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#BringBackMyDad : le cri de désespoir des orphelins burundais

Miracle, une jeune fille de 23 ans, n’a plus revu son père depuis 1 mois. Angoissée, elle s’est confiée à la bloggeuse Gratia Ancilla Ndikumana.

L’histoire se répète de génération en génération comme une fatalité. Un matin, leur père est parti au travail, ou sorti pour voir ‘’un ami’’ mais il n’est jamais rentré. J’ai récemment lu le témoignage d’une personne dont le père a disparu en 1994. L’image de mon grand-père disparu lui aussi puis tué en 1972 ne cesse de revenir dans mon esprit. Voici, qu’aujourd’hui, en 2016, le même schéma se réédite.

Il y a quelques jours, une fille n’ayant pas de nouvelle de son père depuis 1 mois, s’est confiée à moi.  Elle s’appelle Miracle. Voici son témoignage :

« Je suis venue au monde alors qu’on avait dit à mon père qu’il était stérile. Ça ne fait donc aucun doute, j’ai été son petit miracle. J’ai 23 ans. Je suis orpheline de mère, j’ai un petit frère et une petite sœur. Mon père, que je taquinais parfois en le traitant de ‘peureux’, me prévenait toujours : ‘’Nzokwihakana, (je te renierai) si un jour tu mets les pieds dans les manifestations. Franchement ! ‘Nzo-kwi-ha-ka-na’… Je savais qu’il ne le pensait pas. Mais ses mots résonnaient la bienveillance. Quelques jours avant son départ au boulot, à Muyinga (au nord du Burundi), il m’avait promis de revenir sain et sauf. En retour, je lui avais promis de commencer l’Université.

Sa disparition

C’était dimanche, 27 Mars 2016. Je ne l’ai su que le mercredi d’après. Le lendemain, j’ai pris la route vers Muyinga. Pour faire mes petites enquêtes et éviter surtout de sombrer dans le désespoir avec un million de questions sans réponse.  Arrivée sur place, tous ceux à qui je posais des questions me tournaient le dos. Et j’ai vite compris que quelque chose ne tournait pas rond. Même ceux qui voulaient bien me parler refusaient de tout me dire. J’ai plié bagages et je suis rentrée. C’est la seule option qui me restait.

Mon père, la soixantaine, suivait un régime strict à cause de l’hypertension et du diabète qui voulaient eux aussi prendre la vie de mon père prématurément…Je garde espoir. Ceux qui l’ont arrêté vont le relâcher. Je ne peux pas me permettre d’être pessimiste. Sinon, que deviendrais-je ? Et mon frère ? Ma sœur ? Il a peut-être été torturé, mais qu’ils me le rendent. ‘#BringBackMyDad’, tel est désormais ma phrase fétiche, ma chanson-coup-de-cœur. Il ne pourra certainement pas tenir longtemps. Mais je le veux ici. J’ai vraiment l’impression de vivre un cauchemar. Je croise toujours les doigts pour me réveiller, un jour.

Mon frère et ma sœur ignorent toute cette histoire d’enlèvement. J’ai jugé bon de ne rien leur dire avant le début des vacances, pour éviter de les perturber au beau milieu de l’année scolaire.  Mon petit frère passera le concours national cette année. Ma petite sœur, elle, a déjà beaucoup de doutes. Elle demande sans cesse pourquoi papa ne vient pas lui rendre visite à l’internat comme il lui avait promis. Je prie pour que papa revienne sans qu’ils aient à être au courant.

Depuis, je me sens perdue. Je vis dans une solitude profonde et une attente sans fin. J’ai souvent une peur soudaine, momentanée. Je passe mes nuits à pleurer, à essayer de me convaincre qu’il reviendra. J’essaie en même temps de m’imaginer ce qu’il est en train de vivre. Je ne saurais jamais décrire ce que je ressens en ce moment. Je n’avais jamais, jamais, pensé que je pourrais perdre mon père de cette façon. Ses souvenirs hantent mes jours et mes nuits. J’entends toujours cette voix, sa voix, chaleureuse et pleine d’amour. J’ignore aujourd’hui là où il est, dans quel état il se trouve. Je refuse de m’imaginer le pire. Je veux juste le revoir. Et je ne pourrai malheureusement pas commencer l’Université.  Pas maintenant en tout cas. Pas avant son retour.

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