Bujumbura et Mediapart, le début d’une idylle?

Il y a peu, le site Mediapart   a publié des informations mettant à mal la réputation de la Cour pénale internationale (CPI). Ces révélations vont-elles faire le jeu du pouvoir de Bujumbura ? Texte et dessin de Damien Glez.

Bien que conjoncturelle, la question est existentielle : peut-on critiquer la CPI sans faire le jeu des autocrates en quête d’impunité universelle ? Quand l’auteur de ladite critique est journaliste, il peut considérer la révélation de la vérité comme impérieuse.

Il a fallu pas moins d’une semaine de publications à Médiapart – le site mythique qui joua un rôle déterminant dans la révélation des affaires Bettencourt et Cahuzac – pour dérouler, sur la CPI, des révélations issues de plus de 40 000 documents confidentiels. Conçue en collaboration avec huit autres médias internationaux membres de l’European Investigative Collaborations, la série sensationnaliste s’intitule «Les Secrets de la Cour».

Nul doute qu’à Bujumbura, on doit jubiler. Dès 2016, et de façon pionnière, le Parlement burundais votait, à une écrasante majorité, le retrait du pays de la juridiction internationale. Or, les révélations de la presse française tombent au moment précis où les opposants au régime attendent qu’une enquête soit ouverte par la Cour pénale internationale…

Une révélation journalistique est-elle vraiment de nature à détourner le cours judiciaire ? Sur le dossier ivoirien, déjà, certains observateurs soulignent que la procédure contre Laurent Gbagbo pourrait être caduque, car la CPI aurait demandé de garder prisonnier l’ancien président de la Côte d’Ivoire, en avril 2011, alors que, selon Médiapart, n’existait, « à cette époque, ni mandat d’arrêt ni enquête de la CPI ». Qu’en est-il du dossier burundais ? Pour l’heure, deux résolutions votées lors de la 36e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU -l’une proposée par le groupe de l’Union africaine au conseil des droits de l’Homme et l’autre initiée par l’Union européenne- ont exprimé diverses inquiétudes en matières de droits de l’Homme. Beaucoup de regards se sont alors dirigés vers la CPI pour lui suggérer ou l’enjoindre d’ouvrir une procédure, après quelques enquêtes préliminaires déjà effectuées par le parquet de la Cour.

Il reste donc à la procureure de la CPI la possibilité de s’autosaisir avant la date butoir du 27 octobre, enclenchant une procédure avec ou sans mandats d’arrêt. Bien sûr, le régime burundais fait une lecture personnelle de la résolution initiée par l’UA, notamment de son filigrane : la gêne de nombreux Etats africains à l’égard d’une institution de La Haye jugée « afrophobe ». De même, il peut agiter les révélations de Mediapart pour nier toute légitimité d’un outil présumé instrumentalisé par l’Occident. Pour autant, l’Africaine Fatou Bensouda a déminé les articles journalistiques en prenant ses distances, jeudi dernier, avec son prédécesseur Moreno Ocampo, le principal acteur mis en cause par les écrits. Si la procureure ne s’autosaisissait pas, la chambre préliminaire de la CPI pourrait l’y pousser, en activant  l’article 53.3 du Statut de Rome.

La décision (ou la non-décision) de Fatou Bensouda n’éludera pas la question de fond : faut-il jeter le bébé de la justice internationale avec l’eau de la présumée afrophobie de la CPI ? Pour confronter la Cour à ses limites actuelles, une quinzaine d’activistes et d’associations de la société civile africaine y ont déposé, samedi, une plainte contre l’ancien président français Nicolas Sarkozy pour avoir provoqué l’intervention en Libye qui a débouché sur la mort du colonel Kadhafi. Il y a des boîtes de pandore qu’il faut peut-être ouvrir…

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Recent Comments ( 2 )

  1. Hahahahaha!je m,etonnerais des parties prises des afro-euros face a l,epineuse et pertinente question sur la CPI.je pense qu,actuellement cette cour connait et assume ses faiblesses par rapport au travail noble qu,elle devrait mener,a sa « neutralite »,la partialite serait ou ne serait quand les plaintes deposees par la FISPA passeraient sans effet!

    Si les dirigeants africains crient contre cette cour,il faut mieux lire et ecouter leur crie,et vraiment c,est qu,ils sont les plus coupables qu,autres?comme Sarkozy en France?El Dogan en Tyriquie?Asad en Syrie?Leopold 2 de la petite belgique?Ligan des USA?

    Si la piege est reservee seulemdnt aux petites souris,quelle sera son importance tant que c,est les grandes souris qui trouent les greniers pour les petite,et des fois les petites y demeureraient jusquand elles deviennent grande!

  2. Le titre du texte inciterait à croire que l’enquête de Médiapart sur la CPI est rien de moins qu’une commande du gouvernement du Burundi. L’auteur peut-il nous confirmer cela? Si ce n’est pas le cas, le titre suinte la muavaise foi

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