Photo d'illustration: ©Iwacu
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Élever le Général Adolphe au rang de héros, une mauvaise idée

Jacques Bigirimana, président de l’aile pro gouvernementale du FNL, a récemment écrit  au président Pierre Nkurunziza pour lui demander d’élever feu Adolphe Nshimirimana au rang d’héros de la révolution. Une doléance qui ne passe pas pour le blogueur Jean Marie Ntahimpera.

J’ignore les motifs qui poussent Jacques Bigirimana à demander une chose pareille, mais j’ai de bonnes raisons de penser que feu Adolphe Nshimirimana ne correspond pas au profil idéal d’un héros national.

Général Adolphe, comme on l’appelait, était certes un homme très influent du pouvoir de Bujumbura. Même jusqu’à sa mort, il défendait toujours farouchement ce régime. Il est certainement un héros pour l’aile radicale du parti au pouvoir. Mais pour d’autres Burundais, il était considéré comme le mal absolu. Quand il dirigeait la fameuse Documentation de 2005 à 2015, ce corps était régulièrement accusé de torturer les opposants, de disparitions forcées et exactions extrajudiciaires. Son nom apparaît dans les crimes odieux qui ont éclaboussé le régime de Bujumbura : Ernest Manirumva, les trois sœurs de Kamenge,…

Les défenseurs des droits humains et l’opposition l’accusaient d’entrainer et d’armer les Imbonerakure, les jeunes du parti au pouvoir qui, à leur tour, étaient et sont toujours régulièrement pointés du doigt pour terroriser la population.

Adolphe Nshimirimana était, je pense, l’homme le plus clivant de la vie politique burundaise. Ceux qui le haïssaient étaient peut-être aussi nombreux que ceux qui le considéraient comme un dieu.

Une figure non consensuelle

Ce n’est pas donc ce genre de personnalités qu’il faut élever au rang de héros national. Un héros doit être une personnalité consensuelle, irréprochable, dans laquelle toutes les branches de la population, d’un extrême à un autre, peuvent se reconnaitre et s’inspirer. Un héros doit être une figure qui unit, pas celle qui divise. Elever Adophe au rang de héros ferait sans doute plaisir aux radicaux du Cndd-Fdd, mais ça contribuerait à amplifier la haine que les victimes des crimes d’Etat ont pour le pouvoir de Bujumbura, ce qui ne ferait que retarder une éventuelle réconciliation nationale.

L’autre souci : Adolphe était un militaire avec une carrière liée à la violence, à la force des armes. Or, si nous voulons un avenir meilleur, il nous faudra mettre en avant les personnalités et les idées qui encouragent la lutte pacifique et non violente. Aucun pays ne s’est développé en prônant la violence comme modèle à suivre pour les générations futures.  

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Les commentaires récents (2)

  1. Il faudrait aussi rappeler que même au sein de l’armée il n’hésitait pas à tenir des réunions avec les anciens du CNDDFDD. Allez-y savoir si c’était pour renforcer la cohésion du corps ou si ça n’a pas contribué à la miner plutôt.
    C’est un des hommes les plus clivant de la vie politique burundaise comme vous le dites.

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