Lettre de Rwagasore aux Burundais et aux Belges

56 ans après l’assassinat du prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance du Burundi, le blogueur Anicet Nyamweru, dans une veine souverainiste, imagine un message épistolaire que feu Rwagasore aurait pu envoyer aujourd’hui aux Burundais et à leurs anciens colonisateurs.

C’est avec amertume que je prends cette plume trempée dans mon sang versé innocemment le 13 octobre 1961 pour écrire à mes frères burundais, victimes jusqu’à l’heure actuelle de la haine alimenté par le virus colonial, mais qui se dressent toujours avec héroïsme pour défendre  mon héritage contre les vautours de toutes sortes.

Chers frères burundais, ne me trahissez pas

Qui de vous ne connaît pas qu’avant la colonisation les Burundais étaient un seul peuple on ne peut plus uni, obéissant à un seul roi et un seul Imana ? Qui de vous ne connait pas que l’ethnicisation de la société burundaise a été orchestrée, exacerbée par les colons pour mettre en œuvre leur stratégie de « diviser pour régner ». Pourquoi donc, chers frères burundais, plus de 50 ans après l’accession à l’indépendance, vous identifiez-vous sur base de vos fausses ethnies ? Je pleure quand je lis la Constitution du Burundi qui est basée sur des quotas ethniques. C’est honteux. Cela me rappelle quand je voulais me marier, ceux  qui nous ont divisés et leurs fidèles n’ont ménagé aucun effort pour me faire abandonner ma fiancée arguant qu’elle était hutue et moi ganwa, tutsi ou je ne sais quoi.  Mais j’ai refusé et je l’ai épousée. Et pour cela, j’ai payé le prix fort.

UPRONA contre PDC, mais  jusqu’à quand ?

Chers frères burundais, c’est avec amertume que je constate qu’aujourd’hui, alors que bien de Burundais  font tout pour défendre la souveraineté du pays, il y a hélas, d’autres qui se solidarisent avec ceux qui veulent vous maintenir sous le joug du néocolonialisme. Et ces derniers sont, sans surprise, des enfants chéris des impérialistes. Cette situation me rappelle celle de notre époque, lors de la lutte pour l’indépendance. Alors que  derrière nous  la majorité des Burundais, fatigués de l’exploitation coloniale, voulaient une indépendance immédiate, il y avait un autre petit groupe des Burundais réunis au sein d’un parti travaillant à la solde des colons, et qui réclamaient une indépendance tardive. Ceux-ci, tout comme aujourd’hui, étaient financés et encadrés par ces même colons.

Mais, Dieu aidant, ils ont été défaits, même si ça nous a coûtés la vie nous autres. Aujourd’hui, c’est le même  scenario que je crains. Mais ce qui me réconforte c’est de voir que beaucoup de Burundais, malgré tout, ne nous ont pas trahis. Courage à toux ceux qui se donnent corps et âmes pour protéger notre pays contre l’ingérence, les agressions et les invasions de toutes sortes.  Courage ! Persévérez ! Ne désarmez jamais ! Soyez fermes et forts ! Oui, le Burundi a toujours besoins des Intore et des Badasigana pour protéger notre pays. Nous avons toujours besoin de Bihome pour protéger nos leaders. Nous avons toujours besoin d’autres Rwagasore, de Mirerekano, de Ngendandumwe.

Quant à vous chers Belges, de grâce, laissez mon peuple tranquille…

Quel mal avons-nous fait pour être persécutés éternellement ? Vous nous avez exploités, nous avons travaillé pour vous sans une moindre rémunération. Vous nous avez exigés de vous offrir nos œufs, nos poules, nos bœufs… Nous avons tout donné. Vous nous avez humiliés, nous avons tout accepté : chicottes, insultes…. Et quand le moment est venu de dire : « Assez nous voulons être indépendants », nous vous avons gentiment demandé de partir sans rien payer, sans rien rembourser, sans nous indemniser. Nous vous avons demandé seulement de nous laisser gérer nos propres  affaires, et cela sans haine, sans rancune ou esprit de vengeance.

Mais hélas, regardons aujourd’hui. Derrière toutes les tragédies qu’a connues le Burundi depuis son indépendance, il se dit qu’il y avait une main invisible derrière, ressemblant à celle d’un Belge. De grâce, je vous demande de laisser mon peuple tranquille. La Belgique aux Belges, le Burundi aux Burundais.

Je m’arrête par ici. Je ne pourrais pas tout écrire. Je sais que ce que je n’ai pas pu dire ici, mon petit frère, Ndadaye Melchior, vous l’écrira un jour.

Quant à vous, chers frères burundais, je vous souhaite : « Unité, Travail et Progrès ».

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Recent Comments ( 3 )

  1. Donc ton rwagosore aurait fait fi de tous les tueries des filles et fils de ce pays qu’est le Bdi? colons n’ont pas nationalité, couleurs ni ethnies tous ceux vivent sur le dos des autres ne sont que les memes

  2. Souspreste que ses sont les européens qui nous divisent pour s’eterniser au pouvoir. menteur qui vous êtes. pourquoi toute l’afrique est totalement victime d’egocentisme? est ce la constitution? sont les belges? le chien satisfait ne garde pas. on aime le pays quand les comptes bloqués et les maisons en étage vous incitent à baver!

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