Pourquoi l’art et la politique ne feraient-ils pas bon ménage ?

Au Burundi, art et activisme semblent incompatibles. Pour avoir pris position, certains artistes ont été contraints à l’exil, tandis que d’autres subissent les foudres d’une opinion choquée.  « Pourtant, il est du devoir de l’artiste d’être un citoyen engagé», regrette le blogueur-poète Ezéchiel Ndayizeye.

Je me souviens de mes débuts dans la poésie orale quand des acclamations fusaient de partout. Après un temps, l’auteur des textes qu’on acclamait est devenu en quelque sorte « un traître ». Beaucoup me disaient qu’un artiste ne devrait pas se mêler de politique. Aux yeux de certains, être blogueur aux réflexions politiques  trahissait  le slameur-poète que j’étais. Je me suis rendu compte que la plupart pensaient qu’un artiste ne devrait  pas  soutenir ouvertement un candidat. Pourtant, au Sénégal, Youssou N’dour a bien mené son combat politique aux yeux du monde. En France, la comédienne Josiane Balasko n’avait pas caché ses convictions quand elle avait dit  dans Le parisien qu’elle allait voter pour François Hollande. Récemment, aux Etats-Unis, Jay-Z et Beyoncé  ont soutenu  la candidate Hillary Clinton dans un concert. Et tant d’autres exemples d’artistes à travers le monde.

Chez nous, nous n’avons pas encore compris qu’un artiste a le droit de militer pour ceci ou contre cela. Ce n’est pas parce qu’un artiste s’oppose ou adhère à une idéologie politique qu’il n’en est plus un.  Je trouve que militer par son art est ce qu’un artiste peut faire de mieux. Une prise de position pour un artiste va au-delà de simples préférences « politiciennes », c’est une lourde responsabilité qui met en jeu sa réputation et son génie. Et ce n’est pas pour cela qu’il devient « traître ».

La résistance culturelle, un devoir d’artiste

La tentative de transformer des artistes que l’on aime en « instrument » de propagande a failli l’emporter depuis 2005. Il se pourrait bien que certains artistes auraient été contraints de s’aligner du côté de l’opposition radicale ou du pouvoir en place, et d’autres auraient failli l’être. Le pire est qu’il y a ceux qui, selon les préjugés, ont été taxés de sympathisants  sans l’être réellement. A mon humble avis, un artiste qui décide de s’engager en politique ne devrait choquer personne. Je crois qu’un artiste « engagé » ne s’engage jamais au nom de sa profession artistique, mais au nom de ce qu’il croit comme étant la vérité. Le fait d’être artiste ne met pas fin à sa conscience  humaine, et non plus d’ailleurs au fait qu’il soit citoyen au même titre que les autres.

Dans un pays en conflit, faire acte de résistance culturelle est un devoir d’artiste.  Une guerre vénale   ne peut être comparée à un noble combat d’idées à travers l’art. C’est aux artistes de veiller alors à leurs actions. L’impact positif du travail des artistes se résume en deux mots : rigueur et responsabilité.

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