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Se remettre du 13 mai : la recette nécessaire pour les radios burundaises

Quatre radios et une télévision privées ont été détruites à la roquette la nuit du 13 mai 2015. Un tournant dans l’histoire de la presse au Burundi. Le journaliste et blogueur Armel Gilbert Bukeyeneza propose un modèle de travail, transitoire, qui permettrait à ces médias d’utiliser le cauchemar du 13 mai pour devenir plus fort que jamais.

L’histoire des médias burundais n’a pas pris fin la soirée du 13 mai 2015. Heureusement ! Ils tentent de se relever. Les journalistes se battent vaille que vaille pour garder la flamme du métier. Pour certains,  retrouver les collègues chaque matinée à la rédaction est une vieille histoire. Il a fallu se résigner. Mais d’autres ont refusé de courber l’échine. Ils se sont reconstitués, en dehors des frontières tout comme sur le territoire national, pour continuer à travailler ensemble. Ils ont perdu les bâtiments mais pas la précieuse chaleur de la rédaction.

Tout a changé ou presque

Pour la plupart des journalistes, il n’y a plus de micro. Il ne leur reste que le clavier. Les canaux de diffusion de l’information ont changé et les radios ont laissé place à internet. Du jour au lendemain, les journalistes des radios ont dû revoir leurs relations avec la toile.

Si les canaux de diffusion ont changé, le grand bouleversement est en réalité le public cible de l’information.  Car avant la crise 96 % de la population s’informaient via la radio, selon les chiffres de l’Institut Panos Grand Lac dans une étude publiée en 2014. Aujourd’hui, l’information est réservée à une caste de privilégiés : quelques centaines de milliers d’internautes.

Cependant, en moins d’une année, les utilisateurs d’internet ont presque doublé. 850000 Burundais, d’après les compagnies de télécommunication, sont aujourd’hui équipés d’un smartphone, un outil qui leur permet d’avoir accès à internet.

C’est ainsi que de nouveaux médias sont nés, des médias « online », tandis que le blogging a explosé. Certaines des radios détruites continuent de se battre pour informer les citoyens burundais via WhatsApp, Facebook et Twitter.

Les nouvelles exigences

La toile a désormais ses petits rois, surtout après le 13 Mai. Mais les médias classiques ne devraient pas s’inquiéter outre mesure. Juste un changement de recette et tout se mettrait dans l’ordre: aller plus loin dans le traitement de l’information, varier les sujets. Les internautes sont normalement beaucoup plus exigeants, ont un esprit critique et de discernement, ayant un certain niveau d’instruction. Il leur faut une information de qualité, qui va au-delà du sensationnel, une formule adéquate qui propose des sujets variés : notre environnement qui se dégrade au jour le jour, l’économie qui titube malgré les ressources inépuisables du pays, notre système éducatif qui, depuis des décennies, a du mal à produire une élite capable de mettre le Burundi sur la voie du développement.

Au lieu de pleurer ce que nous avons perdu, mieux vaut se concentrer sur ce qui nous reste. Quand le Burundi aura la chance de retrouver ses rédactions et les voix de ses vedettes préférées sur les ondes, le peuple retrouvera son droit balayé dans la fatale nuit du 13 mai : celui d’être informé.

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