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Lettre d’adieu à Jean Claude Nduwayezu, par un de ses anciens élèves

Jean Claude Nduwayezu, professeur de l’école secondaire et membre du Focode, est mort le 17 novembre dernier à l’Hôpital Prince Régent Charles alors qu’il était en prison depuis le 8 mars 2014. Le blogueur Ivan Corneille Magagi, son ancien élève, lui rend un dernier hommage.

Cher Nduwayezu Jean-Claude,

J’ai du mal à admettre que tu sois parti si jeune… Je me souviens la première fois où je t’ai vu au lycée du Saint-Esprit. Tu étais un professeur intelligent et cultivé. On t’appelait affectueusement « Ndu ». Tu nous as appris à aimer les cours les plus « indigestes ». Tu savais animer tes leçons. Le lycée s’est à maintes reprises distingué par les bons résultats de ses élèves  à l’examen d’Etat et tu y étais pour quelque chose. Du haut de tes deux mètres, tu aurais mérité ton totem « Girafe soumise». Tu respectais tout le monde, sans craindre personne. Ta petite fille devait se sentir en sécurité près de toi. Tu dégageais de l’espoir et tu souhaitais des lendemains meilleurs. Tu passais ton temps à nous expliquer comment le Burundi pourrait prospérer sans trop peiner.

La prison n’est pas si loin

C’est avec effroi que j’ai appris ton arrestation il y a deux ans. Ça m’a fait prendre conscience qu’au fond, la prison n’est jamais très loin. Je t’ai rendu plusieurs fois visites et je ne comprenais pas comment toi, dans ta condition de prisonnier, tu arrivais à prendre la peine de me rassurer sur mon avenir, le tiens et celui du pays. C’était le monde à l’ envers. Et puis tu t’es mis à la quête de Dieu, tu t’es mis à évangéliser. Tu es passé d’orateur à prédicateur. Tes messages du soir, les versets que tu m’envoyais, je les garde jalousement, précieusement.

Comment es-tu parti, Ndu ? Pourquoi ? Ton cri de détresse m’est parvenu. Tu étais souffrant, et on te refusait le droit de te faire soigner à l’extérieur de la prison. Même après les recommandations du médecin. Ndu, en quoi cela diffère-t-il d’une exécution ? Qui est si naïf pour prendre à la légère une recommandation médicale ? Qui répondra de ta mort ? On n’a pas manqué de fonds pour te faire soigner, ta famille était là. Elle s’était organisée pour te venir en aide.

Saura-t-on un jour les circonstances de ton décès ? Quand j’ai vu des gens contraints à l’exil, loin de leurs familles, j’ai pensé que ton emprisonnement, aussi pénible soit-il, te permettrait au moins de voir ta fille fréquemment. Je n’avais aucune idée de ce qui t’attendait… Ndu, on t’a exécuté ! Et ceux qui l’ont fait en répondront un jour. La nature sait rendre justice.

Ndu, il me fallait me décharger avant d’entamer un deuil. Car ta mort je la refuse. Mais mes pleurs n’y changeront rien. Puisses-tu te reposer en paix !

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Les commentaires récents (1)

  1. Chers amis, pour nous en sortir, chacun de nous devrait compatir devant une mort injuste de qui que ce soit. Depuis que nous nous entretuons, nous n’arrivons pas à éliminer nos ennemis supposés ! Pourtant cela fait plus d’un siècle ! Nous devrions donc comprendre que nos tueries cycliques sont dépassées et engager nos vies sur une autre voie. Nous interroger sur la manière dont nous sommes gouvernés. Nous interroger également sur notre situation socio-économoque : est-ce normal que nos campagnes restent en l’état d’il y a 50 ans ? Est-ce normal que nos villes ne soient pas mieux urbanisées ? Cependant, ne nous trompons pas : nous sommes mal partis parce qu’une majorité des instruits dirigeants sont cupides et ne supportent pas voir émerger les meilleurs. D’ailleurs, nous les tuons depuis des années : Rwagasore, Mirerekano,… Pourquoi ? Pourquoi ? Sommes-nous voués à rester traîner dans la poussière des siècles et des siècles ? Certains n’ont pas honte de boire du champagne dans cette poussière ? Chers instruits, élevons nos âmes pour un Burundi meilleur. Tout le monde sera gagnant : ceux qui pensent avoir réussi se déplaceront en toute quiétude avec moins de gardes comme on en observe aujourd’hui. Nous sommes devenus prisonniers de nous-mêmes !

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