2000 FBU, ce billet qui fait la pluie et le beau temps au Burundi

S’il y a bien une chose qui semble symboliser la corruption dans notre pays, c’est le billet de 2000 francs burundais. Être servi le premier, esquiver les contrôles policiers, la dernière petite coupure de la monnaie burundaise semble être le sésame pour s’extirper de toute mauvaise posture. Démonstration du blogueur Alain Amrah Horutanga.

Au recto de notre billet, comme pour signifier la « succulence » de l’argent, le graphiste qui a imaginé l’apparence  de notre cher 2000  y a mis l’ananas. Au verso, probablement pour aller plus loin dans son idée, il y a dessiné un cultivateur dans une plantation de thé, comme pour nous dire: « C’est par la sueur de ton front que tu le toucheras». Ce cultivateur de je ne sais quelle plantation de Teza (à Muramvya) ou d’Ijenda (à Bujumbura Rural) rappelle constamment qu’à chaque toucher de ce beau papier rose, ce dernier ne tombe donc pas du ciel. Mais comment se fait-il qu’il tombe aussi souvent dans les poches d’un policier burundais ? Démonstration.

Le rose est la couleur « universelle » de l’amour mais aussi du billet de 2000 fbu, talon d’Achille de nos « anges gardiens » en uniformes bleues. Ils l’adorent, l’adulent. Grâce à lui, vous montez de galons auprès d’eux. Ils vous cèdent le pouvoir qu’ils ont. C’est peut-être parce que ce bout de feuille coloré peut acheter une Primus fraîche. Tout est possible avec ce billet au départ vert qui, par la force des hommes, est devenu rose. Il nous fallait une monnaie difficilement « contre-façonnable», avions-nous appris quand on a changé le design des billets.

Mon argent, mon passepartout

Juste après les manifestations et surtout après le coup d’Etat manqué, nous nous sommes retrouvés face à des barrières sur nos ponts ou à l’entrée de nos quartiers, où on devait présenter nos cartes d’identité.  Cette démarche il est vrai simpliste était présentée comme dissuasive. Ainsi la police pouvait trier le bon grain de l’ivraie.

Mais qu’advient-il lorsqu’on oublie ou égare sa carte d’identité ? 2000 francs burundais suffisent pour racheter son imprudence. Ne vous est-il jamais arrivé alors de se poser la question suivante : si les « malfeteri », comme le disait l’autre, ne peuvent pas se munir de cartes d’identité (ce qui est improbable vu qu’ils sont Burundais) ou sont fichés, ne peuvent-ils pas passer entre les mailles du filet grâce à 2000 francs seulement ?

2000, je t’eum

Le pouvoir qu’a ce billet vous procure parfois des sensations fortes. Certains vous prendront pour leur supérieur. Vous n’avez jamais été appelés chef par un policier ? Si cela ne vous est jamais arrivé, jalousez-moi. Ce billet « magique » peut à lui seul réaliser certains de vos vœux les plus fous. Il peut vous élever au rang de général. Pour preuve : pendant que certains se font contrôler, moi je passe. Un jour peut-être, il pourra me hisser au sommet, là-haut, sur le trône du commandant suprême des armées et des citoyens. Pour l’instant, avec 2000 francs, je peux couper la priorité aux gens, brûler un feu ou jouer au foot avec le guide suprême comme le font les vrais chefs.

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