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Quatre astuces pour faire sombrer son pays

Yves Irakoze, dénonce avec ironie la mauvaise gouvernance des dirigeants aux slogans mielleux. Pour faire couler un pays déjà fragile, quatre ingrédients peuvent suffire. Ceci est un conseil à ne pas suivre.

« L’émergence économique » est un slogan présent partout. Il est devenu la récitation préférée de plusieurs hommes d’Etat. Dans les auditoires d’universités, dans les médias, dans les discours politiques cette phrase jaillit. Mais ces mots ne passent pas dans toutes les  oreilles. Ce slogan a été ringardisé, utilisé par des « leaders » prenant des airs de visionnaires. Ils sont souvent à la tête de pays qui avancent à reculons. Pour celui qui souhaite faire sombrer son pays, voici quelques conseils à suivre.

S’entourer de collaborateurs incompétents

C’est la première étape. Il faut s’entourer d’incompétents non qualifiés. Excepté les professeurs d’universités et autres hauts fonctionnaires des institutions internationales. Eux prétendent appréhender les réalités des peuples mieux que quiconque. Place aux militants. Et pas n’importe lesquels, les vrais, ceux à qui on offre une place de directeur général alors que ses seuls compétences sont la plomberies, ceux qui aspirent à la vice-présidence alors que leur CV est grammaticalement catastrophique. Bref, vous comprenez le principe . Il s’agit de mettre des personnes à des postes qui ne leur conviennent pas.

Etouffer toute initiative « subversive » dans l’œuf

La deuxième étape est une mise en place d’une politique du chaos. Il faut barrer la route à toute initiative émergente de la jeune élite. Dans un pays avec un taux élevé d’analphabétisme, la frange de la population capable d’apporter un débat contradictoire est constituée d’étudiants, de chômeurs diplômés, et dans une moindre mesure, d’élèves du secondaire.

Un débat critique est contraire à l’objectif poursuivi car il est susceptible d’apporter des solutions « subversives ». Rappelez-vous que nous parlons ici d’un pays où l’objectif des dirigeants est de le faire sombrer économiquement. Pour étouffer toute idée subversive, il n’y a rien de plus facile. C’est un jeu d’enfant. Il suffit de distribuer des diplômes comme des cadeaux de Noël. Même à un élève qui a échoué en neuvième année, il faut vite lui offrir un certificat qui le persuade d’avoir les compétences pour monter et gérer une entreprise. Et comme tout le monde est convaincu d’être la crème de la crème du pays, personne ne trime plus à aiguiser ses connaissances. Et hop, le tour est joué!

Caresser le peuple dans le sens du poil

La troisième étape consiste à caresser le peuple dans le sens du poil. Entretenir l’omerta sur des réalités douloureuses telles que la malnutrition chronique qui sévit dans le pays, les cas de torture des « ennemis de la nation. » ou les courbes de chômage toujours sur une pente ascendante. Rien de tout cela ne doit filtrer. Au contraire, les médias publics doivent se tenir prêts à peindre un tableau paradisiaque du pays. Le discours officiel, quant à lui, doit vendre du rêve au peuple « ejo habwirizwa kuba heza ».

L’affinement avec le tribalisme

Enfin lorsque le doute s’installe dans la population, il faut recourir à une tactique vieille comme le monde. Il faut désigner un coupable. Autre que soi, bien sûr. Si l’Histoire du pays se prête à l’exercice, il ne faut surtout pas hésiter à faire vibrer la corde ethnique chaque fois que l’occasion se présente. Evidemment, rien n’empêche de désigner des coupables étrangers, en plus des nationaux. Au moment où l’opinion a le regard tourné sur ces polémiques, le pays peut continuer à couler, irrémédiablement.

Cette série de stratégies est certes loin d’être exhaustive. On peut toujours innover. Mais un leader qui la met en application est quasiment certain qu’il va trouver, à la fin de son mandat, un pays économiquement à genoux et socialement fracturé.

N.B. : toute ressemblance avec un leader actuel ou ayant existé dans un pays quelconque n’est que pure coïncidence.

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Les commentaires récents (2)

  1. Let’s not fool the whole universe, electronic medias are politicized and dangle the carrots, selling dreams pretending to inform, educate and entertain the people but they are the ones rewarded by generous findings..The trouble in Burundi is that everyone wants everything but no one wants to contribute to change , starting by the ground . Those who are close to the people constructing schools , bridges , markets ,stadiums, changing the basic living conditions are treated as cheaters rather than actors of change, where are we going ?

  2. Excellent billet, écrit avec beaucoup d’humour. Comme vous le dites si bien, ces stratégies sont loin d’être exhaustives. Celle consistant à affirmer que c’est Dieu qui guide les actes du gouvernement ou de son chef est l’une des plus vieilles recettes. Car si Dieu le veut, il n’y a rien que l’on puisse y faire ! Toute ressemblance avec un leader actuel…

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