Photo d'illustration: ©Yaga

Qui gère la police entre l’État et le Cndd-Fdd?

Depuis plus d’une année, le parti au pouvoir a pris l’habitude d’organiser des manifestations pendant les week-ends, pour divers objectifs. Mais ce samedi, une de ces marches est sortie du lot : à Gitega, des policières se sont jointes à la centaine de femmes chantant à la gloire du parti de l’aigle. Le blogueur Spageon Ngabo s’interroge.

« C’est désormais devenu coutume au sein du parti au pouvoir de ne plus passer un week-end calme ». Il doit y avoir une manifestation quelque part, aujourd’hui pour soutenir ceci, demain pour dénoncer cela. Mais jusque-là, tout a l’air d’aller, si bien sûr l’on fait fi de la manipulation des masses et la torture morale que dégagent ces rendez-vous.

La manifestation de samedi dernier, le 25 février, m’a amené à reconsidérer ma position. Dans la ville de Gitega, une centaine de femmes constituées de Bakenyererarugamba (la branche féminine du CNDD-FDD) et d’une dizaine de policières dites ex-PMPA (anciennes rebelles, NDLR), manifestaient « pour la paix ». La photo de la manif, diffusée en premier par SOS Médias Burundi, et largement relayée sur les réseaux sociaux, n’a pas manqué de susciter polémique et interrogations, un ami m’ayant demandé si c’est ça la «  police de proximité  » tant chantée,  avec des agents qui, en tenue policière, ne se gênent pas d’entonner des chansons d’un parti politique.

Questionnements

La Constitution burundaise est pourtant sans équivoque. « Les Corps de défense et de sécurité sont organisés de manière à garantir l’unité en leur sein, la neutralité politique des membres ainsi que l’impartialité dans l’accomplissement de leurs missions », stipule le texte fondamental en son article 230, complétant à l’article 231, en ses tirets 2 et 5, que «dans l’exercice de leurs fonctions, les corps de défense et de sécurité et leurs membres ne peuvent pas : manifester des préférences politiques, participer aux activités ou manifestations à caractère politique ».

De là, une question fuse : entre le gouvernement et le parti Cndd-Fdd, qui gère la police « nationale » ? Rappelons que ce sont ces mêmes policiers qui ont réprimé dans la violence les manifestations de 2015 contre un troisième mandat de Pierre Nkurunziza interdit par la Constitution et les Accords d’Arusha, et décrié par l’ensemble de la communauté internationale. Sauf par miracle, ces agents de la police qui se sont fait confondre samedi dernier aux militants aguerris du parti de l’aigle n’écoperont d’aucune sanction, je ne me fais pas d’illusions. C’est malheureux ! Regrettable ! Surtout quand on  pense à tous les moyens, financiers et matériels, que le gouvernement et ses partenaires ont investi pour professionnaliser notre police, mais au finish, avoir des hommes et femmes incapable de rassurer, qui semblent être juste à la solde d’un parti politique.

Je ne crois pas que les choses vont changer d’ici peu. Et tant que nous ne serons pas capables de dissocier la chose publique des intérêts sectaires, la distance qui nous sépare de la voie du développement sera toujours évaluée en années lumières.

 

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Recent Comments ( 6 )

  1. Les membres des forces de sécurité et de la défense nationale issus du Cndd fdd sont restés membres de ce parti! Du jour au lendemain, un général de l’armée est devenu secrétaire général du parti cndd fdd. Pour être secrétaire général, il faut être un membre influent ayant montre aux militants durant des années les aptitudes et le degré élevé de sa conviction idéologique du parti pour être élu à ce poste!

    1. [email protected] dit :

      Cela ne signifie pas entonner parmi les manifestants en tenue des corps de l’armée et de la sécurité. Il faut savoir différencier parti politique et gouvernement.

  2. #YAGA NAWE

    « De là, une question fuse : entre le gouvernement et le parti Cndd-Fdd, qui gère la police « nationale » ? Rappelons que ce sont ces mêmes policiers qui ont réprimé dans la violence les manifestations de 2015 contre un troisième mandat de Pierre Nkurunziza interdit par la Constitution et les Accords d’Arusha, et décrié par l’ensemble de la communauté internationale. Sauf par miracle, ces agents de la police qui se sont fait confondre samedi dernier aux militants aguerris du parti de l’aigle n’écoperont d’aucune sanction, je ne me fais pas d’illusions. C’est malheureux ! Regrettable ! Surtout quand on pense à tous les moyens, financiers et matériels, que le gouvernement et ses partenaires ont investi pour professionnaliser notre police, mais au finish, avoir des hommes et femmes incapable de rassurer, qui semblent être juste à la solde d’un parti politique. » dit Spageon.

    …..TIENS TIENS ! Un autre regard :

    « De là, une question fuse : entre les ONG qui produisent des rapports pour salir le pouvoir CNDD-FDD et l’opposition radicale burundaise, qui réellement est responsable des tueries perpétrées par les prétendus manifestants « pacifistes » de 2015 ? Rappelons que ce sont ces mêmes ONG qui finançaient les violentes manifestations de 2015 contre un soi-disant troisième mandat, pourtant rendu légal par la constitution elle-même et la décision de la cour suprême, sans oublier le peuple burundais qui, malgré les menaces, a participé massivement aux élections démocratiques. Sauf par miracle, ces ONG et leurs agents corrompus qui continuent à se faire passer pour des « sauveurs » de la fameuse démocratie à l’américaine n’écoperont d’aucune sanction, je ne me fais pas d’illusions. C’est malheureux ! Regrettable ! Surtout quand on pense à tous les moyens, financiers et matériels, que le Gouvernement et ses partenaires ont investi pour développer ce pays, relancer l’économie, mais au finish, avoir des hommes et femmes incapables de surpasser leurs intérêts personnels pour aimer leur patrie, qui se laissent manipuler et semblent être juste à la solde des ONG qui ne font que servir leurs « patrons ». » …JE DIS.

  3. Cequi se passe aujourd,hui au burund ce honteux.on dirait que la police burundaise est gere totalement par le parti au pouvoir.ou on peut voir voir un policier qui nblige la populatio de participe farcement dans un acte quelquonque sans la volonte autonome.pr ce il faut que ce comportement change pr avoir le developpement durable dans notr pays.

  4. Je ne trouve pas de problème en tout cela. D’abord, nous savons tous que quand une manifestation s’organise, la police doit en être au courant pour déployer un dispositif de policiers qui vont assurer la sécurité des manifestants, et aussi contrôler le déroulement de ces manifestations pour maintenir la paix et la stabilité au sein de la population environnante. Donc, si un policier, par le fait qu’il est resté au côté des gens qui chantent des chansons quelques fois belle et rythmique, il peut arriver qu’il se retrouve en train de chanter comme tous les autres manifestants, sans qu’il soit du parti organisateur des dites manifestations. Donc, je ne trouve rien d’anormale ici. Merci pour avoir démontré l’existence du droit d’expression au Burundi.

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