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Burundi : la paranoïa devenue un sport national ?

Pendant que l’athlète Francine Niyonsaba se battait comme une lionne pour décrocher le titre de championne du monde, d’autres burundais se livraient à leur sport favori : agresser leurs compatriotes. Un membre du collectif Yaga en a fait les frais…

C’était un rendez-vous national. 21h10, la gazelle de Kayongozi allait faire mordre la poussière aux autres aspirantes au titre de championne du monde  du 800m. Londres était en effervescence. Bujumbura retenait son souffle. On y croyait dur comme fer. On l’espérait de tout cœur.  Le Burundi avait assez fait les gros titres pour des mauvaises raisons. Il était temps qu’au lieu de jeunes talents fuyant leur pays comme la peste, on parle d’une championne qui fait la fierté de toute une nation. Un moment de célébration. De réconciliation autour d’une figure rassembleur…

Mais non ! Si certains ont préféré tourner le dos à notre championne pour regarder du football étranger, si la RTNB s’en fichait aussi royalement et diffusait au même moment, pour la millionième fois, une chanson du club traditionnel Giramahoro, Yaga avait préféré faire le tour des endroits publics pour recueillir et partager ces précieux moments de joie et de fierté. Mais c’était sans compter sur certains zélateurs, qui se sont chargés de contrôler chaque image qu’on veut donner du pays de Mwezi Gisabo.

Un spectacle quotidien

Le caméraman du collectif Yaga a eu beau expliquer ses objectifs, quand il a dégainé son outil de travail, on lui est tombé dessus, roulé par terre, sous l’œil impassible d’une trentaine de personnes qui s’apprêtaient à suivre la course en sirotant tranquillement leur bière tiède.

« Indifférence ? Peur ? La personne qui agressait le blogueur, qui était-il ? De quel droit ? » En voilà des questions qu’on ne se pose plus. Au Burundi, il est devenu normal qu’on soit rabroué, agressé, voire emprisonné, pour une simple question. Les journalistes rasent les murs. Sur terrain, certaines personnes sans statut officiel dictent la loi. On n’ose plus parler, même si on le fait pour le bien de la nation. On n’ose plus poser de questions à voix haute, même à propos d’une championne. Et ma grande question : « Où va-t-on ? »

Pendant ce temps, Francine partait comme une flèche, décrochait une médaille d’argent, de joie, un policier secouait avec frénésie sa kalachnikov dans une assemblée  impassible…. et notre caméraman fuyait la queue entre les jambes comme un vulgaire malfrat. Comme quoi, au Burundi les armes semblent plus tolérées que les appareils photo.

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Les commentaires récents (1)

  1. La paranoïa. Je voulais répondre sur le sujet de faire connaître ou pas la vérité. Oui il faut parler. Il existe à présent tous les moyens de communiquer dans le monde et de dire ce qui se passe dans son pays
    Arrêter de se taire . Faire connaître les agissements des dirigeants sinon rien ne pourra jamais changer. Un pays doit avoir une histoire et qu’elle doit écrite. Au Burundi le peuple à énormément souffert des agissements de ses dirigeants et ça continue. Pourquoi veulent ils tellement nous faire croire le contraire. Des gens disparaissent, sont attaqués la nuit , etc mais on nous dit que tout va bien. Étonnant tout de même. On torture mais personne n’est responsable, j’en passe. Alors ça suffit. En 1972, la loi du silence a été imposée . Il faut bien dire que parler voulait dire mettre au danger les membres des familles qui étaient encore vivants. Trente ans de silence. Une erreur dans doute, mais les gens ont été abandonnés à leur sort. Les grands responsables sont vivants, connus pourtant et en liberté.
    Il est temps que le peuple se réconcilie, qu’il ne se laissent plus influencer pour les monter les uns contre les autres comme ça se produit régulièrement. Dans ce pays, le peuple entier, dans distinction à souffert. Toutes les familles ont eu d’une façon ou d’une autre des proches tués sauvagement . La souffrance est la même pour tous. Voilà pourquoi il faut parler et surtout écrire. En se taisant on se fait complices de ces gens indignes

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