Photo policiers burundais : Esdras Ndikumana/AFP. Photo vendeuses de fruits : Dacia Munezero
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Les vendeuses de fruits résistent aux descentes des policiers

Deux ans que ça dure. Malgré les ordres municipaux, les assauts policiers de plus en plus violents, les vendeuses de fruits sont toujours là, certaines plus visibles que d’autres, dans le centre-ville de Bujumbura, indéboulonnables. Il y a une année, la blogueuse Dacia Munezero nous racontait le quotidien amer de ces femmes à bout de rouleau, obligées de jouer à un jeu de cache-cache dangereux, inégal, pour survivre et faire vivre leurs familles.

« Imihwi, mamie ! Imyembe, kiliya », ou, en français, « des bananes mûres, ma mie ! Des mangues, client ! », tels sont les appels des vendeuses ambulantes qu’on entend souvent dans les rues du centre-ville de Bujumbura.

Le client indésirable ? Le policier

Car pour trouver des fruits frais à Bujumbura, pas besoin d’aller nécessairement à l’intérieur du marché. Il suffit de circuler en ville pour rencontrer des vendeuses de fruits, assises sur les trottoirs, du matin jusque tard le soir.

Si ces vendeuses sont toujours à l’aguet de potentiels acheteurs, il y a un type de client qu’elles cherchent à éviter à tout prix : le policier. Il est en effet interdit d’exercer leur activité sur le trottoir.

Les vendeuses sont donc prêtes à courir avec leurs paniers en cas de descente de la police. Habillés en civil ou en uniforme, les policiers font souvent des rafles et emportent ou dispersent les fruits qu’ils trouvent.

La rue depuis toujours…

Joséphine est une vendeuse ambulante de mangues. Avec ses amies, elle a toujours exercé cette activité : « Nous avons toujours exercé notre métier en dehors du marché, même avant que le marché central ne brûle, mais il n’y avait pas tant de descentes de policiers. »

Malgré ces nombreuses descentes, elles reviennent toujours vendre sur les trottoirs, changeant souvent de place selon l’affluence des clients, mais aussi selon les patrouilles de police.

« Nous ne sommes jamais en sécurité parce que les policiers peuvent surgir n’importe quand ! Nous sommes souvent obligés de changer de place », raconte Myriam, une autre vendeuse.

« Nous ne sommes jamais en sécurité »

Et quand les policiers emportent tout, elles retournent chez leurs fournisseurs habituels et prennent des fruits à crédit. « Nos fournisseurs nous connaissent et savent les conditions dans lesquelles nous travaillons, c’est pour cela qu’ils nous donnent facilement des crédits à chaque fois que nous perdons nos fruits », indique Joséphine.

…et la rue pour encore longtemps

Malgré ces conditions difficiles de travail, elles préfèrent pour la plupart rester dans la rue, devant les banques, les alimentations ou les boulangeries, car c’est à ces endroits qu’elles « trouvent plus de clients et écoulent plus de fruits », expliquent-elles.

Et pourtant, une place pour la vente des fruits et légumes a été aménagée près de l’ancien marché. Mais pour ces vendeuses ambulantes, la location d’une place est trop élevée. « Nous devons payer d’abord une avance de 70 000 francs, et puis payer 2 500 francs par mois ! C’est disproportionné par rapport à ce que nous gagnons »,  s’indigne Fatima, une vendeuse de bananes mûres.

Elles préfèrent alors continuer leur vente risquée, guetter et fuir les policiers, et parfois tout perdre pour tout recommencer.

 

Texte initialement publié sur Waza

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