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Sina : « J’ai été en Arabie Saoudite. C’est l’enfer »

Quelques mois déjà, les Burundais apprenaient qu’il y a un « trafic » de filles et femmes vers l’Oman et l’Arabie Saoudite. Un blogueur de Yaga a rencontré une de ces filles qui est parvenue à regagner le Burundi. Un témoignage qui tombe à la veille de la journée mondiale de la dignité des victimes de la traite des êtres humains,  célébrée chaque 30 juillet.

 Je suis en transit à l’aéroport de Kigali. Il est minuit. J’attends le vol de 8h qui va à Bujumbura. Tout près, un compatriote qui vient de l’Afrique du Sud. Je cause avec lui, histoire de tuer le temps. 8 heures d’attente n’est pas une mince affaire. Soudain, une jeune fille arrive. Elle s’approche. A notre grande surprise, elle commence à fondre en larmes. Embarrassés, nous nous mettons à nous demander si nous aurions dit quelque chose de heurtant contre elle. Doucement, elle s’assoit en face de nous et nous demande d’attendre d’un signe de la main. C’est au  bout de quelques minutes qu’elle lâche : « Ndaryohewe cane gusubira kwumva umuntu avuga ikirundi». (Je suis très contente d’entendre à nouveau quelqu’un qui parle le Kirundi). Les yeux grandement ouverts, nous nous demandons d’où vient-elle. « En enfer…En Arabie Saoudite !  »,  ajoute-t-elle avant que personne ne réagisse.

Le récit accablant

Et de raconter son histoire : « Je suis native de la commune Musigati en province Bubanza. J’ai terminé mes études secondaires en 2014. N’ayant pas de moyens pour continuer à l’université, je suis restée à la maison pour aider mes parents dans les activités champêtres. 

En octobre 2015, deux cadres du parti au pouvoir à Bubanza nous ont réunis, moi et une vingtaine d’autres filles de la même localité et nous ont dits qu’ils pouvaient nous chercher du travail à l’étranger. On était enthousiastes à l’idée de sortir du chômage, prendre un avion et aller travailler à l’étranger. 

Certaines filles étaient sceptiques. Mais quand on a commencé les formalités pour l’obtention des documents de voyages, elles sont devenues plus motivées. Un matin, accompagnées par les deux messieurs qui nous ont réunis, un bus est venu nous prendre au chef lieu de la commune Musigati et nous a emmenées à la PAFE à Bujumbura pour demander les passeports.  

A la PAFE, on a fait une liste de 18 jeunes filles pour l’introduction de demande du passeport. Je ne sais pas qui a payé les 235 000fbu qu’on demande pour chaque passeport. L’après-midi, on nous a pris en photo et le soir nous sommes rentrées chez nous. Au début du mois de décembre, en 2015,  on nous a appelées pour nous donner chacun son passeport. Le plan était de partir dans dix jours, nous ont informées les deux messieurs.

Le départ

Le jour du départ, nous étions très contentes car c’était la première fois qu’on voyait un avion de si près et en plus on allait voyager dedans.  Le voyage fut sans incident et nous sommes arrivés à destination le lendemain matin. A l’aéroport, des arabes nous attendaient. Moi une femme m’a prise avec elle et nous sommes parties. Arrivée chez elle, on m’a directement donné un nouveau nom, Sina. Les premiers jours, je travaillais de 7h du matin, l’après midi je me reposais 2 à 3h et je reprenais mon travail jusqu’à 21h.   

Deux semaines après, les choses ont commencé à changer. Mon repos de l’après-midi a été supprimé, je travaillais de 4h du matin jusqu’à 23h. J’étais censé faire la cuisine, la vaisselle, la lessive pour dix personnes qui vivaient dans cette maison. Je nettoyais la maison et cinq véhicules. Ils ne supportaient  pas de me voir se reposer. Quand je terminais tôt mon travail, un voisin venait me prendre pour aller continuer à travailler chez lui parfois jusqu’à deux heures du matin et je n’avais plus que deux heures à dormir par jour. La plupart des fois, les deux heures, je les passais à pleurer à me demander si un jour je reverrais ma terre natale. J’ai essayé de contacter un des deux hommes qui nous ont emmené là-bas mais sans jamais réussir. Quelques semaines après, la situation est devenue intenable et j’ai résolu de me suicider. J’ai sauté du haut de l’immeuble dans lequel nous habitions. J’espérais mourir sur le coup, mais je me suis cassée le bras. Mes employeurs m’ont fait soigner, mais j’ai décidé de ne plus travailler. J’ai passé plus d’un mois sans quitter mon lit, j’évitais de manger même si j’en avais envie. Ils m’ont emmenée voir plus de 5 docteurs et le constat était le même. Je ne souffrais de rien. J’ai expliqué au fils aîné de la famille qui parlait couramment Swahili que je souffrais des fétiches « Ibitega » qui ne se soignent nulle part ailleurs qu’au Burundi. Ayant vécu plusieurs années en Afrique, il y a cru. C’est ainsi qu’on m’a acheté un billet d’avion pour venir me faire soigner. Mais ils ont retenu mon salaire que je suis censée récupérer à mon retour au travail.»

Après ce témoignage, nous, mon compagnon de voyage et moi, sommes restés sans commentaire, bouche bée. Arrivé à l’aéroport de Bujumbura, après avoir effectué toutes les formalités, Sina a déchiré son passeport et a déclaré  devant les policiers qui ne comprenaient rien de son acte : « Plus jamais je quitterai le Burundi ».

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Les commentaires récents (22)

    1. Je suis tres attristee par ce recit si vivant et si terrifiant. Il y a 3 ans je fesais une recherche dans le domaine du trafic des etres humains pour mon memoire de Licence. ce que j’ai decouvert etait terrible et des fois j’etais tres affectee par des experiences que vivent les victimes dece fleaux. Je te promet de dire une priere pour toi ma chere, que le Seigneur te guerisse de ce cauchemar et qu’il t’aide a sauver autant que tu pourras de celles qui se laissent tromper sans le savoir, qu’il te protege des consequences possibles de ton ouverture.

      1. Ntakarutimana, je souhaiterais que tu envoies les résultats de ta recherche en quelque lignes à Yaga, s’il aimerait bien nous partager ça. C’est une proposition que je vous donne, toi et Yaga, peut être que ça peut intéresser plus d’un.

        Merci à toi et à Yaga.

    2. Franchement je comprends pas les africains c’est quoi cette histoire à dormir debout pour attirer le trafic déjà Arabie Saoudite non merci je préfère galérer chez moi que d’aller dans ce pays pour faire quel boulot en plus être une boniche arrêter sa on se sents mieux chez sois

  1. Mes chers amis, chacun récoltera selon sa semence! Celui qui se donne la business de vendre nos chères filles récoltera le multiples de cette malédiction.

  2. La pauvreté pousse les gens à faire de tel type de traffic. Comme elle est de retour au pays elle pourai pauser plainte car je crois qu »‘elle connait les deux types qui lui ont facilité les formalitées administratives pour sleur depart. Ils en savent plus. Tous celui qui vous fait cette proposition est à denoncer. je suis surpris car il ya une personne qui m’en parlait il apeine 1 mois mais je lui avait dit que je ne connais personne qui je peux te proposer.

  3. Duuuh c’est vraiment très choquante mes chères soeurs la vie et partout même ici chez nous il y a la vie c’est pas seulement à l’étrangèr merci à ta décision que tu as pris reste ici chez vous.

  4. Gloire a Dieu le tout puissant qui t,as sauve mais malheur a celles qui y demeurent!!!!
    je regrette si fort comment elles s,echapperont

    j,invite a tout le mond qui a un coeur rempli d pitie de prier pour elles

  5. Très attristant, très choquant,.
    Je partage l’avis avec cette fille. moi aussi j’ai passé deux semaines dans un pays africain j’ai constaté la différence entre le Burundi et l’étranger.

  6. 7 comme ca le monde actuelle en anglais on dit »F*** your thing,explore your friend to get what you need »,mais ma chere heureusement que tu es de retour Dieu t’as grandement ouvert les yeux demain tu sauras quoi faire sans suivre les sweet mots de quelques ingrats.

  7. ce réseau mafieux doit être identifié par les services de securité pas seulement au burundi mais en afrique afin de mettre fin aux trafics humains.

  8. l’arabie saudite ne pas l’enfer plûtot ce le burundi et les famille de ces filles,à savoir que ces filles ne pouvait jamais partir si elles etaient riche chez elle,leurs parent n’etaint ils pas au courant de la situation? le problème pouvait être si elles etaint morte,tenter de se suicider,puis être soigner par 5docteur avec une libérte de partir puis vous prénez ces acte comme l’enfer?

  9. « Plus jamais je quitterai le Burundi ». Meme Dieu a dit que son peuple périt par manque de connaissance. J’espère que « Sina » va bientot commence son campagne pour sensibiliser aux autre jeunes femmes qui ont l’envie de quitter le Burundi pour le meme objectif de prendre un petit temps de méditation sur leurs décisions. C’est triste… A qui profite l’enfer??? Reka twige kurya bike turyame kare.
    Glory be to the Lord God for saving you throughout those dark moments.

  10. je ne sais ce qui nous attire nous africains à l’étranger on pense k c là où coule le miel ou quoi?soyons vigilant devant ces gens qui nous propose ce genre d’occasion et surtout le dénoncer.longue vie à toi dada

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