Photo d'illustration: ©Yaga

Mode: dans la peau d’un “pantalon déchiré”

Dans ce texte, le blogueur Tanguy Irangabiye se met dans la peau d’un pantalon. Ces jeans déchirés que vous malmenez ont enfin une occasion de s’exprimer.

Le jour où j’ai foulé le sol burundais, je m’imaginais arriver dans un paradis. Je pensais qu’ici, personne n’avait jamais eu l’idée maléfique de me mutiler comme le font les yankees pour avoir un look “décontracté”…”cool”.

Depuis le 17è siècle, j’ai connu un essor inégalable et aujourd’hui tout le monde est heureux de me porter à l’école, au travail, à l’église ou au bar. Je suis devenu si populaire que je suis considéré comme l’habit emblématique des Etats-Unis d’Amérique.

Je ne sais pas d’où est venue cette pulsion vandale de me déchirer. Il y’a quelques années, les gens ont commencé à me torturer, à écorcher mon tissu sans pour autant faire baisser mon prix et mon prestige. Certains m’achètent à 200 dollars la pièce. Je vous laisse convertir ces prix en monnaie locale pour vous faire une idée de ce que je peux valoir.

Le fait d’être porté avec des trous dans mon tissu ne me fait aucun plaisir. Je préfère garder toute ma dignité et être vendu moins cher. Mais le problème ne vient pas de moi, il vient de mes fans. Ils veulent absolument prouver qu’ils ne sont pas obligés d’être impeccables et qu’il peuvent se balader les genoux nus, parfois les cuisses entièrement à l’air.

Loin de moi cette folie de m’allier avec des anticonformistes. Ils sont si inventifs qu’ils s’en prennent à présent aux t-shirts en les entaillant en pleins milieux. Quelle désolante nouvelle tendance ! J’ai le cœur en larmes. Pire encore, il y’a des catalogues qui proposent les étapes à suivre pour bien me déchirer.

Je ne joue en aucun cas les trouble-fêtes, mais, par la suivante, j’interpelle toute âme sensible à se lever et à dire non à la mutilation des jeans.

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