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Le testament d’Ernest Manirumva

Le célèbre activiste anti-corruption burundais nous a quittés le 9 avril 2009, assassiné.  Dans deux jours, nous allons commémorer le 8ème anniversaire de sa disparition. À cette occasion, le blogueur Jean Prudent Nduwayezu s’est mis à sa place pour nous livrer une lettre poignante, un testament adressé à la nouvelle génération.

Chers fils,

Dès mon jeune âge, j’ai vu mes proches, mes amis, mes frères et sœurs burundais disparaître. Au fil du temps, un vide se constituait autour de moi. Mais l’abandon, le rejet, ou l’échec n’ont jamais eu le dernier mot : j’en suis la preuve vivante, même si ce n’est plus peut-être pour très longtemps.

J’ai fait de bonnes études, eu des postes et de l’argent. Mais j’ai opté de travailler pour l’intérêt public. Certains m’appellent défenseur, d’autres me traitent de trublion.

Tu aimes les honneurs ? Qui y est indifférent ? Mais essaie de réfléchir : tu veux les cortèges monstrueux ou la reconnaissance historique ?  L’histoire se rappelle des héros qui ont combattu pour une juste cause. Elle te parlera de ces héros dérangeants qui ont été assassinés par ceux qui ne veulent pas entendre ou voir tous les fils du pays avoir une part du gâteau national. Ceux qui se sont étouffés par gourmandise, l’histoire ne les évoque que pour les tourner en bourrique.

Il y a la voie de la facilité, triste et banale que plusieurs de mes contemporains ont empruntée. Ils ont choisi de suivre les suggestions de l’orgueil et de la satisfaction personnelle, oubliant que la patrie est une mère pour tous. La voix de l’insatiabilité est persuasive et insidieuse, elle corrompt tout. Même les personnes les plus intimes deviennent ennemis jurés.

C’est ainsi que naissent haines et guerre, violences et injustices, et que des peuples frères se combattent férocement.

Mais quelle voie choisis-tu ?

Regarde autour de toi. Combien de fois les hommes accumulent les choses en pensant les contrôler et finissent ensuite par en être esclaves! Et on en vient à détruire sa propre vie et aussi celle des autres. Nous devrions travailler pour le pays, sans l’embrumer, ni le déformer…

Cher petit frère que je ne verrai peut-être jamais, tu dois soigner notre pays, guérir les cœurs des Burundais dont l’avenir semble déjà obscurci. Il faut leur enlever ce mauvais esprit qui leur souffle que rien ne peut changer. La guérison est un chemin qui requiert contenance et dépassement. Pour beaucoup, il sera impossible de changer, mais toi tu le peux. Tu devras te mettre au service du peuple si tu veux être un homme debout.

Je sais que je pourrais mourir. C’est une réalité à laquelle je suis prêt. Ma grande consolation est l’espoir profond de voir le pays changer, car c’est toi le promoteur de ce changement. Je laisserais surtout derrière moi un rêve. Un rêve de voir les biens d’un pays partagés entre ses fils équitablement, sans chicaneries, sans que le sang soit versé.

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Les commentaires récents (3)

  1. Faut-il Ernest Manirumva À La Place Du Gnl Adolphe Nshimirimana Au Poste De La Candidature À Titre Du 3ème Héros Du Burundi?

    1. Moi je trouve que Ernest mérite bien plus! Mais il le sera jamais aussi longtemps que ces criminels seront toujours là à trôner au Burundi

  2. J,ai occupe des postes,..!il avait toute le gateau devant lui,rien ne lui manquait seulement l,art de critiquer acerbement le pouvoir en place lui restait.il semble renforcer dans moi l,idee qui dit que ces freres de la societe « civile » avaient entrepris le projet putschiste depuis que la FDD renverse via les urnes le gouvernement qu,ils corroboraient! ce message ernestique laisse penser ce qu,il critiquait en cette periode pour un tout jeune gouvernement d,ailleur d,apres crise sociopolique si jamais il n,etait pas dans cette arrangement putschiste!qu,est ce qu,il aurait a critiquer pour ce pouvoir qui lui vient apres 50ans de son experience politique?il se voit que tout negation du pouvoir en place aujourd,hui date de longtemps et renforce l,idee que la « societe civile » voulaient a tout prix renverser la democratie, malheureusement l,on ne nage pas deux fois dans une meme riviere!tout leur projet depuis lors sesont soldes en echec et s,organiseront en bande armee qui tend ambuscade sur les voies publique!

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