Fbu la traversée, et je parvenais à 2000 Fbu par jour.  Avec 500 Fbu, je parvenais à manger à ma faim midi et soir, et j’économisais 1500 », confie Nestor Ngendakuriyo, père de deux enfants, originaire  de la province Gitega, commune Gishubi.

Avec l’année 2010, le prix de la traversée a été revu à la hausse suite à la dépréciation de la monnaie burundaise. Les passants désormais s’acquittent de 100 Fbu.

Un vrai business donc, qui ne manque pas d’attirer de nouveaux arrivants. Nahimana,  est un jeune qui vient d’embrasser ce métier tout récemment. Il avoue qu’il n’avait pas beaucoup de choix : « Il n’y plus du travail même pour ceux qui ont étudié. Autant alors traverser cette rivière sale une centaine de fois par jour, pieds-nus, au lieu d’aller voler. Au diable les maladies, car faire quelques sauts à l’hôpital valent mieux que passer une dizaine d’années dans l’ombre étouffante d’une prison ».  

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