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Une plume tombe au paradis des écrivains

En hommage à l’écrivain burundais Sébastien Katihabwa, décédé dans la nuit du samedi 2 avril et dimanche 3 avril 2016, nous avons décidé de partager à l’ensemble de nos lecteurs, ce post Facebook de Davy Rubangisha.

sebastien-k-n-bComme premier prix de Français en septième, l’école m’avait offert l’ouvrage « Magume ou les ombres du sentier » de Sébastien Katihabwa. Dans un premier temps, j’avais failli jeter le livre par répulsion pour le titre, « Magume ». Franchement, qui avait suffisamment de mauvais goût pour intituler un recueil de nouvelles ainsi? Au milieu des années 90, en pleins « magume » (crise en jargon des années 90) justement, un ouvrage intitulé ainsi proclamait ouvertement à la face du monde sa médiocrité, je me disais.

Cependant, un jour, un après-midi ennuyeux de vacances, j’étais tombé sur le livre et je l’avais ouvert pour ne le refermer qu’à la fin. Ce livre fut une révélation pour moi et il marqua le moment de mon éveil politique et social. Je rencontrai le Burundi, plus précisément ce morceau sociologique et historique dans lequel je grandissais.

La question sociale était là à un moment où l’on n’était obsédé collectivement que de politique et d’ethnies. Un mythe s’effondrait pour moi, le mythe idéologique d’un certain Burundi qui avait bercé mon enfance jusqu’à ce moment-là. Ecrit simplement, sans recherche ni beaucoup de sophistication, Katihabwa racontait la galère. La galère de la classe moyenne et le gouffre moral et idéologique de l’élite postcoloniale.

Ni à cette époque, ni encore plus tragiquement aujourd’hui (où l’on est censé avoir du recul), je me demande pourquoi, apparemment, personne ou presque dans la petite oligarchie qui occupe (au sens quasiment militaire « d’occupation ») la vie publique du pays n’a jamais compris que la question sociale et la question politique étaient liées. Ou plutôt que la question sociale est la question politique numéro une par excellence. Aujourd’hui encore, comme à l’époque, on discute de « politique », arène vide d’idée voire de semblant et peuplée uniquement de bons (moi/nous) et de mauvais (toi/vous/les autres). Dans un combat sans merci au prix préférentiellement du sang des autres.

En pleine guerre civile, ou au moment où elle s’annonçait, Katihabwa, à rebours des autres, jetait la lumière sur les sujets sociaux. Où l’on devinait au fond la genèse de la crise et des crises du passé. Il interpellait son monde à l’autocritique. Mais celui-ci, profondément content de lui, de ce contentement que seul un embourbement intellectuel et moral abyssal et définitif autorise, n’avait que faire du lanceur d’alerte. Elle l’a ignoré et marginalisé.

Infatigable, il a alors tenté de fédérer les écrivains pour qu’ils fassent front et aient une voix. Mais la fatigue des dernières années du parti unique suivi de longues années de guerre civile et d’une conflagration régionale sans précédent, suivie pour finir par la reprise en mains totale par le système international devenu néolibéral entre-temps, avait laissé les esprits exsangues.

Le vieux s’en va. Mais il aura, néanmoins, porté le flambeau suffisamment longtemps pour le laisser à une nouvelle génération. Qui émerge tant bien que mal. Dans les affres de son temps. Qui l’obligent à être à la hauteur du monde et non plus uniquement du petit village que le Burundi est devenu. Et l’invitent à revenir à la promesse du Burundi dont le radical « rundi » veut à la fois dire Burundi (actuel), nation (chaque nation de la terre) et univers.

Uburuhukiro bwiza mushingantahe Katihabwa! Usize iragi uzorangwa!

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Les commentaires récents (3)

  1. J’ai eu le temps de parler, causer avec Seba. Il etait extraordinaire. Arborant chaque fois un sourire chaque fois qu’il voyait un humain, se contentant toujours de rester optimiste, positif. Un monument d’histoire, un Mushingantahe. Une vie modeste suffira pour cet illustre talentueux ecrivain au lieu de puiser dans la reserve de « tout le monde » et trahir sa conscience pour profiter cette luxueuse vie a laquelle bon nombre de gens aspirent. Mutama Seba etait une source d’inspiration, une richesse inquantifiable pour une culture Burundaise. Il aurait merite plus de la part du pays mais l’essentiel est la dans ces pages, qu’il a passe des nuits, des mois, des annees a ecrire. En puisant bien sur dans ses energies materielles, intellectuelles pour faire une offre aussi important gratuitement pour le pays. Esperons que le pays lui sera un jour reconnaissant ne fut ce que pour lui rendre hommage a la hauteur de ses sacrifices et services pour le pays. RIP Seba

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