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Quitter le pays ou rester ? Le nouveau dilemme des jeunes burundais

La plupart des jeunes burundais sont à un moment crucial de leur vie –maintenant plus que jamais – confronté à un choix difficile : s’exiler ou rester au pays. Est-ce alors mal de vouloir vivre ailleurs en « abandonnant » sa patrie ? Le blogueur Yves Irakoze nous donne une réponse, nuancée.

Il est de ces moments dans son train-train quotidien où l’on se réveille avec un optimisme d’acier pour l’avenir du Burundi. Problèmes d’insécurité, la crise politique, la crise des devises, la flambée des prix sur le marché, le chômage, rien ne semble pouvoir venir à bout de son mental de résistant. En fait, l’on se dit que si chacun faisait sa part du boulot le Burundi s’en porterait mieux. On se réveille donc promptement et file faire sa part du job bien comme il faut.

Mais ça, c’est pour certains jours.  Parce qu’il y a d’autres jours où l’on a l’impression, et si ce n’était qu’une impression, que tout s’écroule autour de soi. Et là plusieurs questions se bousculent dans l’esprit. Comme l’on n’est pas d’humeur à trouver des solutions, on cherche les coupables. Ou comme l’on ne se sent pas les épaules assez larges pour porter toute la misère du Burundi, une question émerge parmi tant d’autres, mais plus insistante : et si quitter le pays était la solution la plus raisonnable? Même si pour moi, la question n’est pas de quitter ou de rester.

Pourquoi quitter le pays… ou pas?

Chaque jeune confronté à ce dilemme devrait, à mon avis, se poser deux questions à propos de son avenir et celui du pays. Et je pense que le choix doit être motivé par une volonté de se retrouver dans de meilleures conditions pour transformer ses rêves pour soi et pour le Burundi en réalité. Parce que ni la situation inquiétante du pays, ni les promesses d’un confort matériel d’une vie à l’étranger, rien de tout cela ne devrait ensevelir les rêves de la jeunesse de tout un pays.

Je suis d’avis qu’il y a  des ambitions que l’on ne peut atteindre qu’en quittant le pays. Il y a, en effet, des études, des technologies, des contacts que l’on ne peut trouver au Burundi. Tout comme il y a des initiatives auxquelles on ne peut répondre qu’en restant au pays. Il y a des engagements communautaires, des vies que l’on ne peut écouter ou encourager que si l’on consent à dévaler les mille et une collines de ce pays et à supporter les longues queues d’attente avant d’avoir un bus ou être servi en essence. A chacun donc de choisir sincèrement où se trouve sa place.

Et tout cela pour quel impact?

Parce qu’entre les Burundais d’ici et ceux d’ailleurs il n’y en a pas qui soient plus Burundais que d’autres. Quand des jeunes Burundaises apportent nos danses traditionnelles jusque dans le lointain Toronto, quand des Burundais occupent des postes dans des organismes internationaux, ou quand ils rentrent au pays avec une maitrise de langues diverses et variées, cela fait partie de notre « soft power ». Bref, que l’on opte pour rester au pays ou tenter une vie meilleure ailleurs, il faut penser à l’impact que l’on peut avoir au-delà de sa seule personne.

Ceci dit, je suis conscient également qu’il y a des Burundais qui ont quitté le pays, récemment ou depuis longtemps, parce que poussés à l’exil et d’autres qui sont restés par manque d’opportunités. Eux n’ont pas eu à faire des choix. Mais où qu’ils soient, ils peuvent toujours choisir de rendre sa fierté au peuple burundais. Ce dernier en a terriblement besoin.

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Les commentaires récents (2)

  1. La question que vous posez est importante. Rester ou ne pas rester au pays ?
    Un pays doit satisfaire les ambitions personnelles de ces citoyens ou au moins sentir qu’il y a possibilité de s’en sortir si on y met du sien. Par contre, lorsqu’on constate que l’horizon est bouché, que faire ? Le temps n’attend pas et on ne fait pas les mêmes choses à 20 ans qu’à 40 ans. Chercher une opportunité ailleurs peut être bénéfique pour son pays en témoignent les projets par exemple développés chez eux par les Maliens vivant et travaillant en France. Mais tant que le Burundi restera dans ses problèmes politiques cycliques, même ses propres fils hésiteront de retourner y investir. Car on n’a pas envie de perdre ce qu’on a gagné par la sueur de son front.

  2. très bel article. Tu as su parler pour beaucoup d’entre nous. Merci.
    Que l’on comprenne que nous avons tous le pouvoir de porter nôtre pierre à l’édifice. J’appelle les jeunes élites de garder espoir et leurs cœurs tournés vers et pour le Burundi, malgré l’attrait croissant de la mondialisation et des carrières professionnels loin et sans le Burundi

    Imana yacu n’iduhezagire

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