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Le calvaire des journalistes burundais

Plus de quinze mois après la destruction de certains médias, trois d’entre eux ne sont pas encore autorisés à fonctionner, à savoir les radios Bonesha Fm,  RPA, et la Télévision Renaissance. Si plusieurs journalistes ont pris le chemin de l’exil, d’autres ont choisi de rester pour témoigner, donner de l’information autant que faire se peut, sur leurs sites web. Le blogueur E.N. nous raconte le vécu de ces professionnels des médias, et les difficultés qu’ils doivent surmonter pour exercer leur métier.

« Nous sommes obligés de travailler ici,à  la Maison de la Presse, dans un endroit qui était initialement un bar, sur uniquement deux tables. Je vous laisse imaginer les conditions quand il pleut », témoigne un journaliste de Bonesha FM. Pour la Télévision Renaissance, les problèmes sont encore plus graves : «  Nous n’avons plus de véhicule. La seule voiture qui nous restait a été saisie par la justice il y a quelques mois. Quand il faut aller sur terrain, nous devons prendre un taxi. Et rares sont les taximen qui acceptent de déplacer un journaliste d’un média comme le nôtre, avec du matériel aussi remarquable », raconte un journaliste du média en question.

Et s’il n’y avait que la logistique…  Avoir une information est devenu risqué, voire impossible : « Dans les conférences de presse,certains officiels nous regardent comme des pestiférés quand nous mentionnons nos médias d’origine et refusent de répondre à nos questions. D’autres nous ont carrément signifiés que nous sommes indésirables et nous nous faisons escorter dehors, avec humiliation. C’est arrivé plus d’une fois ».

Orphelins de leur média

Au-delà de cette difficulté d’accès à l’information, il y a aussi le problème de statut pour ces  journalistes même si le Conseil National de la Communication essaie de clarifier les choses, tant bien que mal : «  Il y a ceux qui sont interdits par la justice d’approcher leur lieu de travail. Ceux-là sont tenus de venir s’inscrire au CNC. Nous savons qu’ils travaillent et donc nous voulons assurer leur sécurité en attendant l’issue des enquêtes en cours. Il y a d’autres pour qui leur média  a été suspendue, à savoir la Radio Publique Africaine. Ceux-là n’ont pas le droit d’exercer sous le nom de leur ancien employeur ».

Mais une crise de confiance s’est installée, et certains journalistes rechignent à se faire inscrire. «  Avec cette crise, nous nous demandions si ce n’était pas un moyen qu’ils avaient trouvé pour nous recenser. Qui sait si nous n’allons pas le payer cher plus tard? »,confie l’un d’eux. Un autre collègue nuance : «  Si ça peut nous garantir la sécurité sur le terrain et nous faire reconnaître aux yeux des officiels, je n’y vois pas d’inconvénient ».

Absence de liberté d’expression

Cette crise de confiance s’étend à tous les journalistes qui font du terrain.Les autorités suivent de près les journalistes quand ils entrent dans une localité, surtout en milieu rural. Plus de liberté d’expression pour les citoyens donc, qui doivent désormais aborder toute question dans le sens du pouvoir. Comment feraient-ils autrement, puisque le journaliste sort son micro justement en présence d’une autorité ou des services de renseignements. Pourtant, le Conseil National de la Communication ne cesse de marteler que « le journaliste enregistré peut circuler librement sur tout le territoire, collecter, traiter et diffuser l’information selon la loi de la presse, l’éthique et la déontologie du métier. Si par malheur il ne le fait pas, la loi prévoit des sanctions. Les administratifs n’ont pas à bloquer ou surveiller un journaliste, il a la pleine liberté  de travailler ». La gouverneure de Bujumbura rural rétorque : «  Je ne tolérerai jamais un journaliste qui entre dans ma province sans me l’annoncer. Je dois prendre le temps pour examiner sa demande. Nous devons être sûrs qu’il n’est pas entrain de perturber la sécurité. Ils sont à l’origine de tout ce que nous avons comme problèmes. L’erreur ne se reproduira pas ».

La fermeture de Bonesha Fm, RPA, et la Tv Renaissance signifie que plus d’une centaine de familles se retrouvent privées de revenus, de pain, de toit, et donc d’avenir.

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