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La dot au Burundi, le souffre-douleur de l’évolution

Le 4 juin, les blogueurs de Yaga se retrouvaient pour une nouvelle édition de café-blog et débattre autour de la dot. Elvis Sinzinkayo nous fait un point sur ce débat nourri et passionné.

La discussion a commencé doucement. Les gens parlaient de tout et de rien comme pour s’échauffer, se mettre en bouche. Derrière les visages réservés et souriants, je ressentais pourtant chez eux comme une envie de bondir, tels des athlètes dans les starting blocks, prêts à en découdre.

Alain, tel un chef de guerre esseulé, a amorcé la discussion en prenant position contre la dot. A ma grande surprise, sûrement à cause d’idées préconçues, une fille a aussi pris le parti d’Alain. Ceux qui, comme lui, étaient contre ont assimilé la dot à un achat, une traite voir même à l’esclavage de la femme. Ils ont mis en exergue le manque de respect pour le genre et l’égalité. Il leur était inconcevable d’exiger une contrepartie, peu importe sa forme, pour la main d’une fille.

Les échanges ont continué et certains ont proposé des comparaisons avec d’autres cultures, plus particulièrement celle du Congo. « La dot existe depuis la nuit des temps dans toutes les cultures et je pense que l’on ferait mieux de se concentrer sur le Burundi », dis-je comme pour marquer mon entrée dans le débat.

La dot, une question d’honneur

Je suis de ceux qui pensent que la dot, et tout ce qui s’y rattache, fait partie de notre identité burundaise. Nos arguments se fondent sur l’aspect culturel de la dot. Le fait qu’elle est le symbole de la reconnaissance pour les efforts fournis par les parents de la future mariée dans son éducation. « C’est même une question d’honneur et de respect pour soi-même », ajouta une des blogueuses. C’était à se demander si le fantôme de l’acculturation ne planait pas au-dessus de nos têtes. La dot de par son déroulement, nous renvoie à cette notion du burundais.

Piqué au vif, Alain argumenta : « La culture n’est pas statique, elle évolue. D’où la futilité de cette pratique ».  Bien qu’il n’ait pas totalement tort, je crois « dur comme fer » qu’évolution n’est pas synonyme de disparition.

L’adaptation à l’évolution

Pendant que la bataille entre les pours et les contres battait son plein, une troisième tendance se révéla : les « nuanceurs ». Ces derniers étaient pour mais souhaitaient que les modalités de la dot s’adaptent au contexte socio-économique actuel. « L’aspect pratique devrait être revisité et puis tout n’est pas bon à jeter quand on parle de la dot », assena Frank.

Au fur et à mesure que la discussion se poursuivait, l’idée d’une vision commune sur la dot était de plus en plus difficile à atteindre. La nuance a pris le pas dans le débat. Par ailleurs, la gente féminine se retrouvait plus dans les arguments donnés par les « nuanceurs ».

Au moment où les textes légaux établissent que la dot est facultative au Burundi, je ne peux que me rendre à l’évidence : seul le temps pourra nous dire si la dot est vouée à disparaitre au Burundi. Qui vivra verra n’est-ce pas ?

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