Photo d'illustration: ©Yaga

Vivez votre vie et fermez-la, le monde s’en portera mieux !

La publication sur Yaga d’une interview d’un transgenre burundais a provoqué l’ire de plusieurs internautes burundais. Face à la déferlante d’insultes et de commentaires haineux, le journaliste-blogueur Armel Uwikunze réagit, avec fermeté.

Je m’étais promis de ne réagir à aucune insulte, mais là c’est plus fort que moi. Donc, à mon tour, « allez-vous faire aimer…par quelqu’un du même sexe que vous ! » Voilà, j’ai capté votre attention, et là on peut passer aux choses sérieuses.  Je viens vers vous, assis sur mon blanc destrier, chevalier pourfendeur d’injustice et d’iniquité, protecteur des faibles et des mal-aimés. Ha ! Laissez-moi rire avec vous. Je n’ai jamais chevauché de cheval de ma vie, quand à l’injustice et l’iniquité, j’en ai été nourri dès le biberon, et ça m’a forgé, tout comme vous. Mais contrairement à vous, j’ai choisi de ne pas être le reflet de la société malade dans laquelle nous vivons.

J’ai lu vos commentaires, écrits furieusement, la haine suintant des mots assassins adressés à une personne qui ne vous a jamais fait aucun mal, à part celui de ne pas vous ressembler. « Lui une personne ? Ce n’est qu’une abomination», je vous entends ricaner cachés derrière l’écran de vos smartphones. D’accord, et moi je ne suis que l’avocat du diable. Tranquille, je l’accepte volontiers.  Et vous, acceptez-vous d’être celui qui jette la première pierre ?

La puissance destructrice des mots

Abomination, machin-chose, démon,…, quand il s’agit de dénigrer l’autre, l’on devient très ingénieux et je trouve que vous vous êtes vraiment surpassés. J’ai une info pour vous : on n’est pas les premiers à se prêter à ce jeu et on ne se sera pas probablement les derniers.  On a seulement tendance à oublier que les plus grands crimes contre l’Humanité ont trouvé fondement dans des mots, qui déshumanisent. Tenez, je vais vous rafraîchir la mémoire.

Il y a quelques siècles, tes aïeux étaient traités de  sous-hommes, du simple fait d’être noir de peau. Déportés par milliers, entassés comme du bétail dans des cales infernales, quelques millions n’ont pas survécu  au voyage et ont été jetés par-dessus bord sans autre forme de procès. Que faire d’un animal ?  Il y a plusieurs siècles, les fondateurs de ta religion étaient des hérétiques et se faisaient rôtir sur de buchers, devant une foule en liesse. Que faire d’une personne possédée par le démon ? Plus récemment , 800 000 cafards au nez pointu se faisaient embrocher, découper, démembrer chez nos voisins. N’est-ce pas un traitement mérité pour un scatophage ? Et tes cousins, et tes frères, et tes oncles, et tes amis ? Ne méritent-ils pas d’être ramassés dans la rue, dans des ruisseaux, gorge sectionnée et ventre ballonné, puisque ce ne sont que chiens errants, des mujeri ?

Tolérance mon œil

Parfois je vous regarde et je me sens perdu. Comment peut-on s’émouvoir face à un acte raciste et rire d’un acte homophobe ? Le mal n’est-il pas le même, même s’il porte des visages différents? Comment peut-on être femme, réclamer ses droits, défiler le 8 mars, et revenir pour jeter aux loups celui qui a le malheur de dire se sentir femme et de compatir avec toi ?   Comment peut-on être Africain, réclamer d’être accepté dans un pays d’accueil malgré ton mode de vie différent, et condamner ton frère/sœur pour ne pas avoir les mêmes goûts sexuels que toi ? Ne venez plus crier que les histoires de couleur de peau, d’ethnies, d’appartenances politiques, de croyances religieuses  n’interpellent que les imbéciles ou les monstres assoiffés de sang, ce serait de l’hypocrisie. Un mal ressemble à un autre.

Vous êtes nombreux à avoir sorti vos bibles et chapelets pour vilipender cette créature satanique. Je voudrais vous suggérer une chose. Passez à l’étape supérieure. Confectionnez une ceinture d’explosifs et allez-vous faire exploser avec elle. Comme ça, vous rendrez un service immense à l’Humanité. N’est-ce pas ce transgenre la source de tous nos maux ?

Et pour le reste, remercions nos dirigeants très éclairés et très croyants, qui ont voulu nous éviter le sort de Sodome et Gomorrhe en déclarant ces déviants hors-la loi. À moins d’être aveugle, on voit bien que cette mesure a fait du Burundi un paradis sur terre.

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