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Dossier : la crise économique sous toutes les coutures

Le marasme économique dans lequel est plongé le Burundi a affecté tous les domaines de la vie. De la femme qui ne peut plus se payer une serviette hygiénique au malade qui ne trouve pas les médicaments prescrits en passant par les interrogations du consommateur de sucre, trois blogueurs et un dessinateur nous racontent le calvaire actuel des Burundais.

Sucre ou Saint Graal ?

Trouver du sucre dans la capitale burundaise est devenu aussi rare que tomber sur un puits dans le désert. Le blogueur Armel Derere s’interroge sur les causes et les conséquences de cette pénurie.

Les prévisions budgétaires de l’État de 2016 étaient déficitaires d’environ 127 milliards BIF (82 204 194 dollars). Pour le budget 2017, le ministère en charge du budget annonce que 70% du budget de cette nouvelle année  proviendra des recettes internes via des taxes « revues à la hausse » sur différents produits de consommation courante, parmi lesquels plusieurs produits de première nécessité, dont le sucre devenu du coup très rare! Quand on a l’occasion de le dénicher dans une boutique, son prix est le double voire même le triple du prix officiel, qui lui-même est passé de 1 900 Fbu à 2 200 Fbu, « à cause de l’augmentation du coût de la production de ce produit » comme l’avait déclaré dans un communiqué de presse Pélate Niyonkuru, ministre en charge du Commerce.

Mais où est donc passé le sucre burundais ?

Il y a quelques jours, je me rends dans un restaurant du centre-ville de Bujumbura, je commande du jus de pomme frais ! Curieusement le jus n’a pas le goût habituel, il lui manque sa saveur sucrée ! Je redemande un autre verre, mais le goût reste inchangé, je décide finalement de demander à la serveuse les raisons de cette saveur inattendue, et elle me murmure très poliment : « nous n’avons pas pu trouver du sucre à cause de sa carence sur le marché ». C’est là que j’ai pensé aux petites et moyennes entreprises agroalimentaires utilisant du sucre dans l’élaboration de leur produit : vont-elles fermer ?

Le lendemain j’accompagne ma mère au marché pour des provisions, par miracle, elle tombe sur un vendeur qui vend du sucre mais en cachette ! Du sucre vendu en cachette ! Vraiment ! Ce dernier lui montre toutes les acrobaties à faire pour sortir du sucre de cette galerie, car des policiers en tenue civile passent régulièrement de stand en stand pour attraper celui qui posséderait ce joyau afin de le confisquer ! Tout ce que ma mère a dû improviser pour sortir le sucre de cette « arène » relevait d’un film  d’Hollywood.

Plus tard, une amie profitant de ma présence dans le centre-ville me dit de lui acheter un kilo de sucre si je parvenais à en trouver. Il était 21h passé de quelques minutes quand je trouve enfin une alimentation chanceuse, qui a des paquets de sucre dans ses étagères.  J’ai deux choix : payer un kilo à 4 500 Fbu, ou à 3 000 Fbu mais après avoir acheté un pain obligatoire de 1 500 Fbu.

Après toutes ces aventures, je commence moi aussi à croire ces rumeurs qui disent que le sucre burundais serait en grande partie exporté au grand détriment de son marché local pour des raisons de « devises ». Sinon comment l’expliquer autrement ?


Entre linges et serviette hygiénique, l’économie tranche !

 

Elles sont maintenant plusieurs à ne plus avoir accès aux tampons hygiéniques à cause de la pauvreté. La blogueuse Louise Riziki nous rappelle les risques qu’encourent ces femmes dans la tourmente.

La foudre de la crise a frappé notre chère patrie et rien n’a été épargné, même pas les soins de la femme burundaise. Environ 13 fois par an et 520 fois dans sa vie, les femmes voient le signe explicite que leur corps est prêt pour accueillir la vie : la muqueuse utérine se renouvelle et le sang menstruel fait son apparition.

La serviette hygiénique pour dame est donc une nécessité pour contenir ces pertes, mais malheureusement, elle est de moins en moins sollicitée par ces femmes à  cause de la cherté de la vie qui s’observe actuellement.

De ce fait, la plupart des jeunes filles et femmes, à cause du faible revenu mensuel qu’elles enregistrent, utilisent des morceaux de tissus aléatoires pour faire face à ce calvaire mensuel féminin. Ces morceaux de tissus utilisés à défaut des serviettes hygiéniques, ne sont pas sans conséquence sur la santé.

Incapacité financière et conséquences tous azimut

En effet, les serviettes hygiéniques vendues dans les magasins et pharmacies ont la capacité d’absorber le sang qui coule, contrairement aux tissus aléatoires. Le fait de ne pas absorber le sang, pour les cas de ces derniers, expose l’utilisateur à des risques d’infections vaginales. Les serviettes hygiéniques sont conçues pour s’adapter à tout mouvement de la femme sans gêne pendant les règles !

J’ai interrogé  deux témoins sur l’utilisation de la serviette hygiénique, et leurs réponses ont été affligeantes.  Pour la première dame, il est presque impossible de se payer une serviette hygiénique de façon régulière : « depuis des  mois, je dois utiliser des morceaux de tissus pour épargner l’argent afin de nourrir mes enfants. »  Pour cette vendeuse de beignets qui se fait un bénéfice de 4000 Fbu par jour, un revenu mensuel de 120 000 Fbu ne peut pas suffire pour payer 40 000 Fbu de loyer, la ration plus les frais de scolarité de trois adolescents, les soins de santé, l’habillement, etc. Elle est obligée de rogner partout où c’est possible, donc exit les tampons, ce qui lui fait économiser 2000 Fbu, qu’elle peut réutiliser pour plus important selon elle.

Quant à la seconde, femme au foyer à qui le mari oblige de tenir une ligne budgétaire drastique, sa réponse a été on ne peut plus catégorique : «  cela fait un peu plus d’une année que je n’utilise plus ce truc. Qui peut se le permettre au moment où on meurt de faim ? »

Au secours des filles sans revenu

Cette crise a aussi fait que plusieurs  jeunes filles encore sur le banc de l’école se voient obligées de rester à la maison les jours de la menstruation. Celles qui se trouvent à l’internat ratent aussi les cours ou utilisent les moyens du bord, des  morceaux de chiffons qu’elles découpent sur les matelas ! Selon une d’elle, « avec 5000 Fbu comme argent de poche pour tout un trimestre, c’est même en deçà des 6000 Fbu nécessaires pour acheter des serviettes qui permettraient de tenir trois mois, vu que le paquet coûte 2000 Fbu ».

Si beaucoup de filles de Bujumbura ne sont plus en mesure de se payer une serviette hygiénique, pourtant très vivement recommandée contre les risques d’infections, qu’en est-il de la jeune fille du monde rural  sans revenu ?


Alerte aux «ruptures»  de médicaments !

 

Certains médicaments indispensables ne sont plus disponibles dans les pharmacies burundaises. Le blogueur Landry Rukundo tire la sonnette d’alarme.

La maladie, comme une altération de la santé, perturbe l’équilibre de l’être vivant. Le médicament, comme une substance utilisée pour combattre la maladie, est de grande importance dans la vie de tout individu. Il reste l’ultime recours pour un malade afin de recouvrer sa santé.

Malheureusement, plusieurs médicaments ne sont plus disponibles dans beaucoup d’officines où on procède à l’exécution des ordonnances médicales. Plus particulièrement, sont concernées les pharmacies de la mutuelle de la fonction publique. Pourtant,  elles sont très sollicitées pour livrer des médicaments à leurs affiliés.

Les malades chroniques en grand danger

Les médicaments qu’on ne trouve plus au marché sont ceux qui sont couramment prescrits pour des maladies chroniques. Des médications pouvant ainsi être prescrites à vie, ou bien pour de longues durées (certains antihypertenseurs dont le tenormine, des médicaments anti diabétiques dont le glucophage, des anti vertigineux dont le betaserc ou certains anti coagulants dont le Sintrom et le warfarine, pour n’en citer que ceux-là) manquent à l’appel.             

Il faut donc comprendre que la maladie ne se guérit pas en prononçant le nom du médicament, mais obligatoirement en prenant le médicament. Tout cela montre comment nos médecins sont beaucoup limités quant à la prescription des médicaments car leur raisonnement doit toujours dépendre du stock de médicaments disponibles.

Le gouvernement se doit d’être vigilant

Selon le délégué médical Marc (pseudo),  les devises quasi-introuvables sont la première cause de ces ruptures de stocks.  « On peut passer plus de quatre mois à attendre en vain les devises de la BRB,  sans lesquelles on peut pas faire nos acquisitions», déploret-il.  Dajouter que les fournisseurs ne peuvent pas non plus accepter de les  réalimenter avant d’avoir été payés pour la commande précédente.

Malheureusement, si ces ruptures de médicaments persistent, il est très probable qu’ils mettront en danger  bon nombre de Burundais. Pour ce, le gouvernement burundais devrait être vigilant face à cette situation car la santé de la population est déjà fragilisée par une crise qui touche tous les domaines de la vie courante et qui semble ne pas avoir de solution à l’horizon.

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Les commentaires récents (1)

  1. Merci d’avoir alerté ! Mais qui vous lira parmi les décideurs ? Continuez à alerter ainsi nous saurons les raisons de la colère populaire quand elle se déchaînera.

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