Photo d'illustration: ©Yaga
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Réformes dans le domaine de l’enseignement : diviser pour mieux régner ?

« Des enseignants engagés et payés par leurs communes respectives », voici la nouvelle réforme proposée. Pour le blogueur Yannick Ndayisaba, « cette mesure est tirée par les cheveux et elle vise plutôt à mâter les enseignants au moment où l’Etat n’aura plus de quoi les payer. »

Il y a un peu plus d’un mois, le président du Sénat burundais, M. Réverien Ndikuriyo, laissait échapper dans un discours une mesure en gestation. Celle-ci concerne la nième réforme du secteur de l’enseignement selon laquelle les enseignants pourraient être engagés et payés par leurs communes respectives. Cela semble être passé comme une lettre à la poste, sans causer trop de polémiques. D’ailleurs, si cette mesure venait à être appliquée, elle ne surprendrait personne : ce ne serait pas la première fois que nos dirigeants lancent un projet de restructuration prétendant régler un problème sans même en avoir mesuré toutes les complexités.

En finir à tout prix avec les grèves

On estime à plus de 80 % la part de l’enseignement dans l’effectif du personnel de la fonction publique, et le nombre est en constante augmentation. Néanmoins, le budget alloué à ce secteur continue à diminuer comme le souligne le rapport du PARCEM « Le système éducatif burundais : une opération de sauvetage s’impose! »

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Si le gouvernement ne parvenait plus à payer régulièrement ses fonctionnaires, cette majorité « silencieuse » ne tarderait pas à se soulever. Il est alors question d’anticiper cette éventualité. Mais comment s’y prendre ? Mobiliser assez de fonds pouvant contrer cette crise potentielle ? Ou simplement faire diversion ?

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Quelle solution préfèrent les autorités ? En voici le prototype : désolidariser les enseignants devant leurs besoins communs, les diviser et les éparpiller dans toutes les communes du pays. Comme ça, toute éventuelle grève pourra très facilement être contenue et étouffée. Et qui sait ? Bientôt aura-t-on peut-être autant de syndicats qu’il y a de communes et il ne restera qu’à acheter la conscience des leaders des syndicats et mater les récalcitrants.  Ainsi, le gouvernement pourra tirer son épingle du jeu.

« Délestage » dans le paiement des salaires

En réalité, les Burundais se sont révélés grands maîtres du jeu de l’adaptation. En témoigne leur attitude face aux diverses situations sociopolitiques comme les coupures d’eau et d’électricité, la réduction à deux du nombre de repas des étudiants internes dans les campus publics, la « confiscation-séquestration » de la voierie publique au passage d’une autorité, et j’en passe. Il ne reste donc qu’à stimuler cette attitude chez les enseignants. Ils s’adapteront quoi qu’il en soit. Evidemment, aucune commune ne sera capable de payer tout son personnel enseignant. C’est le gouvernement qui paiera indirectement. Ainsi, on pourra par exemple payer les enseignants de Mwumba et Kabarore le mois de janvier et les autres attendront. Si Nyakabiga, plutôt Mukaza décide de se soulever, elle le fera seule car Mwumba ne pourra la soutenir alors qu’elle a déjà perçu son dû. « Monsieur le professeur » se lèvera le matin et ira travailler à crédit. « Maman Elsie » de la Commune Ndava dispensera gentiment les cours Elsie au dos,car il n’y aura pas de quoi payer la bonne. Et qui s’étonnera si certains enseignants et directeurs se livrent à un business de sauvetage monnayant certains services scolaires tel que les places de redoublement, des amendes aux élèves fautifs au lieu du retrait des points en éducation, etc.… Qui vivra verra.

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Les commentaires récents (1)

  1. « Et qui s’étonnera si certains enseignants et directeurs se livrent à un business de sauvetage monnayant certains services scolaires tel que les places de redoublement, des amendes aux élèves fautifs au lieu du retrait des points en éducation, etc.… Qui vivra verra » !
    Il semblerait que cela se fait déjà dans les autres branches de l’administration ! Amazi y-ikaramu !
    Comme vous dites « qui vivra verra » !

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