Le témoignage poignant d’un jeune entrepreneur fauché par la crise

C’est l’histoire d’une association dénommée agence pour la recherche scientifique (ARS), une initiative de jeunes étudiants qui date de 2011, et qui prônait le développement durable et la lutte pour la protection de environnement.  Armel Derere, initiateur du projet, partage ses déboires à cause de la crise qui secoue le Burundi.

L’ARS menait jusqu’en 2015 un projet de fabrication des pavés à partir des déchets plastiques. J’en suis l’initiateur et le président. J’ai pour conviction qu’une bonne santé environnementale contribuera à une bonne croissance économique au Burundi. Le pays perd environ 30 millions de dollar américain par an à cause de son environnement pollué par les déchets ménagers et urbains et parce qu’aucune solution de recyclage n’a été élaborée (Source : rapport du service technique municipal, SETEMU, de 2011)

L’apogée

De 2011 à 2015, L’ARS a connu un parcours digne en constante évolution grâce au travail  de personnes soucieuses de la promotion de l‘environnement. En 2013, à travers son programme pavage, la CTB (Commission technique belge) s’est intéressé à l’ARS qui, déjà, recyclait des déchets plastiques en pavés, et a voulu intégrer cette initiative dans ses prévisions budgétaires de 2015. La CTB a accepté de travailler en partenariat avec l’ARS pour recycler les déchets plastiques du centre de transit des déchets solides de la commune Kinama.  A cette époque, l’ARS avait été invitée à plusieurs ateliers de réflexion sur la gestion des déchets solides, organisés par le ministère en charge de l’environnement.

2015, l’agonie

De avril 2015 à avril 2016, l’ARS a subit les effets de la crise politico-sécuritaire. En 2015, il était quasi impossible de se rendre à l’usine de fabrication des pavés située dans le quartier Kajaga. Aucun des membres ne voulait risquer sa peau pour y accéder. Le matériel de fabrication étant principalement constitué d’acier oxydable a fini par se dégrader. Plusieurs membres de l’ARS se sont exilés dans les pays voisins, ceux qui étaient restés au pays, comme moi, se sont retrouvés coincés entre manifestants et forces de l’ordre. Non seulement  le programme pavage de la CTB a été définitivement suspendu après ces manifestations mais la GIZ et nos autres partenaires, ont également suspendu leurs activités ou les ont réduites au minimum.

En avril 2016, un programme du Pnud-Burundi du code CSLPII (cadre stratégique de lutte contre la pauvreté), ressuscite et classe premier le projet de l’ARS, parmi les 4 retenus lors d’un concours qui avait une centaine de projets en lice. Une entreprise de la place achètera d’ailleurs 30 mètres carrés de nos pavés. Mais la suite de l’initiative fût catastrophique. Un des participants au concours me balance : « le torchon brûle entre les Nation-unies et le gouvernement burundais ». Les quatre projets retenus ne connaîtront jamais pourquoi ils n’ont pas décollé. Les 100 000 bénéficiaires du projet de l’ARS, comme prévu en 2015, attendent toujours. Mais jusqu’à quand ?

Il ne nous reste que l’attestation de collaboration et d’appréciation de notre produit, le pavé, que nous a délivrés la CTB voulant récompenser nos efforts dans la symbiose : écologie-économie-société.  

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