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Malaria : déni d’une crise par le gouvernement burundais

Les spécialistes parlent déjà d’une « crise de paludisme». Certains députés conseillent le gouvernement à demander une aide internationale. Pas question pour le ministère de la Santé publique et de lutte contre le VIH/SIDA. Pour notre contributeur Honoré Mahoro (pseudo), c’est un déni des faits et des chiffres qui suscite beaucoup d’interrogations.

Selon le rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rendu public le 27 janvier 2017, plus de 7.800.000 de cas de paludisme (soit près du double par rapport à 2014) et 3774 de décès ont été recensés en 2016. En 2017, la situation sera plus difficile que les années précédentes, prévient le même rapport qui souligne d’ailleurs que la malaria est « le premier problème de santé au Burundi.»

De janvier à mi-février de cette année, 106 personnes sont déjà décédées à cause de la malaria, selon les statistiques du ministère de la Santé publique, citées par Albert Mbonerane, représentant de l’Association de Lutte contre la Malaria (ALUMA). Des chiffres qui devraient faire «  trembler » le ministère de la Santé.

Relativisme aberrant

Devant les députés le 23 février, la ministre de la Santé publique, docteur Josiane Nijimbere était curieusement sereine. Balayant d’un revers de la main les inquiétudes de l’OMS, elle est allée jusqu’à affirmer que le nombre de cas de malades a diminué de 20% par rapport à 2016. Vrai ou faux ? Difficile de dire vrai d’autant plus qu’elle n’a présenté aucune source de ses statistiques. Mais la réponse la plus décisive et contre toute attente est son refus de parler d’«épidémie du paludisme ». Est-ce parce que la qualification elle-même aurait pour conséquence de faire recours aux aides internationales ?

Sans y répondre directement, la ministre Nijimbere affirme avoir pensé à un plan B si la situation venait à se détériorer pour cette fois-là parler de crise : l’introduction du médicament « Coartem ». Mais de quelle crise s’agira-t-elle, autre que celle qui a fait déjà des milliers de décès en un an ? Pire que l’actuelle crise politique malgré la controverse sur les chiffres des décès depuis avril 2015! Pourquoi la ministre évite le mot « épidémie» alors que le rapport de l’OMS affirme que dans plusieurs districts sanitaires, les seuils épidémiologiques -élément essentiel pour parler ou pas d’épidémie- sont déjà dépassés ?

Souveraineté quand tu nous tiens !

Les techniciens de la santé sont unanimes. C’est le ministre en charge de la santé qui a les prérogatives de déclarer « une épidémie » et d’annoncer sa fin. Mais, c’est une décision qui exigerait plus de charges au gouvernement en dépit des aides qui pourraient être sollicitées, éclairent-ils. Parmi ces charges, selon un spécialiste, il y a notamment l’obligation pour le gouvernement d’apporter des soins gratuits et urgents. Une crise qui s’ajouterait à une autre peut-être?  Avons-nous honte de demander des aides étrangères parce que nous nous sommes déclarés souverains et indépendants ?

Espérons qu’il n’y aura pas de manif le week-end prochain contre l’OMS, comme c’est  le cas quand il s’agit des rapports sur les droits de l’Homme, et les résolutions des Nations Unies. Les gens ont besoin d’être soignés. Nothing else !

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