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Le Burundi, berceau de la folie humaine ?

Une vidéo d’une célébration festive du parti au pouvoir circule depuis peu sur les réseaux sociaux. Sur celle-ci, un jeune homme dirige une troupe de jeunes danseuses habillées aux couleurs du Cndd-Fdd. Ces jeunes filles égrènent les dates sanglantes de l’histoire du pays avant de commencer  à chanter à la gloire du parti. Interpellé par une lecture dangereuse de l’histoire du  Burundi, le journaliste Armel Gilbert Bukeyeneza dénonce un endoctrinement qui hypothèque la cohabitation pacifique future de la jeunesse burundaise.

La vidéo du jeune Imbonerakure, érigé en instituteur, self-confident, faisant réciter à un groupe de jeunes danseuses un désolant sketch qui égrène naïvement les dates sombres de l’histoire du Burundi m’a laissé stupéfait, groggy. Sans exagérer, j’ai des crampes au ventre chaque fois que j’y repense. D’après les fillettes qui, visiblement  n’ont même pas 15 ans, donc nées après la signature des Accords d’Arusha, 1965, 72, 88, 93 ont tous les mêmes responsables : les opposants au régime actuel du Cndd-Fdd. Une soupe empoisonnée, des salades, que le jeune homme zélé, en uniforme du parti au pouvoir fait avaler à ces innocentes.

Donc voilà à quoi, nos enfants, les enfants de nos enfants, auront désormais droit : à la déformation et à l’intoxication parce que, tenez-vous bien, il n’y a, ou il n’y avait, rien au programme scolaire sur la période qui va de l’indépendance jusqu’à nos jours. Alléluia, amen! Le vide est comblé. Les Imbonerakure apportent la lumière. Maintenant on peut virer la CVR ! On sait désormais tout! Quelle tristesse…Quelle honte !

Reste à savoir si la scène surréaliste révèle un nouveau cap franchi qui va sacrifier la prochaine génération, l’actuelle l’étant quasiment déjà avec la crise de 2015,   en lui injectant le venin de la haine, en l’infectant avec nos blessures, nos traumas et nos cauchemars. Ou si ça relève – gloire à Dieu dans ce cas – d’un « acte isolé », ou d’un « montage grossier fomenté dans les camps de Mahama », comme on aime bien l’entendre.

Une jeunesse sacrifiée sur l’autel des intérêts partisans

« Izija guhona zihera mu ruhongore » (une espèce qui va disparaître commence par perdre sa descendance, NDR), nous apprend la sagesse burundaise. En pompant dans ces enfants les tares du passé, en leur transférant l’ignorance, l’intolérance et l’esprit de vengeance et de globalisation, on sait au moins que la guerre, la violence ont des prosélytes pour 20, 30 ans à venir. Mais, calmons-nous, on ne donne que ce que l’on a : ce pauvre Imbonerakure, malheureusement lui aussi victime de l’histoire,  probablement touché par les crises antérieures comme la plupart des Burundais, n’est qu’une caisse de résonnance d’un discours que l’on entend souvent, lit sur les réseaux sociaux de la part de ses « modèles », « baciye ku ntebe y’ishure » (instruits,NDLR), « incabwenge » (intellectuels) . « Les opposants à Nkurunziza sont ceux qui ont commis l’innommable de 1993, massacré la population de Ntega et Marangara en 1988, épuré l’élite hutu en 1972,… » Les trolls ne nous servent que ça sur twitter. Ils ont même tué Jésus, oublie-ton de mentionner aussi. Les Burundais !

C’est là que je comprends ce que m’a répondu un expert burundais il y a peu,  quand je lui proposais une interview pour faire le point sur la situation économique du pays : « Erega nta gihugu mugifise ! Mfise umuryango i Burundi, sinzosubira kuvuga ku vyerekeye igihugu ibintu bikimeze uku » (Vous n’avez plus de nation. Ma famille est au Burundi, je ne m’exprimerai plus sur la situation du pays tant que les choses seront telles qu’elles sont aujourd’hui, NDR) .

La réponse m’a interloqué, mais aussi interpellé sur un autre drame du Burundi: toutes les voix de la raison se taisent les unes après les autres. Signe éloquent d’un pays qui sombre dans les ténèbres.

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