Photo d'illustration: ©Yaga

Quand la Télévision nationale n’a plus rien de national

C’est notre blogueuse Chancelle Bamuhaye qui manifeste sa déception face à une télé qui ne fait plus le bonheur de ses téléspectateurs. Elle évoque avec nostalgie l’époque dorée où les émissions diffusées à la RTNB mobilisaient tous les ménages en possession d’un poste téléviseur.

On a beau chanter à qui veut l’entendre que la Télévision nationale du Burundi migre de l’analogique au numérique. Mais l’euphorie n’a gagné apparemment que ceux qui annonçaient la nouvelle. En tant que l’une de ses téléspectatrices, je suis profondément déçue par les programmes qu’on nous présente.

Il y a quelques années, de ma province natale loin de la capitale,  mes grands frères suivaient en direct  les matchs de football diffusés depuis le stade national (Prince Louis Rwagasore). Moi et ma grande sœur en avions marre de voir nos aînés monopoliser l’accès à l’unique petit écran que les années avaient étiolé. Des batailles homériques pouvaient éclater pour entrer en possession de la vétuste télécommande qui menaçait de tomber en pièce. Plus maintenant !  

Je me rappelle aussi qu’avant l’avènement du numérique (Startimes,  Canal+…), on passait des moments merveilleux devant l’unique chaîne qu’on pouvait capter, à regarder de belles séries télévisées telles que : Umuco, Ishaka ou  Sida yarateye… C’étaient les mercredis, les samedis et les dimanches à partir de 20heures, juste  après le journal en kirundi.
Pas question de rater un seul épisode. On avait intérêt à terminer nos devoirs avant cette heure, puis on s’appelait de toute part. Et voilà toute la famille réunie devant le petit écran dans un silence de cathédrale, regardant ces acteurs devenus incontestablement des stars, qui nous égayaient par leur façon de présenter les maux de la société. Ça durait 30min.

Tout va à vau-l’eau

Maintenant, on peut passer toute une semaine à regarder la Télévision nationale sans  voir aucune fiction ou film burundais passer, à part la série Ninde et ses stars Kireko, Munyari,…qui nous offrent toujours  un joli miroir d’un Burundi rural, mais sans grande innovation. Pourtant, tu verras des séries de l’Afrique de l’ouest. Certaines n’ont d’ailleurs jamais été renouvelées. Je me demande où sont passées ces séries nationales qui nous ont bercés durant notre enfance.

À l’heure du numérique, la télévision va fonctionner 24h sur 24, dit-on. Qu’allons-nous regarder ? La rediffusion des programmes étrangers uniquement ? Ah ! Je me souviens : il y a les réunions du parti au pouvoir, des manifs pour « soutenir les institutions démocratiquement élues », des cérémonies d’un chef du parti au niveau provincial qui a apporté 5 kgs de riz, 3 de haricots aux vulnérables de Bubanza ou de Cibitoke frappés par la famine,…on ne s’ennuiera pas !

Mais de grâce, changez ! Au lieu de Télévision nationale, mettez par exemple : « Bagumyabanga TV ».  Et changez son mode de financement : les impôts et taxes des citoyens c’est pour une chaine nationale, publique,  un canal fait pour vendre l’image du pays, non d’un parti politique.

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