Photo d'illustration. Enfant à Rugombo. ©Yaga
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Face à une certaine barbarie, parfois on manque de mots pour réagir

« Les droits des enfants » est une jolie formule qui sonne creux au Burundi. Une récente vidéo montrant un père maltraiter ses deux enfants a interpellé le journaliste-blogueur Armel Uwikunze qui réagit fermement.

La vidéo qui circule sur les réseaux sociaux n’interpelle pas, elle révolte, elle écœure. On y voit deux jeunes enfants qui tentent de faire le grand écart, sous la houlette de deux adultes, leur père et un autre homme, probablement un ami de la famille. Les mots ne sont pas tendres, ils sont hargneux, dédaigneux, inhumains. C’est à se demander si le père s’adresse vraiment à la chair de sa chair.

Les enfants, jambes écartées à 180 degrés dans une petite rigole, regardent leur père, terrorisés, sans piper mot. Ils souffrent le martyr en silence, sauf un qui n’arrive pas à exécuter la figure qu’on lui demande et qui finit par lâcher un sanglot de douleur. La compassion du père se manifeste par un coup de pied à la figure retenu in extremis et des propos glaçants : « Je ferai mieux de te jeter dans les latrines ».

Qu’est-ce qui peut pousser une personne normale à traiter ainsi son enfant ? De quel droit peut-on infliger une souffrance pareille à un enfant ? Si ce cas est parvenu à être filmé – par le tortionnaire – qu’en est-il des autres qui se produisent hors champ des caméras des téléphones ? Parce que justement, ces cas sont légion.

« Pauvre » Burundi

Dans une autre société, tout le monde se serait levé pour condamner cet acte de barbarie. Ça aurait fait la une des médias, des spécialistes du comportement auraient été consultés et les politiques auraient proposé des lois. Mais chez nous, cette vidéo va rester une anecdote, elle circulera dans les groupes whatsapp, se montrera autour d’un verre dans les bars. Elle finira par être supprimée puis on l’oubliera en attendant une autre, plus gore. Les plus choqués, comme moi, vont écrire, dénoncer. Mais sera-t-on les premiers à le faire ? Malheureusement non.

Que peut-on espérer d’un pays où on dit aux enfants qu’ils n’ont pas de droits, mais des devoirs envers leurs parents et leurs aînés ? Au Burundi, la sécurité sociale n’existe que par le nom, et la protection de l’enfance est juste une devise de quelques associations qui rêvent de subventions. Y aurait-il au moins un seul tribunal sur tout le territoire burundais qui ait déjà condamné des parents pour mauvais traitements infligés à leur progéniture ? Est-ce parce que les parents burundais sont tous des saints ?

Il faut se remettre en question

Après le visionnage de cette vidéo, vous pouvez vous rassurer, en pensant que cet individu qui maltraite ses enfants est dérangé, qu’il a des troubles psychiques, la preuve, il n’a pas pas peur de nommer ses enfants Jet Li et Bruce Lee. Êtes-vous irréprochables pour autant ? On est plusieurs à se rappeler les heures qu’on a passées agenouillés sur des bouchons en fer, enfermés dans des placards, dans les latrines, les fessées, les gifles quotidiennes, les insultes. Si certains parmi nous évoquent ces moments avec une pointe de nostalgie, d’autres ont été traumatisés pour le restant de leur vie.

Je m’adresse principalement à cette première catégorie de personnes. Si vous pensez que ce que vous avez subi est normal, qu’est-ce qui vous empêchera de faire pareil à vos enfants ? À cette époque, on se résignait car on pensait que partout dans le monde c’était pareil. Mais maintenant avec la télé et internet, que penseront vos enfants qui auront vu comment les enfants sont traités ailleurs ?

On se demande toujours la raison de ces violences cycliques, de ces dialogues qui finissent en queue de poisson, les causes de toute cette frustration destructrice que la jeunesse burundaise transporte comme un fardeau. La réponse est toute simple : aussi bien que les valeurs d’Ubuntu s’inculquent dès le bas âge, la violence, l’intolérance et la folie peuvent l’être aussi.

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Les commentaires récents (2)

  1. Armel merci pour votre message tellement sage! Le probleme dans notre pays nous n’avons pas encore réalisé que l’enfant est un être vulnérable sur tous les points qu’il faut protéger à tout prix! Mais aussi il me semble qu’avec la banalité du crime de la douleur que le Burundi vit actuellement, votre message ne va tellement déranger! Ailleurs où on veut construire une nation, des chaines de Radios, de TV sont consacrées à la sécurité sociale surtout les enfants. Je ne sais pas si ce sont ces enfants extrêmement vulnérables qui contesteront et pour exigeront que les politiques se souviennent d’eux! Ah pardon! Je retire ce gros mot »se soulever « synomyme d’insurrection selon certains nouveaux dictionnaires « nouvelle génération » « made in Burundi « .

    Mais quand même « Briser le silence »!

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